417. — A louise de marillac, a angers


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428. — A ANTOINE LUCAS

De Saint-Lazare, ce 21 février 1640.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Béni soit Dieu, Monsieur, de la grâce qu’il vous fait et à votre compagnie de travailler si vaillamment que Monsieur de Cuménon (1) me le mande ! Mais comment vous portez-vous, Monsieur ? Avez-vous un peu modéré l’excès de votre ferveur ? Je vous supplie, au nom de Notre-Seigneur, de le faire. Que si tant est que vous ou quelques-uns de votre compagnie aient besoin de quelque remède après la mission, je vous prie de vous en revenir ; sinon, de prendre votre repos là où

Lettre 427. — Abelly, Op. cit., 1. II, chap. XI, sect. I 1er éd., p. 383

Lettre 428 — L. a — Dossier de Turin, original

1) Mot de lecture douteuse

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vous êtes, après la mission ; et ensuite vous irez faire les deux petites missions à la fois, non tout seul, ainsi que vous me mandez. Je vous enverrai Messieurs Germain et Guérin le jeune (3) ou le premier seulement, à la place de M. Teluatz (4) que vous renverrez après la mission. Trouverez-vous de delà de la morue, des harengs, du beurre, du fruit, des quatre mendiants (5) pour le dessert ? Mandez à M. Portail ce que vous aurez besoin, s’il vous plaît.

Je salue votre chère compagnie et suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL.

Je vous prie de ménager votre santé et de charger M. Louistre (6) de ce qui reste à faire et à ranger à la Charité. Je vous supplie, Monsieur, lui laisser ce soin-là. Il y a inconvénient d’établir cette Charité et celle du Rosaire ; et puis le général des Jacobins y répugne. Nos nouvelles sont le meilleur portement de M.. Boucher, que nous avions hier dix-huit exercitants et aujourd’hui 17, dont il y en a trois de la maison de Sorbonne.

Suscription : A Monsieur Monsieur Lucas, prêtre de la Mission, à Saint-Prix. (7)

2). Richard Germain, né à Vaudry (Calvados), entré prêtre dans la congrégation de la Mission le 22 juin 1630 à l’âge de trente-six ans, placé à Rome (16421643).

3). Jean Guérin, né à Remiremont, reçu dans la congrégation de la Mission le 4 février 1639 à l’âge de vingt et un ans. Il faut se garder de le confondre avec Jean Guérin, qui devint supérieur d’Annecy, et avec Julien Guérin, qui exercera plus tard son apostolat en Tunisie parmi les esclaves.

4). Mot de lecture douteuse. Nous ne trouvons ni ce nom ni de nom semblable dans le catalogue de la congrégation de la Mission.

5). Nom donné à quatre espèces de fruits secs : les figues, les avelines, les raisins et les * amandes. On était en carême ; voilà pourquoi saint Vincent ne parle ni de viande ni d’œufs.

6). Jean Louistre, né à Mantes, entré dans la congrégation de la Mission le 14 mars 1637, à l’âge de vingt-quatre ans, reçu aux vœux le 14 mars 1642. Il y avait un frère coadjuteur de même nom.

7). En Seine-et-Oise.

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429. LE PÈRE ROUSSEL (1) A SAINT VINCENT

Bar-le-Duc, février 1640 (2),

Vous avez appris la mort de, M. de Montevit (3), que vous avez envoyé ici. il a beaucoup souffert en sa maladie, qui a été longue, et je puis dire sans mensonge que je n’ai jamais vu une patience plus forte et plus résignée que la sienne. Vous ne lui avons jamais oui dire aucune parole qui fut une marque de la moindre impatience. Tous ses discours ressentaient une piété qui n’était pas commune. Le médecin nous a dit fort souvent qu’il n’avait jamais traité malade plus obéissant et plus simple. Il a communié fort souvent dans sa maladie, outre les deux fois qu’il a communié par forme de viatique. Son délire de huit jours entiers ne l’empêcha pas de recevoir en bon sens l’extrême-onction, il le quitta quand on lui donna ce sacrement, et le reprit incontinent après qu’on le lui eut donné. Enfin, il est mort comme je désire et comme le demande à Dieu de mourir.

Les deux chapitres de Bar honorèrent son convoi, comme aussi les Pères Augustins ; mais ce qui honora le plus son enterrement, ce furent six à sept cents pauvres qui accompagnèrent son corps, chacun un cierge à la main, et qui pleuraient aussi fort que s’ils eussent été au convoi de leur père Les pauvres lui devaient bien cette reconnaissance il avait pris cette maladie en guérissant leurs maux et en soulageant leur pauvreté ; il était toujours parmi eux et ne respirait point d’autre air que leur puanteur

II entendait leurs confessions avec tant d’assiduité, et le matin et l’après-dînée, que je n’ai jamais pu gagner sur lui qu’il prit une seule fois le relâche d’une promenade. Nous l’avons fait enterrer auprès du

Lettre 429. — Abelly, op. cit., 1. II, chap. XI, sect. I, 1re éd. p. 384. l’original de cette lettre était en 1747 au séminaire de Toul (Collet, op cit., 1er éd., t. I, p. 299, en note.)

1). Jacques Roussel, né à Nevers le 2 février 1598 reçu dans la Compagnie de Jésus le 5 août 16l4, professeur de grammaire, d’humanités et de rhétorique, puis quatre fois recteur, en particulier à Bar-le-Duc, mort à Autun le 20 janvier 1647.

2). Saint Vincent a reçu cette lettre entre le 21 et le 28 février. (Cf lettres 428 et 433.)

3). Germain de Montevit, né à Cambernon (Manche), reçu dans la congrégation de la Mission le 19 avril 1638 à l’âge de vingt-six ans mort à Bar-le-Duc le 19 janvier 1640.

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confessionnal où il a pris sa maladie et où il a fait le beau recueil des mérites dont il jouit maintenant dans le ciel.

Deux jours avant qu’il mourut, son compagnon tomba malade d’une fièvre continue qui l’a tenu dans le danger de la mort l’espace de huit jours ; il se porte bien maintenant Sa maladie a été l’effet d’un trop grand travail et d’une trop grande assiduité parmi les pauvres. La veille de Noël, il fut vingt-quatre heures sans manger et sans dormir ; il ne quitta point le confessionnal que pour dire la messe. Vos Messieurs sont souples et très dociles en tout, hormis dans les avis qu’on leur donne de prendre un peu de repos ils croient que leurs corps ne sont pas de chair, ou que leur vie ne doit durer qu’un an.

Pour le frère ()4, c’est un jeune homme extrêmement pieux ; il a servi ces deux prêtres avec toute la patience et assiduité que les malades les plus difficiles eussent pu désirer.
430. UN PRÊTRE DE LA MISSION A SAINT VINCENT

[Saint-Mihiel, début de 1640] (1)

J’ai commencé, en arrivant, à faire l’aumône. Je trouve si grande quantité de pauvres que je ne saurais donner à tous ; il y en a plus de trois cents en une très grande nécessité, et plus de trois cents autres dans l’extrémité. Monsieur, je vous le dis en vérité, il y en a plus de cent qui semblent des squelettes couverts de peau et si affreux que, si Notre-Seigneur ne me fortifiait, je ne les oserais regarder. ils ont la peau comme du marbre basané, et tellement retirée que les dents leur paraissent toutes sèches et découvertes, et les yeux et le visage tout renfrognés. Enfin, c’est la chose la plus épouvantable qui se puisse jamais voir. Ils cherchent de certaines racines aux champs, qu’ils font cuire, et les mangent. j’ai bien voulu recommander ces grandes calamités aux prières de notre compagnie. Il y a plusieurs demoiselles qui périssent de faim ; et entre elles il y en a de jeunes, et j’appréhende que le désespoir ne les fasse tomber dans une plus grande misère que la temporelle.

4). Le frère David Levasseur.

Lettre 430. — Abelly, op. cit, 1. II, chap. XI, sect. I, 1er éd., p. 380

1). Cette lettre a été écrite en 1640 par un missionnaire qui venait d’arriver à Saint-Mihiel, où il était déjà en mars de la même année. (Abelly, ibid.)

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431. — SAINTE JEANNE DE CHANTAL A SAINT VINCENT

[Annecy, février 1640] (1)

Mon très cher Père

Béni soit notre divin Sauveur, qui nous a amené vos chers enfants heureusement, pour sa très grande gloire et pour le salut de plusieurs Chacun en est réjoui en Notre-Seigneur ; mais certes Mgr de Genève (2) et moi nous en recevons une consolation indicible, et il nous semble que ce sont nos vrais frères, avec lesquels nous sentons une parfaite union de coeur, et eux avec nous, dans une sainte simplicité, franchise et confiance. je leur ai parlé, et eux à moi, comme vraiment si c’étaient des filles de la Visitation. Ils ont tous une grande bonté et candeur. Le troisième et cinquième (3) ont besoin d’être aidés pour sortir un peu d eux-mêmes ; je le dirai au supérieur (4) qui est, de vrai, un homme capable de cette charge. M. Escart est un saint. Je leur ai donné à chacun une pratique. Je fais tout cela, et le ferai toujours, Dieu aidant, avec grand amour, pour vous obéir, mon très cher Père, et pour notre commune consolation ; car vraiment il y en a beaucoup à parler à ces chères âmes. Le bon Père [Duhamel] m’a déclaré ses difficultés fort naïvement. C’est un cœur vertueux et bon jugement, mais il aura peine à persévérer. Je l’ai fort prié de ne penser ni à sortir ni à demeurer, mais à s’appliquer à bon escient à l’œuvre de Dieu et se bien abandonner et confier en sa Providence. Je voudrais qu’il s’affermit, car il est de bonne espérance. Enfin ils sont tous aimables et ont donné grande édification en cette ville les trois jours qu’ils y ont demeuré, et ressemblent bien l’esprit de mon très cher bon Père.

Lettre 431. — Sainte Jeanne-Françoise Frémyot de Chantal, sa vie et ses œuvres, t. VIII, p. 222, lettre 1671.

1). Les missionnaires d’Annecy étaient partis le 29 janvier pour le lieu de leur destination. (Cf. Lettre 423.)

2). Juste Guérin, né en 1578 à Tramoyes (Ain), reçu chez les Barnabites le 10 décembre 1599 nommé évêque de Genève en 1639, mort le 3 novembre 1645. (La Vie de Monseigneur D. Juste Guérin, religieux barnabite, de la Congrégation de Saint-Paul évesque et prince de Genève, par Dom Maurice Arpaud, Annecv, 1678, in-8.)

3). Jacques Tholard et Etienne Bourdet.

4). Bernard Codoing.

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432. — A LOUISE DE MARILLAC

[Février 1640] (1)

Nous vous attendons avec l’affection que Notre-Seigneur sait. Vous viendrez à point pour les forçats.
433. — A LOUIS LEBRETON

De Paris, ce mardi après la quadragésime (1) 1640.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

J’ai reçu la vôtre du 16 janvier. Je loue Dieu de ce que vous avez vu le bon M.. Ingoli (2) et de ce qu’il semble n’avoir pas peine de la difficulté que nous avons faite en la proposition que sa bonté nous avait faite. Nous attendrons avec affection les grâces qu’il nous fait espérer.

Je loue Dieu, de plus, de la charité qu’il a donnée pour vous à ce bon gentilhomme, chanoine de Notre-Dame de la Rotonde (3) et pense qu’il le faudra contenter en la

Lettre 432. — Manuscrit Saint-Paul, p. 33. Ce manuscrit ajoute une phrase que nous omettons, parce qu’elle appartient à la lettre 213.

1). En février 1640, saint Vincent attendait Louise de Marillac, alors à Angers, pour s’occuper avec elle de l’œuvre des forçats, qui allait être confiée aux Filles de la Charité (cf. 1. 426, note 3). Nulle date ne convient mieux à la lettre dont le manuscrit Saint-Paul nous a conservé le passage ci-dessus.

Lettre 433. — L. a. — Dossier de Turin, original.

1). 28 février.

2). Secrétaire de la Propagande.

3) Le Panthéon actuel. Le chapitre de la Rotonde existe toujours.

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manière qu’il le désirera, au fait que vous me mandez, s’il est notablement utile. L’on s’établit comme l’on peut au commencement. Mais, si les conditions vous semblent préjudiciables, ô Jésus ! Monsieur, il ne vous saura pas mauvais gré de lui dire simplement ce que nous pouvons et ce que nous ne pouvons pas.

Il serait bien à souhaiter que l’affaire de Sainte-Bibiane (4) réussît ; mais la chose est trop difficile et Notre-Dame de Lorette Marquisane (5) chère et encore plus le palais où loge le cardinal Bichi (6), Je ne sais que vous dire de la petite église de Saint-Jean (7), parce que vous ne me dites pas le prix. Pour celui de Notre-Dame de Lorette, comme le palais Bichi, ils sont au-dessus de nos forces, et ne faut pas penser au secours que vous proposez pour le palais. Je reviens à ce que je vous ai écrit d’une petite maison bien aérée, pas trop éloignée du Vatican, où l’on se puisse étendre néanmoins avec le temps ; et, quand elle ne serait pas si proche de ce saint lieu et qu’il n’y aurait pas d’église, n’importe ; car, ne travaillant pas dans Rome, nous nous pouvons passer d’église. Une petite chapelle nous suffira, si ce n’est qu’il y ait apparence qu’avec le temps l’on pourra être employé aux ordinands ; mais alors comme alors. Nous sommes à présent chargés de tous ceux du royaume qui prennent les ordres en cette ville.

4) Église bâtie au IV- sièle sur l’emplacement qu’occupait autrefois, dit. on, la maison de sainte Bibiane, non loin de la porte de San-Lorenzo.

5). Église construite en 1507 par la confrérie des boulangers au nord du Forum de Trajan. Le sanctuaire si connu de Notre-Dame de Lorette est dans les Marches ; de là le mot Marquisane, employé ici par saint Vincent.

6). Ancien nonce en France.

7). Il y avait à Rome plusieurs églises de ce nom. Nous pensons qu’il s’agit ici de l’église de Saint-Jean devant la Porte Latine bâtie en 772 près de l’endroit où, d’après la tradition, Jean l’Évangéliste fut plongé dans une chaudière d’huile bouillante.

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je ne vous dis rien de notre principal affaire, sinon que je me trouve en perplexité sur les doutes qui me viennent et la résolution à prendre sur la dernière manière que je vous ai proposée : ou bien s’il suffira de faire un vœu de stabilité, et, pour l’observance de la pauvreté et de l’obéissance, fulminer excommunication un certain jour de l’an solennellement au chapitre (où chacun sera obligé de se rendre et de remettre ce qu’il a entre les mains du supérieur), et cela contre ceux qui auront de l’argent à part eux, ni ailleurs, ainsi que font les Chartreux, et l’on pourrait faire le même contre les désobéissants ; ou bien si, au lieu de l’excommunication, l’on faisait faire serment solennel tous les ans d’observer la règle de la pauvreté, de chasteté et d’obéissance. Je vous supplie, Monsieur, d’en conférer avec le R. P. assistant (8) et de savoir si le seul vœu de stabilité constitue l’état religieux. Tout le monde a tant d’aversion ici de cet état que c’est pitié ; si néanmoins il est jugé expédient, il le faudra faire. La religion chrétienne était d’autrefois contredite en tous lieux, et néanmoins c’était le corps mystique de Jésus-Christ ; et bienheureux ceux qui, confusione contempta, embrassent cet état.

L’état ecclésiastique séculier reçoit beaucoup de Dieu à présent. L’on dit que notre chétive compagnie y a beaucoup contribué par les ordinands et la compagnie des ecclésiastiques de Paris. Il y a beaucoup de gens de qualité qui embrassent cet état à présent. M. de la Marguerie (9), ci devant premier président de province, s’est fait simple prêtre il n’y a que dix jours. Nous avons parmi] es ordinands un conseiller du grand * Conseil (10) et un maître des * comptes (11), qui veut demeurer * tel, et qui

8). L’assistant français de la Compagnie de Jésus.

9) Elie Laisné, seigneur de la Marguerie.

* 11). Thomas le Gauffre, né au Grand-Lucé (Sarthe), reçu auditeur
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se font simples prêtres par dévotion. M. de * Mesgrigny, avocat général à La Cour des * aides (12) s’est retiré avec M. Brandon (13) à Saint-Maur * à cet effet, nous ne l’ayant pu recevoir chez nous pour six mois, comme il demandait, à cause de la règle que vous savez que nous avons parmi nous, de n’admettre parmi nous que des personnes qui désirent être de la compagnie, si ce n’est les exercitants pour dix jours.

Que vous dirai-je de l’entretien que vous avez eu avec M. l’ambassadeur (14) touchant le prélat italien duquel vous me parliez, sinon que nous avons règle et sommes en cette pratique exacte, par la miséricorde de Dieu, de ne nous jamais mêler des affaires d’État, non pas même d’en parler (15) ; et cela : 1° pource que quod supra nos nihil ad nos ; 2° pource que ce n’est pas le fait de pauvres prêtres comme nous de nous mêler, ni de parler que des choses qui regardent notre vocation ; 3° que les affaires des princes sont des mystères que nous devons respecter et non pas éplucher ; 4° que la

à la chambre des comptes en 1628 et conseiller. maître en 1636, mort en 1645. Il était lié d’amitié avec Claude Bernard, dont il continua les œuvres de charité et avec Jean-Jacques Olier, qu’il aida puissamment dans l’évangélisation du Canada.

* 10). François Voysin, seigneur de Villebourg, né le 14 mars 1613, reçu conseiller au grand conseil le 22 février 1638, mort d’apoplexie le 19 avril 1660. Il légua près de 100.000 écus à l’hôpital général.

* 12. Nicolas de Mesgrigny, prieur de Souvigny et comte de Brioude, plus tard chanoine de Paris.

* 13). Philibert Brandon, seigneur du Laurent, reçu conseiller au parlement le 18 février 1622, quitta cette charge après la mort de sa femme Marie de Ligny, nièce du chancelier Séguier, pour entrer dans l’état ecclésiastique, sur les conseils du Père de Condren. Il fut un des fondateurs du séminaire de Saint-Sulpice. Monté sur le siège de Périgueux en 1648, après avoir refusé celui de Babylone, que lui proposait saint Vincent, il l’occupa jusqu’à sa mort, survenue le 11 juillet 1652. Ses rapports avec l’abbé de Saint-Cyran ne portèrent pas atteinte à son orthodoxie. Brandon avait offert sa maison de Saint-Maur-les-Fossés (Seine) à M. Olier et à ses premiers compagnons. C’est là que cette pieuse phalange d’hommes apostoliques passa une partie des années 1640 et 1641. Cf. Vie de Jean-Jacques Olier par Frédéric Monier, Paris, 1914, in-8, t. I, p. 254 et suiv.)

14). François-Aunibal, duc d’Estrées, comte de Nanteuil-le-Haudoin, pair et maréchal de France.

15). Saint Vincent ne sortit de cette pratique que pour essayer de remédier aux misères sans nombre nées de la politique de Mazarin.

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plupart du monde offense Dieu de porter jugement sur les choses que font les autres, notamment les grands, ne sachant pas les raisons pour lesquelles ils font ce qu’ils font ; car qui ignore les principes de quelque chose quelles conclusions en peut-il tirer ? 5° toutes choses à faire sont problématiques, si ce n’est celles que la Sainte Écriture détermine ; hors cela nul a le dogme d’infaillibilité en ses opinions ; cela étant vrai comme il est, n’y a-t-il pas témérité grande à juger des opinions et des actions des autres ? 6° le Fils de Dieu, qui est le modèle sur lequel nous devons former notre vie, s’est toujours tu du gouvernement des princes, quoique païens et idolâtres ; 7° qu’il a fait connaître aux apôtres qu’ils ne se devaient pas mêler curieusement de ce qui regarde non seulement les affaires des princes, mais aussi de celles d’un particulier, disant à l’un d’eux, parlant d’un autre : si eum volo manere, quid ad te ?

Pour toutes ces raisons et une infinité d’autres, je vous supplie, Monsieur, de vous conserver dans notre petite pratique, qui est de ne jamais s’entretenir, moins de s’entremettre, ni de parole ni par écrit, des affaires des princes, et de faire connaître à M. l’ambassadeur, s’il vous fait l’honneur de vous en parler, que telle est la pratique de notre petite compagnie et que vous le suppliez de vous excuser si, lorsqu’il vous fit l’honneur de s’ouvrir à vous, vous lui rapportâtes le sentiment public sur l’affaire dont il vous parlait, et vous allâtes au delà de ce que nous devons selon nos petites règles. Et, afin de vous affermir de plus en plus dans l’observance exacte de cette petite règle, je vous supplie, Monsieur, de faire votre oraison, le lendemain de la présente reçue ou au plus tôt après, sur cette matière, selon les points ci-dessus, et de demander à Dieu par icelle qu’il fasse la grâce à la compagnie d’être toujours fidèle en l’obser-

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vance de cette petite règle. Et ne sera pas besoin que vous me fassiez réponse sur ce sujet, pource que je suis assuré que vous trouvez bon tout ce que je vous dis et que cette pratique vaut exécutée après ceci.

Dès que vous aurez votre faculté de vous établir, je vous enverrai le prêtre et le clerc que vous demandez. Si vous achetez quelque maison du prix de trois à quatre mille livres seulement, vous nous enverrez copie du contrat, signée et scellée en bonne forme, afin qu’il serve de sûreté à ceux qui nous bailleront l’argent, pour acquitter la lettre de change que vous tirerez sur nous, à un mois de la lettre vue. Et, pour ce garçon piémontais, nous le recevrons et le ferons étudier, si vous le nous envoyez et le jugez tel qu’il faut pour être bon missionnaire.

Je vous envoie une procuration de M. Dehorgny, commandeur du Saint-Esprit de Toul, pour résigner la maison à la compagnie causa unionis (16), ensemble une attestation de M. le grand vicaire de Toul, servant au même effet. Je vous supplie, Monsieur, de travailler à cet affaire avec votre prudence et diligence accoutumées. M. Le Bret vous dira la difficulté que souffre cet affaire, à cause de l’opposition que vous avez sujet de craindre du côté du général du Saint-Esprit (17), Te finis la présente pour aller voir le bon M. Renar, qui m’envoie quérir, étant grièvement et dangereusement malade.

Dieu a disposé de notre bon feu M. de Montevit, que vous avez connu au séminaire. Sa mort est arrivée à Barle-Duc en réputation d’un saint, au collège des Jésuites, qui nous ont fait la charité de le retirer chez eux avec les autres Pères, tandis qu’il travaillait à la nourriture

16) Voir lettre 293, note

17) Etienne Vaius, évêque in partibus de Cyrène, grand-maître de l’Ordre du Saint-Esprit.

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corporelle et spirituelle de cinq ou six cents pauvres, qui l’ont tous accompagné au tombeau deux à deux, un cierge à la main, le pleurant tous comme leur propre père mort. Le R. P. recteur m’en écrit des choses notables (18). M. Boucher est à sa place, qui y est aussi tombé malade, à cause du grand travail qu’il a pris à l’entour des pauvres. Notre frère Mathieu en revint hier au soir, ensemble de Metz, Toul et * Verdun (19), ayant envoyé à Nancy son fait. Nous continuons à assister ces pauvres gens de cinq cents livres par mois en chacune desdites villes ; mais certes, Monsieur, j’appréhende bien que nous ne puissions pas continuer longtemps, tant il y a de difficulté de trouver 2.500 livres tous les mois. * (20)

Je recommande à vos prières notre défunt et notre malade, ensemble les besoins de nos pauvres, et suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

prêtre de la Mission.

J’ai broché ce que le seigneur Ingoli demande, mais si mal que je suis honteux de le vous envoyer. Je vous prie, Monsieur, de l’accommoder et de lui bailler et de l’assurer de mon obéissance.

Suscription : A Monsieur Monsieur Lebreton, prêtre de la Mission, à Rome.

18). C’est la lettre 429.

* 19). Entre les échevins de Verdun et Saint Vincent il y eut un échange de lettres que nous n’avons plus. Le 21 janvier 1640, la municipalité de cette ville décida d’écrire à "M. Vincent, général des prestres de la Mission à Paris, à ce qu’il veuille continuer les charités et distributions d’aumosnes qu’il a commencé en ces quartiers". (Revue de Gascogne, 1908, p. 354.)

* 20) Le frère Mathieu Régnard fit cinquante-trois voyages en Lorraine, chargé chaque fois de sommes variant entre 20 000 et 50 000 livres, surveillé par des bandes de pillards qui étaient prévenus de son passage et savaient ce qu’il portait, et toujours il parvint à desunation avec son trésor. Sa compagnie était considérée comme une sauvegarde. La comtesse de Montgomery, qui hésitait à faire le voyage de Metz à Verdun, ne se décida qu’après avoir obtenu le frère Mathieu pour compagnon de route. La reine Anne d’Autriche écoutait avec plaisir, de la bouche même du frère, le récit de ses aventures. Il a laissé par écrit une relation, aujourd’hui perdue, de

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