Raymond Rifflet, européiste et eurocrate


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habitus proprement communautaire à Bruxelles. Ils ne le font pas suivant des critères strictement technocratiques, mais suivant une sensibilité et une culture qui leur est propre, et en se référant à des usages qu’ils ont pu tester au-delà de leurs cadres d’exercice, le plus souvent dans des structures militantes, qui créent les bases d’une sociabilité inédite et extrêmement créative. Sur ce dernier point, il faut bien reconnaître un changement d’importance, qui correspond à un saut générationnel qui laisse derrière des gens comme Rifflet : les nouveaux arrivants, aux commandes à partir de la fin des années 70 et surtout dans les années 80, formés dans un autre contexte et une autre configuration européenne, se montrent bien moins idéalistes, alors que l’UE doit trouver sa place dans une géopolitique et un cadre économique qui n’ont plus que peu à voir avec ceux de son ancienne mouture, la CEE.

Rifflet reste ainsi donc peut-être l’un de ces derniers « petits grands hommes » qui ont eux aussi joué un rôle dans la construction, imparfaite et imprédictible, de l’Europe à son époque héroïque. Cette étude prend tout son sens aujourd’hui, où l’UE est présentée comme un objet politique sans histoire, déterminisme qui bouscule le quotidien des peuples, sans leur assentiment mais « pour leur bien ». Le destin de Rifflet rappelle que l’Europe est un long apprentissage, et qu’elle est digne de justifier le combat politique de toute une vie : cette leçon de modestie est aussi une leçon de grandeur, qu’il est utile de méditer encore plus aujourd’hui.

Géopolitique de l’Europe au XXe siècle


  1. Une idée européenne commune qui a déjà connu des divergences.

Traits communs.

Pensées à l’Est/Centre.

Pensées à l’Ouest.


  1. Un continent ravagé partagé entre les deux Géants (1945-1950).

Destructions à l’Ouest, destructions à l’Est.

La satellisation de l’Europe par Staline.

Le relèvement à l’Ouest.


  1. La constitution de deux systèmes opposés.

Une normalisation en marche à l’Est.

Une américanisation apparente à l’Ouest.

Des divergences et des originalités.


  1. L’inflexion des années 60.

La voie gaulliste et ses impasses.

D’autres impulsions nationales.

Un Mai 68 européen ?


  1. Une usure grandissante.

Les années 70 ou la découverte du monde.

Une construction européenne en quête d’un nouveau départ.

Le délitement du communisme à l’Est.


  1. Les retrouvailles des Européens.

Le choc du Mur de Berlin.

Les discours sur la « grande Europe ».

Les Européens confrontés à eux-mêmes.

Le plus petit des continents, simple appendice de l’Asie : 5,5 millions de km2 sans Russie et Turquie, soit les 2/3 du Brésil, un peu plus de la moitié de la Chine et des Etats-Unis.

46 pays aujourd’hui (à vérifier), avec leurs histoires et leurs langues.

De fait, complexité de la démarche, d’autant plus que nous sommes très proches des événements que nous avons à étudier.

Les événements de 1989 ont bouleversé l’ordre apparemment immuable fixé en 1945 pour l’Europe (et pour le monde). Dès lors, il faut étudier cette période comme un épilogue dont il faut connaître les enseignements pour se tourner vers l’avenir, encore inconnu. Tout est à revoir, suivant les questionnements du jour, en ne se contentant pas de la coupure initiée en 1945 : le sort des Juifs, la réflexion politique, etc…. Comme l’écrit Judt, « Après 1989, plus rien ne serait jamais pareil : ni l’avenir, ni le présent ni, par-dessus-tout, le passé ». Ainsi, le retour du multiculturalisme doit beaucoup au dégel de 1989, mais nous renvoie à un passé qui a été de fait européen avant d’être gelé par Hitler et Staline (mouvements de nationalités intra-européens, afflux de réfugiés dans les anciens empires) ; le travail de mémoire efface le discours binaire de la 2GM (le bien contre le mal, la seule souffrance des Juifs) pour revenir à une approche plus complexe (les particularités nationales, la souffrance d’autres). Il ne s’agit pas de replonger dans l’histoire comme on l’entend parfois, parce que ce passé n’a jamais disparu.

Il est tentant de parler d’« année zéro » en 1945, mais on ne comprend pas cet état si on fait l’économie de ce qui s’est passé pendant les trente années qui précèdent : la mort de masse, la permanence du « problème allemand » que l’on avait souhaité régler, l’émergence de petits Etats révisionnistes, la violence en politique et ailleurs, etc… Contrairement à ce que l’on croit, l’entre-deux-guerres, fut une période où l’on a tout essayé, une sorte « d’été indien des visions révolutionnaires du XIXe siècle », servies par des moyens de plus en plus mortifères (URSS stalinienne, guerre d’Espagne, nazisme). Dès cette époque, l’impression qu’une civilisation est en train de mourir se généralise, par le départ de nombreux intellectuels d’Europe, certains même se suicidant (Zweig, Benjamin).

1945 paraît être une résurgence, mais ce raisonnement ne concerne que l’Ouest, et ne peut se comprendre sans la guerre froide. Or, l’Est a quasiment toujours été oublié. Pourtant, les deux moitiés ont eu conscience d’un nouveau départ en 1945, mais y ont apporté des solutions différentes : radicales à l’Est, plus modérées à l’Ouest, mais toujours dans la perspective de tenir le passé en respect. Mais ces solutions sont-elles à la base réellement européennes ? On doit voir derrière elles la patte de deux pays extérieurs à l’Europe, l’URSS et les Etats-Unis : les Européens ont été « libérés » ou « enfermés » par des étrangers. Dans tous les cas de figure, les Européens sont héritiers d’un même pessimisme, où ils ont vu 14-18 détruire une vieille civilisation (celle par exemple des empires, qui avaient permis l’instauration de sociétés multiculturelles dans des villes clés, toujours en danger mais bien vivantes, qui ne peuvent plus exister dans l’Europe « bien rangée » d’après 1919), et 39-45 offrir les conditions d’un chamboulement total, pessimisme que l’on ne retrouve pas plus chez les Soviétiques que chez les Américains.

Ceci se traduit dans l’immédiat par une réduction programmée, celle qui accompagne la fin des empires, les uns après les autres ; sur le plus long terme par le dépérissement des grands récits idéologiques, keynésien à l’ouest, marxiste à l’est, qui avaient toujours accompagné les actes des Européens, chez eux et dans le monde ; sur le très long terme par l’affirmation progressive du projet d’unité européenne, qui a l’ambition géopolitique de recouvrir le continent, et d’exister dans le monde, mais tout cela sans plan préétabli, « en crabe ».


  1. L’après-guerre (1945-1953).




  1. Héritage.


Images de l’après-guerre partout pareilles : une cohorte d’hommes, de femmes et d’enfants esseulés, épuisés, dans un cadre apocalyptique. A côté, des soldats américains, Soviétiques ou Américains, bien nourris et sûrs d’eux. Rappel qu’il y a eu, depuis 1939, une guerre totale, d’abord contre les civils (les principales batailles sur le sol européen ont eu lieu au début et à la fin du conflit). Ceux-ci n’avaient pas connu de telles violences depuis le XVIIIe siècle, et pensaient légitime d’appliquer ce genre de traitement à des non-Européens. On comptabilise 36,5 M de morts Européens entre 39 et 45, soit la population de la France d’alors (on ne compte pas pour cette période les morts naturelles et le déficit de naissances). Sur ce chiffre, 19 sont des civils. Seuls deux pays ont plus de militaires tués que de civils : le RU et l’Allemagne. Le plus = URSS avec 16, 5 pour la Pologne, 1,4 pour la Yougoslavie. Le comble des morts civils : les déportés raciaux (5,7 M de Juifs, 221.000 Tziganes). Causes des morts : extermination, pilonnages, représailles, exploitation de la main-d’œuvre à l’excès…

Tout a été fait pour asservir les populations par les Allemands (7M5 sont à leur service à la fin de la guerre), ou pour les détruire.

Les destructions sont à une échelle inconnue, et visent des villes dans leur entier (coventryser), soit de la part des Allemands (Amsterdam au début, Varsovie à la fin), soit de la part des Anglo-Américains (Le Havre, Dresde), soit de la part des Soviétiques (Berlin a reçu 40.000 tonnes d’obus dans les derniers 14 jours, 75% de ses immeubles sont devenus inhabitables). Raccourci photogénique de la guerre et de ses dégâts pour l’après-guerre, appelé à durer un temps (20 millions de sans-abris en Allemagne, 25 en URSS).

Mais ce tableau est trompeur : les dégâts ont été bien plus importants à l’Est qu’à l’Ouest. Quelques chiffres : 70.000 villages et 1.700 villes détruits en URSS, un millier en Grèce ; 75% ponts de chemins de fer volatilisés en Yougoslavie, 75% des voies ferrées en Pologne).

Voir les pertes de population, toutes plus élevées à l’Est : 1/5e en Pologne (sans compter que c’est la population instruite qui est prioritairement visée), 1/8e pour la Yougoslavie, 1/11e pour l’URSS (voir le traitement des prisonniers de guerre : 3,3 M sur 5,5 sont morts), 1/14e pour la Grèce. A comparer avec Allemagne (1/15), la France (1/77) ou le RU (1/125). Penser aux orphelins qui peuplent les villes (53.000 rien qu’à Berlin, 49.000 en Tchécoslovaquie, 200.000 en Pologne).

Le déséquilibre homme/femme est flagrant pour ces pays, ce qui ne veut pas dire que les femmes ont eu plus de chance (voir le sort qui était réservé aux Allemandes par les armées soviétiques ; à Vienne, 87.000 viols « déclarés » dans les trois semaines qui suivent la libération de la ville ; entre 150.000 et 200.000 naissances de « bébés russes » dans la future RDA, donc sans compter les avortements sauvages). Dans ce cas de figure, c’est violence contre violence (les soldats de l’Armée rouge n’ont pas de permission, et sont convaincus de la « barbarie allemande »), et le résultat que les nazis ont semé dans la zone.

Survivre à la guerre est aussi dur que survivre à la paix : les destructions entraînent la rareté des biens, notamment de consommation. Beaucoup meurent de faim (jusqu’aux Pays-Bas), alors que la ration calorique journalière, assurée tant bien que mal par les armées victorieuses ou par l’UNRRA, est le plus souvent de 800 calories (parfois 500 comme à Budapest en décembre 1945). Le choc est d’autant plus fort pour certains pays qui avaient été préservés pendant la guerre, comme l’Allemagne (2500 calories en 1941, 2000 en 1943). Floraison du marché noir, qui accentue la sous-alimentation générale, et entraîne des maladies liées aux privations (tuberculose, rachitisme, pellagre, impétigo, trachome à cause de la déficience en vitamines, dysenterie à cause de la pollution des eaux). Ce sont les nouveau-nés qui sont le plus en danger (66/100 à Berlin en juillet 1945) : plus d’hôpitaux (un seul dans Varsovie avec 50 lits), plus de lait, etc…

Parmi les drames issus de la guerre, celui qui concerne les mouvements de population, commencés très tôt : Polonais des zones soviétique et allemande, Volksdeutsche appelés à coloniser des terres, etc… 30 millions de personnes ont ainsi été déplacées entre 1939 et 1943, auxquelles il faut ajouter les fuyards de toutes catégories (Allemands ou alliés, personnes déplacées, dont les déportés, rejoignant leurs foyers) qui fuient l’avancée de l’Armée rouge à partir de 1944 (et celle de Tito en Yougoslavie du côté croate).

Un point commun : c’est la zone orientale qui se vide d’une partie de sa substance ; une conséquence : une forme, directe et indirecte, de nettoyage ethnique lié à la guerre (les Juifs quittant une Pologne où ils ne se sentent pas en sécurité, les minorités ayant aidé l’Allemagne : Italiens d’Istrie, Ukrainiens, Hongrois de Transylvanie). Les autorités enfoncent le clou après la guerre : la Pologne en tolérant certains pogroms (Jedwabne), l’URSS en chapeautant l’échange Pologne/Ukraine entre 44 et 46.

Le paysage change avec ces échanges, et nous éloigne de l’ancienne Europe : des Turcs chassés de Bulgarie (160.000), des Slovaques quittant la Hongrie pour la Tchécoslovaquie contre des Hongrois quittant ce même pays, des Yougoslaves du sud déplacés vers le nord pour prendre la place des Allemands et des Italiens chassés du pays, etc…

Mais ce sont les Allemands qui ont le plus souffert de cette situation, surtout les communautés germanophones établies depuis des siècles. Exemple des Sudètes expulsés suite aux décrets Benes : 3 M avant la guerre, soit 29%, ils ne sont plus que 1,8% en 1950 (+ 267.000 morts lors des expulsions). Chiffres importants dans d’autres pays de la zone, mais surtout en Pologne (7M), s’expliquant par le déplacement des frontières vers l’ouest, entériné par le sommet de Potsdam. Total approximatif : 13 millions. Certains parleront de « crimes contre l’humanité », mais jamais à l’ordre du jour.

Grande différence avec la 1GM : on avait changé les frontières mais gardé les populations (sauf le cas Grecs/Turcs) ; en 1945, c’est le contraire (mis à part quelques ajustements mineurs). Ce point ne concerne pas l’URSS, qui avance vers l’ouest aux dépens de la Pologne, de la Roumanie, de la Tchécoslovaquie et, bien sûr, des Etats baltes.

Résultat : on a, en Europe centrale et orientale, une série d’Etats-nations plus homogènes (sauf Yougoslavie et URSS), avec beaucoup moins de Juifs et de minorités (Allemands de la Volga, Polonais d’Ukraine, Turcs des Balkans, Hongrois de Transylvanie, etc…).

La gestion de tous ces déplacés incomba d’abord à l’armée américaine, qui passa du combat à l’organisation des rapatriés, puis à l’UNRRA, qui dépensa 10 milliards de dollars entre 1945 et 1947 dans la création et la gestion de camps (surtout payés par EU, Canada et RU), qui passe à 762. Tout cela se passe essentiellement en Allemagne, et concerne d’abord les contingents soviétiques, puis les Français et les Polonais. En accord avec l’Organisation internationale des réfugiés, cette institution a permis de conserver un niveau décent de consommation alimentaire. Problème : l’OIR ne s’occupe que des réfugiés, pas des déplacés (donc pas vraiment des Allemands) ; de plus, cette organisation créée en 1947 rencontre tout de suite la méfiance des Soviétiques, et ne travaille donc pas à l’Est. Les Français sont très vite rapatriés, puis les Italiens ; c’est plus difficile pour les ressortissants des pays de l’Est, qu’il faut souvent forcer à repartir (sauf les Baltes, car l’absorption de leurs pays n’a pas été reconnue par l’Ouest). Beaucoup de ceux-là seront exécutés (Yougoslavie, URSS) ou déportés à l’est (URSS). Ce retour forcé cesse en 1947 avec la guerre froide, et la reconnaissance pour ceux qui restent (1,5 M de non-Soviétiques) du statut de réfugiés politiques. Certains seront accueillis pour travailler dans les pays occidentaux, mais au compte-goutte et suivant des critères précis (robustesse, âge, célibataires), faisant fi du passé politique (beaucoup d’Ukrainiens ayant combattu l’URSS au RU par exemple). En ce qui concerne les Juifs, ils ne sont pas traités à part au départ, et de toute façon personne n’en veut à l’est. Résultat : un petit nombre part vers les pays occidentaux, beaucoup restent paradoxalement en Allemagne, et encore plus émigre vers Israël (332.000 entre 1948 et 1951).

En 1951 est créé le UNHCR, et il ne reste plus que 177.000 personnes déplacées, dont personne ne veut (trop vieux ou infirmes). En 1957, ferme le dernier camp en Allemagne.
Le problème des collaborateurs est difficile à régler, parce que la 2GM n’a pas été qu’une guerre des Allemands contre le reste des Européens. Il y avait des situations locales, antérieures au conflit, dont les Allemands ont su profiter (diviser pour mieux régner, moindres frais pour eux) : Flamands en Belgique, Croates en Yougoslavie, Baltes et Ukrainiens en URSS. Ces guerres menées entre des peuples sous l’œil et avec l’aide des Allemands ont été oubliées, comme celles qui continuent après la défaite de l’Allemagne, notamment en Pologne (30.000 résistants tués jusqu’en 1948) ou en Ukraine (dont le dernier leader indépendantiste est tué en 1950). Cette dimension de guerre civile, particulièrement en Yougoslavie, sous couvert de conflit mondial, a été totalement oblitérée après la guerre (tchetniks/croates/musulmans/communistes) ; pareil pour la Grèce, où cette guerre continue jusqu’en 1949.
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