Du Drame «Me faras cossoul, te faré marguillé»


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Livre I

CHAPITRE 1




Les Acteurs Du Drame





« Me faras cossoul, te faré marguillé ».

Proverbe de Conques sur Orbiel 1
« De mon temps, on n’avait pas d’amis

On n’avait que des parents ».

R.RADIGUET. Le bal du Comte d’ORGEL

Il paraît qu’une pensée obsédante, une culpabilité larvée ont obscurci les dernières années de mon grand-père Armand Granel. Il se reprochait, disait-on, de devoir sa fortune aux achats de bien nationaux de première origine, autrement dit les biens du clergé saisis par l’état, que ses aïeux avaient effectués lors de la grande Révolution de 1789. Je ne sais si l’histoire est exacte, et j’étais trop jeune au moment de sa mort (30 janvier 1934) pour qu’il m’ait fait des révélations sur ce sujet, mais ces hésitations, ces repentirs, ces reproches étaient bien dans le tempérament de cet homme droit et scrupuleux à l’extrême2, à la toute première avant-garde des mouvements sociaux-chrétiens de son époque, plus apte à gérer des idées généreuses que des propriétés terriennes. Je soupçonne fort que l’audience particulière qu’il avait demandée et obtenue du Pape Pie X, le fut uniquement pour lui faire part de ses états d’âme sur ce sujet épineux. Il me semble que ma mère y avait fait allusion, mais je n’en suis plus très sûr. En tous cas, la somme énorme de cinquante mille francs-or, souscrite à fonds perdus, pour l’érection d’un collège jésuite3 à Toulouse, venait sans doute, de ce désir lancinant de restituer à l’Eglise un argent douteux.

Un tel remords couvant sous la cendre pendant plusieurs générations, n’est pas un phénomène unique dans les familles. Le record historique appartient sans doute à la maison languedocienne des Nogaret. Pendant des siècles, le septième jour du mois de septembre, une messe expiatoire était dite dans une chapelle de l’église de Marsillargues (Hérault) en réparation de l’attentat d’Anagni de 1303, commis ce jour là par le premier Baron de Nogaret sur la personne du pape Boniface VIII. Enfin, le 21 avril 1875, les deux dernières descendantes du ministre de Philippe le Bel, effondrées aux pieds du pape Pie IX, reçurent avec la bénédiction apostolique, le pardon du crime de lèse-papauté commis 572 années auparavant4.

La meilleure façon d’enlever un soupçon, une accusation, c’est d’abord d’en parler, de cerner le problème à la racine et essayer d’en découvrir la réalité. En effet, à partir de ce remords larvé et du silence qui l’avait entouré, l’imagination des membres de la tribu avait brodé un scénario très noir : Tholomiers et Gourgazaud les deux grandes propriétés familiales auraient été, à l’origine, des biens religieux spoliés. Une sorte de blanchiment d’argent sale…d’assignats abjects. Quelle horreur ! Il fallait absolument aller y voir de plus près, sinon le subconscient familial risquait de s’en trouver atteint, aussi longtemps peut-être que dans la saga des Nogaret. C’est ainsi que je me suis attelé à élucider ce mystère et pour cela à étudier le comportement de ces bourgeois de l’An II qui furent nos grands-parents maternels. Quelles étaient leurs places respectives dans la petite société villageoise du siècle des Lumières finissant ? Quel fut le bilan pour eux, de cette époque troublée ? Tout d’abord, qui étaient-ils ? Où habitaient-ils ? Sur lesquels allais-je faire porter mon étude ?

A
cette époque où les gens voyageaient peu, l’endogamie dans le cercle des connaissances et des parents était la règle générale. L’espace est restreint et se

Portion du Minervois, située au nord de l’Aude (Atax )

Carte dressée par F. de WITTE.  Amsterdam milieu du XVIIème.
limite à deux ou trois villages pour la période qui nous intéresse. Les Granel, Bonny et Salauze occupent la scène à La Livinière, les Vidal sont dans les mêmes parages mais débordent aussi sur Félines d’Hautpoul (actuellement Félines-Minervois) tout proche. Les Cabrol sont dans un autre canton plus proche de Carcassonne, à  Conques sur Orbiel. Ces trois villages dont les maisons, groupées autour de leur clocher comme des brebis près de leur berger, gardent encore visibles, les trace d’un urbanisme moyenâgeux en colimaçon5, leur rue unique partant d’une seule porte des remparts jusqu’à la petite place de l’église. Sous l’Ancien Régime, les départements et leurs clivages n’existaient pas encore. Félines et La Livinière dépendaient du diocèse de Saint Pons et Conques sur Orbiel de celui de Carcassonne. La Sénéchaussée de Carcassonne recouvrait ces deux diocèses, mais comme le remarque fort justement l’historien Jacques Godechot la communauté diocésaine était plus forte que la sénéchale.

Si les Salauze, les Bonny et Granel cousinent déjà depuis fort longtemps, les Vidal et les Cabrol ont certainement des liens d’amitié et de voisinage très fort mais ne sont pas encore apparentés (tout au moins à la lumière de mes connaissances actuelles6). Ce n’est que soixante ans plus tard que les enfants de Jean-Auguste Frédéric Granel réuniront toutes ces branches (cf. généalogies annexes in fine), de par son mariage avec Elisabeth Cabrol. Les Caldagués habitent Saint Pons mais gravitent dans l’aire rapprochée de La Livinière où les amènent leurs affaires et la profession de chirurgien7 du chef de famille. Ils seront à l’origine de la lignée Granel de Solignac, et je les ai associés, en partie, à cette étude car nous verrons qu’ils ont un rôle identique dans le jeu du pouvoir qui agite tout ce petit monde à l’aube de notre temps moderne.

Jean Granel, notre ancêtre direct qui vient de se marier en 1774 avec Marie-Jeanne Fabre de Siran8, est un propriétaire terrien, un ménager aux revenus confortables habitant La Livinière. Il y a d’autres familles Granel dans le même village (chacune a d’ailleurs ses propres prénoms attitrés : Jean pour la notre, Guillaume, Barthélèmy, Etienne et aussi Jean…… pour les autres) mais je ne retrouve pas de parenté lointaine ou récente avec notre branche si ce n’est peut-être avec un Barthélémy Granel qui semble être un cousin proche. D’ailleurs dans les actes notariés ou d’état-civil de cette époque, ces Granel hétéromorphes ont tous un surnom indissociable de leur patronyme, et cela depuis parfois plusieurs générations. Il y a ainsi Granel, dit Mignon, Granel dit Mibarel etc9. D’après les compois10 de La Livinière que j’ai pu compulser, le plus ancien, celui de 1615, ne fait état que d’une seule famille Granel, vraisemblablement la nôtre. Une autre branche ( était-elle parente ?) fait son apparition sur le compois de 1663, puis d’autres dans celui de 1750. Tous ces Granel, notre famille comprise, viennent certainement des cantons du Haut minervois, Montagne Noire ou monts de Lacaune. J’en ai retrouvé beaucoup dans les actes anciens du pays d’Anglès où la plupart ont des professions liées au textile et à l’agriculture.

Les terres de la famille sont dispersées et pas encore regroupées comme elles le seront par la suite. L’examen de tous ces compois d’ancien régime montrent à l’évidence que si Gourgazaud et Tholomiers ne font pas encore partie des biens Granel, ils ne constituent pas non plus des biens d’église. Ils appartiennent depuis longtemps aux famille Salauze-Bonny de la Livinière pour le premier et Lignieres-Rivet de Félines et aussi Bonny, pour le second. Nous verrons dans un chapitre ultérieur comment s’est faite leur dévolution entre les mains de Jean Granel fils pour l’un, puis d’Etienne Vidal, pour l’autre. Voilà donc dès le départ un point établi : Les principales propriétés sont des biens de famille normalement achetés, hérités ou échangés !

L’examen de l’acte de mariage Granel-Fabre est très intéressant et même assez amusant. On y voit des villageois encore proches du milieu paysan prospère, mais dont un membre, Jacques Granel, a déjà quitté la terre pour devenir commerçant à Narbonne. De lui viendront sans doute les rapprochements avec les Bonny. La famille compte aussi bon nombre de prêtres, Guillaume-Antoine Cauture, curé de Cupserviés, et Baudile Fabre, curé de Puichèric, ce qui va rendre plus difficile le passage de la nef Granel dans les eaux mouvementées de la Révolution.





Ces deux prêtres représentent toutes les contradictions et ambiguïtés pouvant alors se faire jour dans une même parentèle. En effet, le second, assez âgé, signera des deux mains la constitution civile du Clergé et mourra, il est vrai assez rapidement (1794) sans se rétracter, tandis que le premier refusera de jurer et sera déporté en Italie pour cet acte. Je serai amené à analyser dans un chapitre ultérieur (La Messe du Saint Esprit) les causes profondes de ce clivage qui n’avaient rien à voir avec les qualités propres de chacun. Ces Cauture sont peut-être les artisans des liens futurs avec les Cabrol de Conques sur Orbiel, comptant aussi à cette époque un prêtre, Jean-Baptiste, futur non-jureur. On verra, sous l’Empire, les liens étroits encore maintenus par Jean Granel fils, qui fournira11 plusieurs fois du vin, du blé et de l’huile à ces parents, très proches puisque les deux sœurs Cauture de Villardonnel, Jeanne et Marie, se sont mariées le même jour, le 11 février 1744, avec les deux frères Jean 1 et Barthélémy 2 Granel. Il est plus que probable que Jean 2 se servira d’eux pour vendre la laine de ses moutons de Gourgazaud et de Piquotalen12 aux cardeurs-tisserands (surtout un certain Emby Cadet) du Cabardés. Intéressant aussi ce côté terrien de l’esprit avec lequel a été conçu ce contrat de mariage. Le blé fourni sera calculé en mesure de Narbonne13 car le setier y est plus avantageux que celui de la Livinière. L’huile et le blé seront pris à la source au moment de la dépiquaison pour l’un et de la pression pour l’autre, dans le but d’éviter les fournitures de produits moisis ou rances de fin de saison, tout juste bons à faire la soudure. La dot, partie en terres et partie en argent liquide (cinq mille six cent dix livres) est très importante, compte tenu de l’époque et de la pauvreté de la région, où la moyenne n’atteint pas en général 500 livres dans tous les actes que j’ai pu consulter pour le village concerné. De plus cette dot ne tient sans doute pas compte des fonds propres de Marie-Jeanne, car je note que le 2 septembre suivant, son père lui léguera14 une somme de 500 livres. Enfin, les signatures qui suivent sont fermement écrites indiquant que tous ont reçu une éducation très soignée.



Même la grand-mère Marie Cauture, signe d’une façon lisible. Il est vrai que nous sommes avant la Révolution et qu’il faudra attendre plus de trente ans, pour que le niveau d’éducation des jeunes filles dans les familles bourgeoises, redevienne ce qu’il était sous l’Ancien Régime. En effet les lois15 sur l’enseignement de la République n’avaient pas jugé bon de donner aux petites filles les mêmes obligations d’apprendre qu’aux garçons (l’enseignement officiel devait s’arrêter pour elles à l’âge de huit ans) et la disparition des prêtres et du clergé régulier n’avait pas permis d’y suppléer16 au moyen du préceptorat si fréquent à cette époque. Ainsi sur l’acte de mariage Cabrol-Vidal de 1811, la grand-mère Bonnet-Loupy sera déclarée ne pas savoir signer, alors que sa propre aïeule, Olimpe Mascarenc de Rivière, cent années auparavant et dans une région beaucoup plus arriérée, savait écrire17 très correctement. L’éducation privée revient très cher et quand Mademoiselle de Guerin écrit18 à son frère Maurice : « Je désespère de pouvoir entendre jamais Horace et Virgile, non jamais je ne parlerai une langue qui coûte dix ans d’étude ! », il faut bien entendre le verbe coûter au sens propre.

En plus de la dot prévue, peu après ce mariage, Guillaume-Antoine Cauture, oncle maternel de Jean Granel et curé dans le Cabardés, lui cède une rente19 de trente livres de revenu provenant d’un fonds de 750 livres placées chez les bénédictins de Caunes. C’est un bon mariage que vient de réaliser notre aïeul car Marie Jeanne Fabre a aussi une certaine fortune personnelle et des espérances. Les beaux-parents de Jean Granel, les Fabre20 de Siran sont des agriculteurs avisés. Depuis longtemps ils se sont spécialisés dans la vente des semences de céréales21, possèdent les plus beaux greniers de cette région et fournissent chaque année les villageois qui s’unissent pour ces achats passés le plus régulièrement du monde devant le notaire du lieu. Ils s’occupent aussi de recouvrer les fonds destinés aux plus nécessiteux. Il y a en effet à Siran un Bureau de Bienfaisance très bien organisé depuis le début du 17ème siècle et les Fabre y sont administrateurs depuis fort longtemps. Raymond Fabre le sera de 1783 à 1793, époque où les biens des pauvres seront pris en charge par un commissaire de l’hospice civil du canton de la Livinière, puis d’Olonzac22. Cette époque, 1774, est celle du renchérissement excessif du prix du pain donc du blé. Les mauvaises récoltes des paysans du Nord et du Centre de la France ont provoqué des révoltes frumentaires tout autour de Paris contre ces chiens de laboureurs. Dans le midi où il semble que les rendements n’aient pas baissé, bien au contraire, les propriétaires engrangent des bénéfices substantiels, assurés qu’ils sont de vendre au prix fort ces bleds dépiqués dès le mois de juillet qui assurent la soudure du royaume.

Les Bonny et les Salauze23 sont très proches. Leur assise est d’une autre dimension que celle des Granel et ils tiennent le haut du pavé dans le village tout comme les Vidal, juste en dessous bien sûr, des familles nobles, les Hautpoul de Félines et les Merinville de Rieux. Les Bonny sont des hommes de loi, avocats de père en fils au Parlement de Toulouse, mais résidant à Narbonne. Jean Herail, le mari de Marguerite Bonny, beau-frère de Jean Granel fils, propriétaire important de Coursan, est aussi un homme de loi de Narbonne. Un autre gendre Bonny, Jean-François-Joachim-Antoine Baron, marié à Gabrielle, est propriétaire et commerçant. Le troisième gendre, Louis Somadieu, le mari de Marie-Jeanne24, est agriculteur mais son cousin, assistant au mariage Granel fils, est professeur d’Histoire à Perpignan. Un autre cousin de Jean Baptiste Bonny, Gabriel Robert sera juge, quelques années plus tard au Tribunal Civil du Département de l’Aude. Ces Bonny sont les premiers propriétaires terriens du village, juste avant les Vidal, mais possèdent sans doute d’autres biens dans des régions plus éloignées. Les Salauze25 ont aussi certainement d’autres terres, car leur revenu cadastral est plutôt faible sur la Livinière où ils ont eu autrefois beaucoup de biens. Dans les actes, ils sont toujours désignés comme habitant Narbonne. Ils sont depuis longtemps propriétaires des deux moulins dans le village, dits de Rigaud, qu’ils louent26 sans difficulté. Mais eux aussi, naviguent dans les eaux poissonneuses du Droit et surtout, ils disposent de sérieux fonds propres, qui leur permettent, depuis près d’un siècle et peut-être plus, de se faire les collecteurs des droits d’équivalent, c’est à dire qu’ils afferment la perception des aides27dans le canton de Saint Pons.

Les Cabrol de Conques sur Orbiel ont une origine terrienne beaucoup plus récente.Dans les compoix anciens on ne relève pas de terres leur appartenant. Tous ont une profession dans le domaine textile alors très florissant et ils occupent souvent des postes importants dans les fonctions municipales ou ecclésiales. Les premiers à occuper des places qui les sortent de l’ordinaire, sont les deux frères Sébastien et Jacques. Pendant de longues années Sébastien sera chargé en tant qu’expert, d’établir les compoix cabalistes qui donnent une parfaite idée des ressources du village. Ces documents importants se trouvent encore dans les archives de Conques-sur-Orbiel où j’ai pu les retrouver.

Jacques semble s’être engagé très vite dans l’armée et il a dû en ramener quelque argent, car à partir de 1750 environ, il est de retour au village comme négociant-cardeur. Il va se marier avec Marie Blanc28 le 20 août 1747 à Conques mais il n’aura pas d’enfants. Dans les actes notariés on peut le voir disposer alors de beaucoup de liquidités. Dés 1748 il acquiert de Marie Sauziere, femme de Joseph Besse, chapelier, une grande maison pour la grosse somme de 900 livres. Il achète des quantités de terres qu’il afferme et se constitue aussi des rentes. En 1776 enfin il obtient pour 9000 livres, en deux versements, la métairie de La Mathe à la marquise de Poulpry, cohéritière avec le coseigneur de Conques, Guillaume de Fraisse. Quelques années plus tard, en 1780, il prête de très grosses sommes, près de 18000 livres en tout, au sieur Cavailhes, prêtre de Conques. Son frère Sébastien acquiert aussi beaucoup de terres mais en moindre quantité. De toute façon les biens de Jacques reviendront finalement au fils de Jean Cabrol, Jacques 2, que nous retrouverons plus tard.

Les Vidal ont un profil un peu différent. Ils viennent du village voisin de Pépieux et sont propriétaires de bonnes terres dans la paroisse de Saint Germain, aux métairies de Saint Marcel, dans le hameau qui deviendra plus tard le château de la Mignarde. Etienne Vidal que nous trouvons sur notre chemin à cette époque importante, est marié à Marguerite Lignieres de Félines qui lui a apporté en dot une des métairies de Tholomiers qu’elle tient de sa mère Marie Rivet. Il a d’autres biens, un moulin à blé, une métairie, la Borie Basse, à Calamiac le Haut (sur le territoire de la Livinière) et des carrières au même endroit, d’où l’on extrait des pierres pour fabriquer des meules29 de moulin, ce qui lui procure un gros revenu. Il prête aussi beaucoup d’argent aux uns et aux autres (tout comme les Salauze), souvent sans intérêts. Ses opinions le situent un peu plus à gauche que le reste des protagonistes de cette petite histoire villageoise, et cela lui servira dans les moments cruciaux qui vont suivre. On perdrait toutefois son latin à vouloir analyser ces tendances avec nos yeux d’électeurs actuels. Ces personnages sont avant tout des notables dont les agissements de caste transcendent toujours leurs premiers réflexes politiques ou religieux. Le fils d’Etienne, Anne-François-Marcel, en sera l’illustration frappante. Comme on va le voir par la suite, sa première élection en 1831 comme député d’opposition à la Monarchie de Juillet, se fera en groupant sur sa tête les voix des rouges républicains et des blancs légitimistes. Ce savoir-faire politicien sera bien utile dans les années troubles qui vont suivre et permettra aux uns et aux autres, de les traverser non seulement sans dommage mais avec de généreux profits.

Etienne Vidal ne signe pas au mariage Granel-Fabre, comme il le fera quelques années plus tard à celui du fils. Sans doute les liens d’amitié entre les deux familles ne sont pas encore consolidés par les graves événements qu’elles vont affronter de conserve. Il vient de se marier avec Marguerite Lignieres de Félines et, à cette occasion, son père nommé Etienne lui aussi, lui a laissé la jouissance des terres et de la carrière de Calamiac. Il a deux frères : l’un Jacques-Joseph-Pierre-Alexandre30, héritier avec lui des autres biens de Pépieux, va se marier le 3 novembre 1779 et rester à Saint Marcel ; le second Pierre-Jean sera notaire sous l’Empire à Peyriac. Son beau-frère Jean Vene est aussi avocat au Parlement de Toulouse (cf. fiches généalogiques n°6: Famille Lignieres). Par sa belle-mère, Etienne Vidal fils va hériter d’un bien considérable. Le 20 décembre 1781, pour régler une succession très compliquée, Marie Rivet veuve de Jacques Lignieres31 établit chez maître Roger notaire royal d’Olonzac, un état complet des biens mobiliers et immobiliers, dans le but louable de garder la bonne entente dans la famille et de régler à l’amiable les différends qui pourraient intervenir. Le document comporte plus de dix pages. Sans rentrer dans un souci de détail qui serait désormais fastidieux, on doit noter qu’elle laisse à ses enfants trois métairies : L’Espinassié32 à Rieussec, Touloumiers et Estival à la Livinière, et toutes les terres situées sur les lieux et consulats d’Hautpoul (Félines) et dans le terroir de Mérinville (nom de Rieux avant la Révolution). Elle nomme comme sa légataire Marguerite Lignieres sa fille, épouse d’Etienne Vidal, la mère d’Angélique-Roseau. Voilà donc complètements élucidés les origines soi disant douteuses des différentes propriétés familiales Pour situer un peu mieux tout ce microcosme villageois voici un état33 des populations de La Livinière fourni par le maire Gabriel BONNY le premier floréal 1794. Le bourg principal regroupe 722 individus ; on peut voir que les différentes métairies de Tholomiers en ont 23 et celle de Gourgazaud seulement 7, sans doute parce que située moins loin du village d’où pouvaient venir les journaliers. La langue parlée usuellement est, bien entendu, le languedocien, même si, de plus en plus, le français est compris un peu partout et utilisé par les éléments les plus aisés.



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