Jean-Jacques rousseau (1712-1778) Préambule des


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Jean-Jacques ROUSSEAU (1712-1778) Préambule des Confessions, rédaction 1765/1770 publication posthume entre 1782 et 1789 composées de 12 livres

INTRODUCTION
Les Confessions s’ouvrent sur une déclaration d’intentions proférées sur un ton extrêmement péremptoire. En quelques lignes très assurées, Rousseau définit la nature de son « entreprise » puis précise son contenu et ses objectifs. Cette démarche préliminaire lui permet de se définir lui-même, de mettre en évidence le caractère unique à la fois de l’homme et de l’œuvre et d’insister sur ce qui constitue le problème majeur d’un tel projet : la sincérité. Tout cela participe d’un projet de réhabilitation souhaitée par Rousseau. Il désire présenter sa défense devant un double tribunal : celui des hommes et celui de Dieu.
Lecture

Annonce du plan :

  1. Une singularité exemplaire

  2. La sincérité du projet

  3. L’ambiguïté du projet



1.Une singularité exemplaire

    1. L’apologie du moi

Le préambule débute comme une apologie de soi-même par Rousseau. On peut noter 23 occurrences de je repris par des adjectifs possessifs et des pronoms personnels de la 1ère personne mes, ma mon, m’, moi. Cette primauté accordée à cette expression de la 1ère personne est affirmée brutalement et exclut toute comparaison puisqu’il dit l. 6/7 : ce sera moi. Moi seul.

Rousseau se donne la place centrale. Il se présente, dans le 3ème §, en position de commandement : il donne des ordres, d’un ton assuré, y compris à Dieu l. 15, 30 et suivantes à l’aide d’impératifs rassemble l.30 ou de propositions injonctives au subjonctif présent. Qu’ils écoutent,…qu’ils gémissent,…qu’ils rougissent. Le rythme ternaire donne un ton solennel à cette exigence. Rousseau marque sa supériorité morale en lançant un défi à tous les hommes qu’un seul te dise, s’il l’ose l.36 ; celui qui demande à être jugé devient en quelque sorte le juge des autres. Il se met en scène dans le jugement dernier, où il occupe la place centrale autour de moi l.30. Tout cela montre un orgueil certain.


    1. La conscience de l’originalité

Rousseau souhaite marquer sa différence, sa distance avec les autres hommes. Les comparaisons marquent surtout l’idée qu’il n’y a pas de comparaison possible : Je ne suis fait comme aucun de ceux que j’ai vus l.8, comme aucun de ceux qui existent l.10. Il dissimule une affirmation catégorique sous une forme hypothétique : si je ne vaux pas mieux, au moins je suis autre l.11. Il emploie la métaphore du moule l.12 : son modèle est un prototype original qui n’a servi qu’une seule fois, pour lui uniquement. Il entend ainsi montrer qu’il est fondamentalement différent de la société à laquelle il appartient. En affirmant son absolue singularité, Rousseau annonce une sensibilité romantique. En effet, le romantique est un être qui se sent isolé et investi d’une mission. Son entreprise est anti-classique : au XVIIème siècle, Pascal pensait que « le moi est haïssable », Pensées, 455. Rousseau est donc un précurseur qui s’engage dans une voie nouvelle : la narration des aventures personnelles, l’analyse des états d’âme individuels qui continueront pendant toute la période romantique.


    1. Une entreprise singulière

La démarche de Rousseau est elle aussi tout à fait singulière. Elle s’exprime de façon catégorique dans la 1ère phrase du préambule : Je forme une entreprise qui n’eut jamais d’exemple, et dont l’exécution n’aura point d’imitateur. Le terme entreprise est doublement caractérisé par deux subordonnées relatives coordonnées. Chacune d’entre elles souligne, de manière négative, l’existence unique d’une œuvre par référence non seulement au passé connu l.1 (et St Augustin ? Montaigne ?), mais aussi au futur pourtant plus hypothétique l.2. Il n’y a là aucune nuance (jamais, futur). L’accent est mis aussi sur l’existence concrète de l’œuvre l. 16 ce livre à la main, et sur la définition du contenu et des intentions qui ont présidé à sa réalisation : sincérité complète, portrait complet d’un homme dans tous les aspects de son existence, ce que rappelle l’expression tel que je fus l.27. Mais paradoxalement, ce projet très personnel, intime, doit aussi permettre à tous les hommes de se découvrir eux-mêmes : que chacun d’eux découvre à son tour son cœur l.34.
2. L’engagement dans un projet authentique

  1. La vérité

L’obsession de la vérité est présente dans l’épigraphe intus et in cute, intérieurement et sous la peau. Le projet de Rousseau consiste en une exploration totale de soi, une introspection fouillée qui devra le montrer dans sa vérité. On peut repérer également le champ lexical du dévoilement et du regard montrer l.4, me présenter l.17, je me suis montré l.27, j’ai dévoilé l.29, vu l. 29, découvre l.34 qui participe à cette même idée de transparence, de même que la présence de nombreuses antithèses : bien/mal, mauvais/bon, vrai/faux. On trouve ainsi la volonté de tout dire, les aspects positifs comme les aspects négatifs, pour appréhender toute la vérité. L’épiphore quand je l’ai été révèle l’insistance l.27/28.


  1. La sincérité

L’intention précisée dès le début je veux l.3 au présent de l’indicatif est confirmée au passé composé j’ai dit l. 19. Présentée comme un objectif, la sincérité est donnée comme la ligne directrice de l’œuvre. Elle est en effet étroitement liée à l’idée de confession.

Rousseau revendique hautement une franchise totale : même franchise l.20 fait écho à même sincérité l.35, rien tu fait écho à rien ajouté l.20/21. Il veut se montrer dans toute la vérité de la nature l.5. Rousseau pense que la société corrompt l’homme et cette référence à la nature est déjà un gage d’authenticité.

L’expression des actes, des pensées, de l’être présentée en groupe ternaire l.18 ce que j’ai fait, ce que j’ai pensé, ce que je fus, dans leur totalité semble bien indiquer une parfaite sincérité. De plus, Rousseau alterne de manière régulière le bon et le mauvais, dans un souci d’équité qui s’exprime par des parallélismes de structure. Ex….

L’insistance sur la démarche : je n’ai rien tu, rien ajouté, j’ai pu supposer, je me suis montré, j’ai dévoilé joue sur deux plans, celui de la parole et de la vision. On peut en déduire que Rousseau a voulu permettre à ses lecteurs de se forger une image complète de lui.


  1. L’ambiguïté du projet

    1. Un paradoxe

Rousseau a conscience des difficultés de son entreprise. L’un des écueils principaux est la nécessité d’avouer ses fautes pour accéder à la franchise totale à laquelle il aspire. C’est visible dans le réseau lexical du mal : mal, méprisable et vil, mes indignités, mes misères. C’est un préalable nécessaire dans une confession. Mais cette insistance sur les défauts puis sur les qualités rapproche Rousseau d’une humanité par rapport à laquelle il se revendique différent. La contradiction vient de la juxtaposition de 2 situations incompatibles : un homme unique, un homme universel. La dernière phrase ne fait que souligner ce paradoxe : si Rousseau fait de sa vie, retracée par les Confessions, un critère de jugement : je fus meilleur que cet homme-là l.37, comment peut-il prétendre être unique ? Ainsi Rousseau a besoin du regard et du jugement des autres, et simultanément les refuse et les redoute par orgueil et par défiance.

    1. Une mise en scène

Rousseau, en imaginant une scène grandiose et apocalyptique du jugement dernier, organise une sorte de procès triomphal où celui qui occupe la place d’accusé devant être jugé devient l’accusateur. Ce sont les hommes qui vont devoir se sentir honteux, qui vont gémir, rougir. Cette demande de pardon ressemble à une provocation. Il n’y a aucune humilité, Rousseau convoque Dieu rassemble l.30 et la présence des trompettes, de l’être éternel qu’il tutoie, ne semble pas l’impressionner. D’ailleurs, l’issue de cette confrontation est favorable d’avance, puisque Dieu et les hommes sont invités à reconnaître son indéniable supériorité l.36/37.

    1. Les problèmes de la mémoire et de l’écriture

Rousseau exprime aussi les limites de son entreprise. Il met en relief son possible défaut de mémoire l.24 et avoue qu’il a pu utiliser quelque ornement indifférent l.22. On peut voir là la reconnaissance d’une attitude inventive de nature à modifier la vérité, mais aussi la vraie question de la mémoire lacunaire. Rousseau met en doute sa propre sincérité lorsqu’il dit j’ai pu supposer vrai ce que je savais avoir pu l’être l.25.

D’ailleurs, alors qu’il prétend dire le bien et le mal avec la même franchise l. 19, c’est le bien qu’il met en relief, peut-être à son insu. En effet, on remarque la présence de 2 adjectifs péjoratifs, méprisable et vil l. 27 qui pèsent moins lourd dans la balance que les 3 adjectifs laudatifs accentués par une gradation hyperbolique bon, généreux, sublime l.28.
CONCLUSION

Ce préambule permet à Rousseau d’établir avec le lecteur un pacte autobiographique. Dans un style relevant de l’éloquence persuasive et un peu grandiloquente, il conduit à une réflexion sur le souvenir, la mémoire, la vérité, la sincérité qui sont constitutifs de l’écriture autobiographique. Il fait partager au lecteur ses émotions, ses misères, fait de lui son juge et le met même au défi d’être mieux que lui.

En cela, Rousseau, qui ose exposer à la face du monde les aspects les plus intimes de son être intérieur, fait une œuvre novatrice qui anticipe sur la psychanalyse : se raconter sans tabous, retrouver des émotions enfouies, accorder de l’importance aux moindres détails conduisent à une connaissance de soi qui passe par la mise en parole des souvenirs.

Complément pour la compréhension du texte
En 1765, Rousseau entreprend d’écrire ses Confessions. Deux de ses ouvrages ont été condamnés en France et en Suisse, le Contrat social et l’Emile. Il en est douloureusement affecté. Il croit voir se dresser contre lui un véritable complot, sentiment aggravé par sa brouille avec Diderot et la publication en 1764 d’un pamphlet, le Sentiment des citoyens, dans lequel Voltaire l’accuse entre autres d’avoir abandonné ses enfants à l’assistance publique. Ulcéré de se sentir ainsi condamné par la société et par ses amis philosophes, Rousseau décide de rétablir la vérité sur lui-même en retraçant sa propre histoire. Pour la société chrétienne, il est un hérétique parce qu’il fait l’éloge de la nature primitive, pour les philosophes, il dénigre les bienfaits du progrès et de la science qui seuls peuvent faire avancer l’humanité. Avec son mythe du bon sauvage, il a en effet affirmé que le progrès engendre plus de maux que de bienfaits. D’ailleurs, sa démarche dans les Confessions rejoint son idéologie. Il s’efforce constamment d’expliquer ce qu’il est par ce qu’il a été, et de donner à ses lecteurs, pour qu’ils le comprennent et le jugent avec plus de bienveillance, certaines clés : celle d’une éducation négligée et fantaisiste, celle des mauvais traitements qu’on lui a infligés, celle des situations humiliantes dans lesquelles il s’est trouvé. Il met ainsi en évidence la responsabilité des autres dans la modification progressive de sa nature et de sa personnalité. Il faut enfin noter que les Confessions sont écrites avec un décalage temporel important. Rousseau, à plus de 50 ans, porte un regard apitoyé ou sévère, attendri ou révolté sur son enfance et son parcours. Les faiblesses de la mémoire, la volonté de présenter sous un jour idéalisé ce qui ne fut que banal, ou au contraire de minimiser un épisode important, tout montre à quel point la vérité personnelle compte plus que l’objectivité. A travers une œuvre qui fait brillamment alterner les récits et les analyses avec le jeu constant du double regard, on distingue surtout la quête menée par un homme à recherche de lui-même. Les Confessions dépassent le but que leur auteur leur avait assigné : au-delà d’une justification, elles apparaissent comme une analyse psychologique subtile, complexe et approfondie, étonnamment moderne. Rousseau a ouvert la voie à un genre nouveau, l’autobiographie.

Confession, 2 sens :

Sens courant= faire une confession à quelqu’un, partager un secret

Sens religieux= avouer ses fautes, ses péchés, pour se faire pardonner

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