«La damnable schisme ore apaiséz1». La fin du Schisme dans le Midi toulousain (1409-1430)


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« La damnable schisme ore apaiséz1 ».

La fin du Schisme dans le Midi toulousain (1409-1430).


Matthieu Desachy,

Bibliothèque municipale d’Albi

Qui se doute que certains, évêques Vieux catholiques par exemple, se réclament encore de l’obédience avignonnaise ? D’aucuns ont même rapporté qu’un pape inconnu « humblement régnant » adresse à chaque nouveau pontife « glorieusement régnant » une délégation de pouvoir2. Derniers avatars davantage folkloriques qu’historiques d’une crise religieuse née de la prolongation du Grand Schisme dans le Midi.

Publiée il y a déjà un siècle, l’étude toujours fondamentale de Noël Valois3 en a précisément établi la chronologie : en 1425, Jean Carrier, archidiacre de Saint-Antonin au chapitre de Rodez et cardinal créé par Benoît XIII, refuse de reconnaître Clément VIII et élit lui-même un successeur sous le nom de Benoît XIV. Retiré dans les gorges du Viaur et protégé par le comte Jean IV d’Armagnac, il maintient l’obédience avignonnaise, désormais seulement rouergate, jusqu’en 1430. Depuis, en dehors des nombreux articles qui ont résumé ou repris parfois mot à mot les écrits de Noël Valois4, les historiens se sont saisis du sujet et en ont éclairés plusieurs points : Charles Samaran a montré sa dimension politique5 ; Pierre Breillat a révélé un projet d’ambassade du comte d’Armagnac auprès du roi de France sur le fait de l’Eglise6 ; Jean-Louis Gazzaniga en a trouvé les séquelles juridiques à partir des archives du parlement de Toulouse7 ; Jean-Loup Delmas, par la découverte d’un texte inédit, en a révélé le contexte prophétique étudié par Nicole Lemaitre et Colette Beaune8 ; André Soutou a proposé de relier ces événements à des microtoponymes du Viaur9 ; Marie-Henriette Jullien de Pommerol a rappelé l’érudition livresque de Jean Carrier10.

Les protagonistes eux-mêmes, et Jean Carrier notamment tout comme Pedro de Luna, sont sortis de l’histoire pour inspirer les romanciers11.

Mais, à l’instar de la spectaculaire et émouvante découverte par Jean-Loup Delmas des armes de Benoît XIII sur un défet de reliure d’un registre de l’abbaye de Bonnecombe12, il restait encore des fonds inédits à exploiter : les archives communales de Rodez et d’Albi, signalées seulement par Noël Valois sans avoir été dépouillées ; les registres de la chancellerie des comtes d’Armagnac, aux Archives départementales du Tarn-et-Garonne13 ; naturellement, le fonds du chapitre cathédral de Rodez ; les archives du château de La Planque14 ; ou encore, les registres de Benoît XIII aux Archives secrètes du Vatican.

Ce tour d’horizon de la littérature et des dépouillements en cours permet de proposer une nouvelle mise au point sur les prolongations et l’achèvement du Grand Schisme dans le Midi toulousain, et dans le Rouergue en particulier. Il s’agit en effet de voir comment les contemporains ont vécu et perçu ces événements. De voir aussi si le jusqu’au-boutisme d’une partie du clergé rouergat est partagé par le clergé d’autres provinces méridionales. De voir enfin si l’intransigeance du comte d’Armagnac se retrouve chez d’autres souverains. Bref, si l’aventure de Jean Carrier n’est pas presque insensée, en ce sens qu’elle irait ouvertement à contre-sens de l’histoire.

Los simatix nomnatz en la bulla


Pour nos yeux de contemporains, les termes sont clairs : il y a les papes et les anti-papes, les uns et les autres se répartissant des obédiences en fonction de la carte géo-politique. Il y a dans l’emploi des termes un jugement facile a posteriori, une sémantique manichéenne facilitée par le recul du temps et la somme des études historiques. Parler ainsi, c’est faire croire que le vainqueur de la lutte était connu avant même que le combat ne commence. Or, il n’en est rien, et il est nécessaire d’écouter et de relever les mots utilisés par les protagonistes eux-mêmes pour comprendre leur attitude.

Lorsqu’ils évoquent ce que nous appelons le Grand Schisme, les consuls de Rodez, tout comme le comte d’Armagnac, parlent del fach de la Glieya15 – le fait de l’Eglise. Sous leur plume, il n’est pas question de schisme. Ce terme est en revanche évidemment utilisé à profusion par Martin V, tout comme Benoît XIII l’avait fait contre ceux qui l’avaient abandonné. Du coup, le terme est repris par les consuls du Bourg de Rodez qui désignent los simatix nomnatz en la bulla, ou encore los nomnatz en l’entredig – ceux qui sont nommés dans la bulle de l’interdit16. Les consuls de la Cité quant à eux n’emploient jamais ce terme déjà partial. S’ils évoquent eux aussi lo fach de la Glieya, ils parlent également de la causa [que] va de mal en piech17. Ces petites variations sémantiques laissent déjà penser une adhésion moindre de la part des consuls du Bourg que de ceux de la Cité à la cause défendue par Jean Carrier. Tous conviennent cependant qu’ils sont concernés au premier chef par cette crise : sus lo fach de la glieya, aquesta causa toqua als senhors de Borc aytan coma nos18. Les consuls d’Albi, dans un souci de neutralité ou de prudence, citent la dezobedientia de M. Johan Carrier19. Pour eux, il ne s’agit pas d’un schisme, mais d’une désobéissance, - par opposition à l’obédience, obedienza - d’un trouble comparable à ce qu’ils subissent à cause des compagnies de routiers, ou subiront quelques années plus tard quant il y aura deux compétiteurs pour le siège épiscopal. Compétiteur : le terme est plus juste que celui de pape et d’anti-pape qui fait désigner un vainqueur et un vaincu d’une lutte pour alors indécise et indéterminée. N’oublions pas que la couronne de France est alors elle-même chancelante entre deux souverains ; n’oublions par que de nombreux sièges épiscopaux connaîtront bien après l’extinction du Grand Schisme deux prétendants. Il n’y a donc pas pour les hommes du début du XVe siècle un pape et un anti-pape, ou un pape et deux anti-papes, il y a un, deux ou trois postulants à une seule tiare. Il leur reste à discerner lequel d’entre eux leur sera le plus favorable, c’est-à-dire pour reprendre les termes de Gerson, celui qu’il faut mettre en état de papalice20. La phrase sera prononcée par le comte d’Armagnac qui reconnaît ne pas savoir qui choisir parmi « les contendans du papat21 ». Ainsi se comprend l’attitude du comte d’Armagnac jusqu’en 1430 : il ne sait plus dire qui est le seul pape parmi ces candidats à la papauté, comme tant d’autres de ses contemporains auraient été bien en peine de prédire que le dauphin Charles, encore « contendans » à la royauté vers 1420, serait, après le sacre de Reims, reconnu pour seul roi de France en 1430.
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