Impatience des féministes marocaines


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Impatience des féministes marocaines

Maroc - Des femmes parlementaires belges à la rencontre des associations féminines


La société civile bouge au Maroc. Le mouvement des femmes en particulier supporte de moins en moins les contraintes liées aux lois qui régissent la vie privée.

REPORTAGE à Casablanca et à Rabat


La photo est belle. Une femme avance dans la rue, cheveux au vent, robe courte. Sûre d'elle. C'est une publicité pour appeler les Marocains à s'inscrire sur les listes électorales. Cette image de femme moderne correspond certes à une réalité du Maroc. Celle d'une société civile dynamique, où les associations de femmes sont de plus en plus nombreuses et combatives. Mais il y a l'autre aussi, celle que combattent justement ces associations et où le principe d'égalité constitutionnelle entre l'homme et la femme est battu en brèche par le code du statut personnel.

Le Maroc bouge, mais dans de multiples directions. Les sept parlementaires belges en visite au Maroc fin mai l'auront constaté : les partis politiques traditionnels, jugés sclérosés, ne suscitent guère d'enthousiasme auprès des citoyen(ne)s les plus engagé(e)s. Ce qui ne se traduit pas pour autant par un rejet du politique. A trois mois des élections législatives, les listes se multiplient. Elles seraient aujourd'hui 35 à vouloir se présenter. Quels que soient les résultats du scrutin, les femmes savent déjà qu'elles seront mieux représentées. Un accord entre partis a d'ores et déjà convenu que 30 femmes seront parlementaires (sur 250) au lieu de trois actuellement.

La place de la femme dans la société marocaine sera bien l'un des enjeux principaux de la campagne électorale même si tout a été fait pour qu'il n'en soit pas ainsi. La réforme de la Moudawana (le code du statut personnel de la femme) a été confiée par le roi Mohammed VI à une commission qui ne rendra ses conclusions qu'à la fin de l'année. Au programme de cette réforme notamment l'interdiction de la répudiation et l'obligation du recours au divorce judiciaire, la levée de la tutelle sur les femmes majeures, l'élévation de l'âge au mariage et l'interdiction de la polygamie Mais les décisions dans ce domaine restent une prérogative royale. Le roi est aussi le Commandeur des Croyants et la Moudawana est intrinsèquement une loi islamique.

Aujourd'hui au Maroc, 33 % des femmes sont actives, constate Najat Ikich, présidente de la Ligue démocratique pour les droits de la femme. Près de 25 % sont chefs de famille. Il y a désormais une contradiction insupportable entre la loi (qui n'envisage que le travail de l'homme) et la réalité. Mais il n'y a pas que le décalage entre la loi et l'évolution sociologique au Maroc qui provoque tensions et blocages. Le statut juridique de la femme aggrave sa situation sociale et sanitaire, constate Vincent Fauveau, représentant du FNUAP (Fonds des Nations unies pour la population) à Rabat. Un chiffre est éclairant : celui de la mortalité maternelle, 3 pour mille, un des plus élevés au monde. La progression de la pauvreté et de l'analphabétisme chez les femmes est une autre donnée constatée par le FNUAP.

Mais le statut personnel de la femme engendre aussi des problèmes sociaux insupportables et qui mobilisent aujourd'hui un nombre croissant d'associations. Aicha Ech-Channa, présidente de Solidarité féminine qui prend en charge les mères célibataires à Casablanca, est la première à avoir brisé un tabou : celui des jeunes filles violées par le patron qui les emploie ou par un membre de leur famille. Des femmes rejetées par la société, sans avenir. Le docteur Najat M'Jid, dont l'association recueille les enfants de rues à Casablanca et à Tanger confirme : Nous trouvons dans la rue des petites filles de 12, 13 ans enceintes. Ce sont les petites bonnes jetées dehors par ceux qui les ont violées.. Rien qu'à Casablanca, on estime à 24.000 le nombre d'enfants employés comme domestiques et le plus souvent exploités sexuellement. Najat M'Jid dénonce une société marocaine en pleine crise des valeurs, où l'enfant est désormais considéré avant tout comme une source de revenus.

La violence envers les femmes et les enfants, la pédophilie ont cessé d'être des tabous. Mais les associations supportent de moins en moins leur relative impuissance. A Marrakech, l'association Ennakhil accueille les femmes victimes de violences conjugales. Elle ne peut ouvrir de refuge pour abriter celles qui risquent de mourir sous les coups de leur mari. Si on garde une femme chez nous, le mari a le droit de porter plainte, explique Zakia L'Mrini. Quant à porter plainte pour coups et blessures, la Moudawana rend l'exercice impossible : le texte de loi prévoit qu'il faut 12 témoins (hommes) pour faire éventuellement condamner le mari.

Nehza Chekrouni, ministre chargée de la condition de la femme, vient de lancer une campagne nationale contre les violences conjugales qui s'appuie sur les associations féminines. La ministre le reconnaît : elle manque cruellement de moyens financiers et humains pour mener à bien sa politique en faveur des femmes. Et les solutions à une série de problèmes, comme celui de la violence, passent inévitablement par une réforme de la Moudawana. Les clés ne sont donc pas dans les mains du gouvernement. Nehza Chekrouni sait que le gouvernement a déçu la frange la plus progressiste du Maroc. Pour eux, nous ne faisons rien. Pour les autres, nous sommes des athées qui empiètent sur les prérogatives royales. Le mouvement des femmes, poursuit la ministre, n'est pas homogène et des femmes sont aussi actives dans les milieux intégristes.

Omar, président de l'association Oxygène, qui œuvre à l'insertion socio-professionnelle des femmes à Ouarzazate, ne cache pas son pessimisme, à court terme du moins. Cet ancien étudiant de Louvain-la-Neuve a choisi de rentrer au pays et de se battre sur le terrain. Mon rêve ? C'est que toutes ces femmes décident un jour de faire de la politique, d'être députées. Cela prendra du temps, mais je veux y croire.·

MARTINE VANDEMEULEBROUCKE

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