A mon fils, pour qu’il se souvienne


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J'étais curieux de savoir quelle indemnité le vainqueur consacrait aux réparations de la cathédrale, où ses obus ont fait pour 600 000 francs de dégâts. On m'a dit, mais j'ai peine à le croire, que Dieu serait le seul propriétaire exclu de la répartition générale. Il faudra donc que l'œuvre Notre-Dame pourvoie à tout sur ses propres ressources. Elle y arrivera, je l'espère : son revenu, qui varie avec le produit des récoltes, est de 160 000 fr. en moyenne, et il y a probablement quelques capitaux en réserve, car on avait commandé jadis à ce pauvre Hippolyte Flandrin un travail de 250 000 fr., que l'admirable artiste, tué trop tôt, n'a pu fournir.

La conversation du bon abbé Gerber et celle du pauvre docteur d'Eggs étaient assurément fort attachantes, et les visites de ma famille ou de mes amis remplissaient agréablement une partie de mes journées ; mais rien ne pouvait me consoler de la perte d'un bien sans lequel tous les autres sont peu de chose. J'attendais impatiemment des nouvelles de ['instruction supplémentaire, et je n'en recevais plus aucune. M. Merrem était parti le jeudi matin pour je ne sais quel canton du Haut-Rhin, où l'on avait signalé un vol à main armée ; le vendredi, à deux heures, il n'était pas encore de retour.

À ce moment, notre ami M. Mallarmé vint me dire qu'il avait causé avec M. Staedler. Je n'ai jamais vu ce grand homme, et je mourrai probablement sans connaître son visage ; mais mon avocat et mes conseils étaient admis à le contempler et ils plaidaient à tour de rôle avec tout leur talent et tout leur cœur. M. Mallarmé me dit donc, au nom du procureur impérial, que l'affaire n'était pas, ou du moins n'était plus grave, et que j'en serais quitte à bon marché ; mais qu'il fallait absolument donner une leçon à la presse parisienne.

Je ne voyais pas trop comment les circonstances les plus atténuantes pourraient ramener un crime de haute trahison au niveau d'une contravention de simple police. Cependant je me couchai ce soir-là dans l'idée que nous réglerions tous nos comptes par huit jours de prison au minimum, un mois au plus, et, bercé par le doute entre ces deux hypothèses, je m'endormis d'un profond sommeil.

Tout à coup, un fracas de clefs et de verrous me réveille, et tout, en me frottant les yeux, je vois ou plutôt je devine un des gardiens de la prison… "Comment ! vous dormez ? me dit-il. Pardonnez-moi de vous déranger, mais j'ai appris, par le plus grand des hasards, une si heureuse nouvelle que je n'ai pu me tenir de vous la communiquer : vous serez libre demain matin !"

Si je n'imprime pas ici le nom de cet excellent homme, ce n'est pas ingratitude, mais prudence. Il est trop dangereux de remercier en public ceux qui se sont montrés nos amis contre les Prussiens.

Je dormis mal, on peut le croire, mais je ne me souviens pas d'avoir passé une meilleure mauvaise nuit.

Le lendemain matin, M. Schneegans et mes conseils accoururent à la prison pour confirmer la bonne nouvelle, et l'on s'embrassa à la ronde. L'ordre de mise en liberté fut prêt à dix heures et demie ; je voulais consacrer une partie de la journée à visiter tous ceux qui m'avaient témoigné de l'intérêt ; mes amis me le défendirent, et après m'avoir fait déjeuner, ils me chassèrent positive ment à Saverne. "Et surtout, dirent-ils, ne vous oubliez pas dans les délices de la maison. Vite à Paris, ou pour le moins à Lunéville ! Les Allemands ne sont pas des hommes pareils aux autres. S'ils trouvaient un nouveau prétexte à vous mettre en prison, la confusion de leur premier échec ne les arrêterait pas un quart d'heure."

Ils m'expliquèrent, chemin faisant, comment la chambre des mises en accusation, composée d'un officier et de deux magistrats, avait pesé, la veille, les conclusions de M. Staedler et celles de M. Merrem, et donné gain de cause au second par des motifs tirés du droit international. M. Merrem, informé du résultat dans la matinée du samedi, avait dit : "Je suis heureux d'apprendre que ces messieurs se sont rangés à mon avis. "

Un hasard dont je fus charmé me permit de remercier au buffet de la gare cet honorable juge d'instruction, qui, par droiture de conscience, s'était fait mon avocat.

Ici finit l'histoire de cette semaine, qui, malgré l'heureux dénoûment, me fait l'effet, lorsque j'y pense, d'avoir duré plus de sept jours. Tout ce que je pourrais ajouter ne serait que le détail d'épanchements intimes, aussi indifférents au public qu'ils m'ont été doux à moi-même, et que par ces raisons je garderai pour moi.

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