Politique d'utilisation de la bibliothËque des Classiques


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CHAPITRE IV

De la puissance paternelle,

et s'il est bon d'en user

comme les anciens Romains

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Le droit gouvernement du pËre et des enfants gÓt ‡ bien user de la puissance que Dieu a donnÈe au pËre sur ses enfants propres, ou la loi sur les enfants adoptÈs, et en l'obÈissance, amour, et rÈvÈrence des enfants envers les pËres. Le mot de puissance, est propre ‡ tous ceux qui ont pouvoir de commander ‡ autrui. Ainsi le Prince, dit SÈnËque, commande aux sujets, le magistrat aux citoyens, le pËre aux enfants, le maÓtre aux disciples, le capitaine aux soldats, le seigneur aux esclaves. Mais de tous ceux-l‡, il n'y en a pas un, ‡ qui nature donne aucun pouvoir de commander, et moins encore d'asservir autrui, hormis au pËre, qui est la vraie image du grand Dieu souverain, pËre universel de toutes choses, comme disait Proclus AcadÈmicien. Aussi Platon ayant en premier lieu articulÈ les lois qui touchent l'honneur [p. 80] de Dieu, il dit que c'est une prÈface de la rÈvÈrence que l'enfant doit au pËre, duquel aprËs Dieu, il tient la vie, et tout ce qu'il peut avoir en ce monde. Et tout ainsi que nature oblige le pËre ‡ nourrir l'enfant, tant qu'il est impuissant, et l'instruire en tout honneur et vertu, aussi l'enfant est obligÈ, mais beaucoup plus Ètroitement, d'aimer, rÈvÈrer, servir, nourrir le pËre, et ployer sous ses mandements en toute obÈissance†: supporter, cacher, et couvrir toutes ses infirmitÈs et imperfections, et n'Èpargner jamais ses biens, ni son sang, pour sauver et entretenir la vie de celui, duquel il tient la sienne. Laquelle obligation, [quoiqu]'elle soit scellÈe du sceau de nature, voire qu'elle porte exÈcution parÈe, si est-ce toutefois, pour montrer combien elle est grande, il n'y en a point de plus certain argument, que le premier commandement† de la seconde table, et seul en tous les dix articles du DÈcalogue, qui porte son loyer††: combien qu'il n'est d° aucun loyer ‡ celui qui est obligÈ de faire quelque chose, [de mÍme] par obligation si Ètroite, que toutes les lois divines† et humaines en sont pleines. Au contraire, nous lisons, que la premiËre malÈdiction qui soit en la Bible†, est celle qui fut donnÈe ‡ Cham pour n'avoir pas couvert la honte de son pËre. Et non sans

cause les enfants anciennement Ètaient si jaloux† les uns des autres, ‡ qui emporterait la bÈnÈdiction du pËre, craignant plus sa malÈdiction que la mort. Et de fait, le jeune Torquatus Ètant chassÈ de la maison de son pËre, se tua de regret. C'est pourquoi Platon† disait qu'il faut bien sur tout prendre garde aux malÈdictions et bÈnÈdictions que [p. 81] les pËres donnent aux enfants, et qu'il n'y a priËre que Dieu plus volontiers exauce, que celle du pËre envers ses enfants.

Si donc les enfants sont si Ètroitement obligÈs ‡ servir, aimer, obÈir, et rÈvÈrer les pËres et mËres, quelles peines mÈritent ceux-l‡ qui sont dÈsobÈissants, irrÈvÈrents, injurieux†? quel supplice peut Ítre assez grand ‡ celui qui frappe le pËre ou la mËre†? Car quant au meurtrier du pËre, ou de la mËre, il ne s'est jamais trouvÈ juge, ni lÈgislateur, qui s°t t imaginer tourments suffisants pour un cas si exÈcrable, quoique la loi Pompeia des Parricides ait ordonnÈ un tourment plus Ètrange que digne d'un tel crime†; et encore que nous en ayons vu un de notre mÈmoire qui a ÈtÈ tenaillÈ, puis rompu sur la roue, et enfin br°lÈ, si est-ce qu'il n'y avait homme qui n'e°t plus d'horreur de sa mÈchancetÈ que de frayeur de sa peine, et qui ne confess‚t, qu'il mÈritait plus qu'il ne souffrait. [29-30]

[p. 82]

CHAPITRE V

De la puissance seigneuriale,

et s'il faut souffrir les esclaves

en la RÈpublique bien ordonnÈe

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La troisiËme partie du gouvernement des mÈnages dÈpend de la puissance du Seigneur envers ses esclaves, et du maÓtre envers ses serviteurs. Car mÍme le nom de famille vient a famulis et famulitio parce qu'il y avait grand nombre d'esclaves, et de la plupart des sujets de la famille on nommait tout le mÈnage, famille. Ou parce qu'il n'y avait richesses que d’esclaves, on appela les compagnies d'esclaves, familles, et la succession du dÈfunt, famille. Et SÈnËque voulant montrer combien le Seigneur doit Ítre modÈrÈ envers ses esclaves, il dit, que les anciens ont appelÈ le chef de la maison, pËre de famille, et non pas Seigneur. Et d'autant que tout le monde est rempli d'esclaves, hormis un quartier de l'Europe, qui les reÁoit dÈj‡ peu ‡ peu, il est ici besoin de toucher, et de la puissance du Seigneur [p. 83] envers les esclaves, et des inconvÈnients et commoditÈs qui rÈsultent de recevoir les esclaves†: qui est un point de consÈquence, non seulement ‡ toutes familles en gÈnÈral, [mais] aussi ‡ toutes RÈpubliques.

Or tout esclave est naturel, ‡ savoir engendrÈ de femme esclave, ou fait par droit de guerre†; ou par crime, qu'on appelle esclave de peine†; ou qui a eu part au prix de sa libertÈ, ou qui a jouÈ la libertÈ, comme faisaient anciennement les peuples d'Allemagne††; ou qui volontairement s'est vouÈ d'Ítre esclave perpÈtuel d'autrui, comme les HÈbreux le pratiquaient. Le prisonnier de guerre Ètait esclave du vainqueur, qui n'Ètait pas tenu le mettre ‡ ranÁon, si autrement il n'e°t ÈtÈ convenu, comme il fut anciennement† en GrËce, que le barbare prisonnier de guerre pourrait Ítre mis ‡ la cadËne, et retenu comme esclave. Mais quant au Grec, qu'il serait mis en libertÈ, en payant par lui une livre d'or, par l'ancienne ordonnance de Pologne, auparavant, et depuis trois cents ans, il fut arrÍtÈ par les Ètats, que tous ennemis prisonniers de bonne guerre demeureraient esclaves des vainqueurs, si le Roi n'en voulait payer deux florins pour tÍte. Mais celui qui a payÈ la ranÁon du prisonnier est tenu le remettre en libertÈ, ayant reÁu le prix†; autrement, il le peut garder non comme esclave, mais comme prisonnier, suivant l'ancienne† loi pratiquÈe en la GrËce, puis en tout l'Empire Romain. Quant aux dÈbiteurs prisonniers des crÈanciers, encore qu'il f°t permis par la loi des douze Tables les dÈmembrer en piËces pour distribuer aux crÈanciers, qui plus qui moins, comme au sold la livre†: si est-ce toutefois que s'il n'y avait qu'un crÈancier, il ne pouvait lui Ùter la vie, et moins [p. 84] encore la libertÈ, qui Ètait plus chËre que la vie, car le pËre pouvait bien vendre, troquer, Èchanger, voire Ùter la vie ‡ ses enfants, mais il ne pouvait leur Ùter la libertȆ; aussi, le cœur bon et gÈnÈreux aimera toujours mieux mourir honnÍtement que servir indignement d'esclave. C'est pourquoi la loi des douze Tables, qui adjugeait le dÈbiteur non solvable au crÈancier, fut bientÙt cassÈe ‡ la requÍte des PËriliens Tribuns du peuple, qui firent ordonner que, dËs lors en avant, le dÈbiteur ne serait adjugÈ au crÈancier, et qu'il ne pourrait Ítre par lui retenu pour dette, sauf au crÈancier ‡ se pourvoir par saisie de biens, et autres voies de justice, ainsi qu'il verrait Ítre ‡ faire par raison†; laquelle loi demeura inviolable sept cents ans, et jusqu'au rËgne de DioclÈtien† qui la fit publier derechef sur peine de la vie. Voila toutes les sortes d'esclaves. /.../

Mais quant aux esclaves, il y a deux difficultÈs qui ne sont point encore rÈsolues. La premiËre est ‡ savoir si [la] servitude des esclaves est naturelle et utile ou contre nature. La seconde, quelle puissance doit avoir le seigneur sur l'esclave. Quant au premier point, Aristote est d'avis que la servitude des esclaves est de droit naturel. Et, pour preuve†: Nous voyons, dit-il, les uns naturellement faits ‡ servir et obÈir, les autres ‡ commander et gouverner. Mais les Jurisconsultes, qui ne s’arrÍtent pas tant aux discours des Philosophes qu'‡ l'opinion populaire, tiennent que la servitude est droitement contre nature, et font tout ce qu'ils peuvent pour maintenir la libertÈ contre l'obscuritÈ ou ambiguÔtÈ des lois, des testaments des arrÍts, des contrats. Et quelquefois, il n'y a loi ni testament qui tienne, qu'on ne donne coup ‡ l'un, et ‡ l'autre, pour affranchir l'esclave, comme on peut voir en tout le droit. Et s'il faut que la loi tienne, si est-ce que le Jurisconsulte [p. 85] fait connaÓtre toujours que l'acerbitÈ [de celle-ci] contre les esclaves lui dÈplaÓt, l'appelant dure et cruelle. De ces deux opinions, il faut choisir la meilleure. Il y a beaucoup d'apparence, pour soutenir que la servitude est utile aux RÈpubliques, et qu'elle est naturelle. Car toute chose contre nature ne peut Ítre de longue durÈe, et si on vient ‡ forcer la nature, elle retournera toujours en son premier Ètat, comme on voit Èvidemment en toutes choses naturelles. Or est-il que la servitude a pris son origine soudain aprËs le dÈluge et, aussitÙt qu'on a commencÈ d'avoir quelque forme de RÈpublique, et depuis a toujours continuÈ [bien que] depuis trois ou quatre cents ans elle a discontinuÈ en quelques lieux, si est-ce qu'on la voit retourner. Et mÍme, les peuples des Œles Occidentales, qui sont trois fois de plus grande Ètendue que toute l'Europe, qui n'avaient jamais ouÔ parler de lois divines, ni humaines, ont toujours ÈtÈ pleines d'esclaves†; et ne se trouve pas une seule RÈpublique qui se soit exemptÈe d'esclaves, voire mÍme les plus saints personnages qui furent [jamais] en ont usÈ. Et qui plus est, en toute RÈpublique, le seigneur a eu puissance des biens, de la vie, et de la mort sur l’esclave, exceptÈ quelques-unes, o_ les princes et lÈgislateurs ont modÈrÈ cette puissance. Il n'est pas vraisemblable que tant de Rois et lÈgislateurs eussent attentÈ contre nature, ni que les sages et vertueux hommes l'eussent approuvÈ, ni tant de peuples par tant de siËcles eussent reÁu les servitudes, voire dÈfendu par quelques lois d'affranchir les esclaves, sinon en certain nombre, et nÈanmoins ont fleuri en armes et en lois. Et qui voudrait nier que ce ne f°t chose honnÍte, et charitable de garder un prisonnier de bonne guerre, le loger, coucher, vÍtir, nourrir, en faisant le service qu'il pourra, s'il n'a de quoi payer sa ranÁon, au lieu de le massacrer de sang-froid†? C'est la premiËre cause des esclaves. Davantage, les [p. 86] lois divines et humaines veulent que celui qui n'a de quoi payer pour la faute par lui commise, soit puni corporellement. Or, celui qui fait injustement la guerre aux biens, ‡ la vie, ‡ l'Ètat d'autrui, qui doute qu'il ne soit vrai brigand et voleur, et qu'il ne mÈrite la mort†? Ce n'est donc pas contre nature de le garder pour servir, au lieu de le faire mourir, car le mot de servus, quoiqu'on ait voulu reprendre Justinien vient ‡ servando. Et si c'Ètait contre nature qu'un homme e°t puissance sur l'autre de la vie et de la mort, il n'y aurait ni Royaumes, ni seigneuries qui ne fussent contre nature, vu que les Rois et Monarques ont mÍme puissance sur tous leurs sujets, [qu'ils] soient seigneurs ou esclaves, s'il Èchoit peine capitale par les lois.

Ces raisons ont bien quelque apparence pour montrer que la servitude est naturelle, utile, et honnÍte, mais il y a bien rÈponse. Je confesserai que la servitude sera naturelle quand l'homme fort, roide, riche et ignorant obÈira au sage, discret et faible, quoiqu'il soit pauvre†; mais d'asservir les sages aux fols, les ignorants aux hommes entendus, les mÈchants aux bons, qui dira que ce ne soit chose contre nature†? si ce n'Ètait qu'on voul°t subtiliser, que l'esclave bien avisÈ gouverne et commande ‡ son seigneur, et le sage conseiller ‡ son Roi mal avisÈ. De dire que c'est une charitÈ louable [de] garder le prisonnier qu'on peut tuer, c'est la charitÈ des voleurs et corsaires, qui se glorifient d'avoir donnÈ la vie ‡ ceux qu'ils n'ont pas tuÈs. Or voit-on bien souvent que les hommes doux et paisibles sont la proie des mÈchants, quand on vient ‡ dÈpartir les diffÈrends des Princes par guerre, o_ le vainqueur a bon droit et le plus faible a toujours tort. Et si les vaincus ont fait la guerre ‡ tort et sans cause, comme brigands, pourquoi ne les met-on ‡ mort†? pourquoi n'en fait-on justice exemplaire†? pourquoi les reÁoit-on ‡ merci [p. 87] puisqu'ils sont voleurs†? Et quant ‡ ce qu'on dit que la servitude n'e°t pas durÈ si longuement, si elle e°t ÈtÈ contre nature†: cela est bien vrai Ës choses naturelles, qui de leur propriÈtÈ suivent l'ordonnance de Dieu immuable†; mais ayant donnÈ ‡ l'homme le choix du bien et du mal, il contrevient le plus souvent ‡ la dÈfense, et choisit le pire contre la loi de Dieu et de nature. Et l'opinion dÈpravÈe en lui a tant de pouvoir, qu'elle passe en force de loi qui a plus d'autoritÈ que la nature, de sorte qu'il n'y a si grande impiÈtÈ, ni mÈchancetÈ, qui ne soit estimÈe et jugÈe vertu et piÈtÈ. [46-51]

Or puis que nous avons par expÈrience de quatre mille ans tant d'inconvÈnients, de rÈbellions, de guerres serviles, d'Èversions et changements advenus aux RÈpubliques par les esclaves, tant de meurtres, de cruautÈs, et vilenies dÈtestables commises en la personne des esclaves par les seigneurs, c'est chose trËs pernicieuse de les avoir introduits, et les ayant chassÈs, de les rechercher. Si on dit que la rigueur des lois se peut modÈrer avec dÈfenses et punitions sÈvËres de ceux qui tueront les esclaves†: et quelle loi peut Ítre plus juste, plus forte, plus entiËre que la loi de Dieu, qui y avait si sagement pourvu†? voire jusqu'‡ dÈfendre de les ch‚tier de fouets, (ce que permet la loi des Romains) et veut que l'esclave sur le champ soit affranchi, si le seigneur lui a rompu un membre†: ce que l'Empereur Constantin fit passer en force de loi gÈnÈrale. Et qui ferait la poursuite de la mort d'un esclave†? qui en oirait la plainte†? qui en ferait la raison n'ayant aucun intÈrÍt†? attendu que les tyrans tiennent pour rËgle politique, qu'on ne peut assez asservir les sujets pour les rendre doux et ployables. On dira qu'en Espagne on voit les seigneurs traiter fort doucement leurs esclaves, et beaucoup mieux que les serviteurs libres, et les esclaves de leur part faire service ‡ leurs seigneurs avec une [p. 88] allÈgresse et amour incroyable. Quant aux Espagnols, on dit en proverbe, qu'il n'y a point de maÓtres plus courtois au commencement, et gÈnÈralement tous commencements sont beaux, aussi est-il bien certain qu'il n'y a point d'amour plus grande que d'un bon esclave envers son seigneur, pourvu qu'il rencontre un humeur propre au sien. C'est pourquoi, ‡ mon avis, la loi de Dieu avait si sagement pourvu que personne ne f°t esclave, que celui qui ayant servi sept ans, et go°tÈ l'humeur de son maÓtre, ou crÈancier, aurait consenti lui Ítre esclave perpÈtuel†; mais puisqu'il y a si peu d'hommes qui se ressemblent, et au contraire que la variÈtÈ et naturel des humeurs est infinie, qui sera l'homme si mal avisÈ, qui en fasse un Èdit, une loi, une rËgle gÈnÈrale†? L'ancien proverbe, qui dit, autant d'ennemis que d'esclaves, montre assez quelle amitiÈ, foi et loyautÈ on peut attendre des esclaves. De mille exemples anciens je n'en mettrai qu'un advenu du temps de Jovius Pontanus, lequel rÈcite qu'un esclave voyant son seigneur absent, barre les portes, lie la femme du seigneur, prend ses trois enfants, et se mettant au plus haut de la maison, sitÙt qu'il voit son seigneur, il lui jette sur le pavÈ l'un de ses enfants, et puis l'autre. Le pËre tout Èperdu, et craignant qu'il jet‚t le troisiËme, a recours aux priËres, promettant impunitÈ et libertÈ ‡ l'esclave, s'il voulait sauver le troisiËme†; l'esclave dit qu'il le jetterait, si le pËre ne se coupait le nez, ce qu'il aima mieux faire pour sauver son enfant. Cela fait, l'esclave nÈanmoins jeta le troisiËme, et puis aprËs se prÈcipita lui-mÍme. On me dira qu'en recevant les esclaves, on retranchera le nombre infini des vagabonds et cessionnaires, qui aprËs avoir tout mangÈ veulent payer leurs crÈanciers en faillites, et qu'on pourra chasser tant de vagabonds, et fainÈants, qui mangent les villes, et sucent comme guÍpes le miel des abeilles†; [de plus] aussi, que [p. 89] de telles gens se provignent les voleurs, et pirates†; puis la faim, et mauvais traitement des pauvres, attirent les maladies populaires aux villes, car il faut nourrir les pauvres, et non pas les tuer. Or c'est les tuer quand on leur refuse la nourriture, ou qu'on les chasse des villes, comme dit saint Ambroise. Je rÈponds quant aux cessionnaires, que la loi de Dieu y a pourvu, c'est ‡ savoir, qu'ils servent ‡ leurs crÈanciers sept ans, combien que la loi des douze Tables pratiquÈe en toutes les Indes Occidentales, et en la plupart d'Afrique†, voulait qu'ils demeurassent toujours prisonniers du crÈancier jusqu'‡ ce qu'ils eussent satisfait. Car d'Ùter le moyen de cession en cas civil, comme ils font en tout l'Orient, c’est Ùter aux dÈbiteurs le moyen de travailler, et de gagner pour s'acquitter. Quant aux voleurs, je dis qu'il y en aurait dix pour un, car l'esclave sera toujours contraint, s'il peut Èchapper, d'Ítre voleur ou corsaire, ne pouvant souffrir son seigneur, ni se montrer Ètant marquÈ, ni vivre sans biens. Je n'en veux point de meilleur exemple, que celui de Spartacus, qui assembla en Italie soixante mille esclaves pour une fois, outre neuf cents voiles de corsaires, qui Ètaient sur mer. Or le sage politique n'est pas celui qui chasse de la RÈpublique les voleurs, mais celui qui les empÍche d'y entrer. Cela se peut faire aisÈment, si on faisait en chacune ville des maisons publiques pour apprendre les pauvres enfants ‡ divers mÈtiers, comme il se fait ‡ Paris, ‡ Lyon, ‡ Venise, et autres villes bien policÈes, o_ il y a des pÈpiniËres d'artisans, qui est la plus grande richesse d'un pays. Aussi je ne suis pas d'avis que tout ‡ coup on affranchisse les esclaves, comme l'Empereur fit au PÈrou, car n'ayant point de biens pour vivre, ni de mÈtier pour gagner, et mÍme Ètant affriandÈs de la douceur d'oisivetÈ, et de libertÈ, ne voulaient travail-[p. 90] ler, de sorte que la plupart mourut de faim. Mais le moyen c'est devant les affranchir leur enseigner quelque mÈtier. Si on me dit qu'il n'y a bon maÓtre que celui qui a ÈtÈ bon serviteur, je dis que c'est une opinion qui est mal fondÈe, quoiqu'elle soit ancienne, car il n'y a rien qui plus ravale et ab‚tardise le cœur bon et gÈnÈreux, que la servitude, et qui plus Ùte la majestÈ de commander autrui, que d'avoir ÈtÈ esclave†; aussi le maÓtre de sagesse dit en ses proverbes, qu'il n'y a rien plus insupportable que l'esclave devenu maÓtre, ce qu'il entend non seulement de la cupiditÈ Ètant maÓtresse de la raison, [mais] aussi de celui qui va d'une extrÈmitÈ ‡ l'autre, de servitude au commandement. Mais puisque la raison divine et naturelle va partout, et qu'elle n'est point enclose Ës frontiËres de la Palestine, pourquoi ne sera[-t-]elle pas suivie†? Combien que de tout temps les Tartares extraits des dix lignÈes d'IsraÎl, ainsi que plusieurs pensent, affranchissent leurs esclaves mÍme au bout de sept ans, ‡ la charge qu'ils sortiront du pays, qui est une clause, en cas de vente d'esclaves, que Papinien avait rejetÈe. Mais depuis il changea d'avis, et corrigea sa faute, et nÈanmoins en cas d'affranchissements elle est nulle, s'il n'y avait Èdit, ou coutume gÈnÈrale au contraire, comme nous dirons ci-aprËs. Voil‡ quant ‡ la puissance des seigneurs sur les esclaves, et des maÓtres sur les serviteurs. Or puisque nous avons assez amplement, et toutefois aussi briËvement qu'il nous a ÈtÈ possible, discouru de la famille, et de toutes les parties [de celle-ci], qui est le fondement de toute RÈpublique, disons maintenant du citoyen et de la citÈ.†[65-67]

[p. 91]
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