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D'autres hôtels proches des gares ou même intégrés à leur dispositif architectural, s'ouvrent dans cette même période: le Great Northern en 1855, le Grosvenor à côté de Victoria Station en 1860 (qualifié par la presse de l'époque d'hôtel à "l'échelle américaine" parce qu'il s'élevait sur 8 étages, les deux

19. Le Midland Grand Central Hotel, Londres

premiers étant occupés exclusivement par des suites), puis le Westminster Palace Hotel qui comprenait 268 chambres, 70 "lavatories", 14 salles de bains.
Peu après l'Angleterre, on vit un peu partout en Europe apparaître des hôtels du même type, liés au développement des déplacements en chemin de fer.

Mais dès la fin des années 1850, en fait avec l'Hôtel du Louvre à Paris, appelé à l'époque "l'hôtel monstre", on passa à une échelle nouvelle, et à un type quelque peu différent.
Napoléon III, qui avait fréquenté les hôtels londoniens lors de ses voyages, décida de faire construire un immense hôtel à Paris pour l'exposition universelle de 1855. Il suggéra ce projet aux frères Péreire qui profitèrent du prolongement de la rue de Rivoli et créèrent pour l'occasion la Compagnie Immobilières des Hôtels et Immeubles de la rue de Rivoli. Un système d'exonération fiscale sur trente ans fut inventé à cette occasion pour encourager le projet.

L'hôtel construit innovait par sa taille et sa conception par rapport aux hôtels européens de l'époque, mais aussi différait des hôtels américains par son architecture et son organisation. Il comptait 700 chambres ( plus de 8000 mètres carrés construits) réparties autour d'une vaste cour couverte par une verrière, une galerie de 400 mètres faisant le tour de l'hôtel ; des machines y transportaient vaisselle et bagages entre les étages, un réseau de fils électriques alimentait des pendules : une "véritable petite ville avec une place publique en son centre, note un journal de l'époque qui ajoutait :les voyageurs qui se dirigeront à l'intérieur en passant sous ses hauts porches croiront que leur cocher est entré dans la résidence du baron Haussmann ou dans l'un des splendides palais nationaux, le Ministère des Affaires Etrangères par exemple" (1) .
Tout le programme et toute l'originalité de ce modèle de grand hôtel européen apparaît dans les quelques notations de cet article. L'hôtel est "américain" par sa taille, par sa conception d'ensemble, comme ensemble intégré d'équipements et d'hébergements, par sa gestion: le système américain de direction d'hôtel a été essayé pour la première fois... avec succés. L'affaire est aussi une expérience splendide digne en tous points de la ville dans laquelle elle est tentée (2) : l'hôtel présente en effet le nec plus ultra de la modernité technique ... et sociale, son luxe et son bon goût illustrent la grande classe

20. Le Grand Hôtel, Paris, plan du rez-de-chaussée

française et parisienne (un magasin de "nouveautés" était d'ailleurs installé au rez-de-chaussée). Mais il est aussi vitrine et modèle d'une ville et de sa tradition, et en cela il diffère des grands hôtels américains, qui tiennent lieu de ville plutôt qu'il n'en témoignent.

L'hôtel du Louvre est d'ailleurs tellement parisien qu'il peut devenir un objet tourisitique en lui-même, puisque selon le chroniqueur de l'époque, on peut s'y croire dans "un de ces splendides palais nationaux". C'est pourquoi tout dans l'architecture est tendu vers l'expression de cette qualité urbaine tradionnelle, jusqu'à l'intégration de l'hôtel dans l'alignenement de la rue de Rivoli (1) .
Un deuxième hôtel du même type suivit, le Grand Hôtel en 1862, sur le boulevard des Capucines . Cet hôtel qui devait initialement s'appeler l'Hôtel de la Paix (mais on appela Café de la Paix le café qui lui fut adjoint) devait à l'origine compter mille chambres. Finalement, on en construisit 800 avec 65 salons . Lors de l'ouverture, la presse insista sur les détails les plus marquants pour l'époque :
Le personnel est de 250 individus, la plupart allemands, bacheliers ou licenciés, parlant toutes les langues connues. A chaque étage, il y a trois postes d'agents desservant chacun quarante numéros et communiquant par des tuyaux acoustiques; à chaque porte du salon commun, des boîtes pour recevoir les réclamations; à chaque lit, bureau et cheminée, des boutons qu'il suffit de toucher pour déclencher une sonnnerie électrique continue. Toutes les pendules se règlent d'elles-mêmes et entre elles, à midi et à minuit, par un fil électrique introduit sous le socle et derrière la glace... L'hôtel a 2600 becs de gaz; la salle à manger, à elle seule, en a 1140; ces becs consomment une valeur de 100.000 francs de gaz par année.
Visitant le Grand Hôtel, Eugénie dit à Emile Péreire, financier de l'affaire : c'est absolument comme chez moi, et je me suis crue à Compiègne ou à Fontainebleau .

Un peu plus tard en 1878, à l'angle de la rue de Rivoli et de la rue de Castiglione s'ouvrit pour l'exposition universelle Le Continental, un nouvel hôtel encore plus luxueux, conçu par Henri Blondel (gendre de Charles Garnier), également architecte de La Belle Jardinère.

21, 22. Deux publicités pour l'Hôtel Continental, Paris

Des hôtels de ce type "équipèrent " progressivement toutes les capitales européennes. A Vienne, où la

"concurrence" avec Paris était forte, une série de grands hôtels s'ouvrit dès le début des années

1860 : le Wohnhaus Heinrich Hof en 1863, le Britannia et le Donau en 1870, le Métropole de 360 chambres en 1873, le Sacher en 1876.

A Berlin, le premier grand hôtel, le Kaiserhof, fut ouvert en 1875 ; il comprenait 230 chambres.
Londres connut aussi une sorte de seconde vague hôtelière à la fin des années 1870 et dans les années 1880, période durant laquelle s'ouvrit une série de grands hôtels de ce type métropolitain européen, intégrant diverses fonctions sur le modèle américain (bien qu'à une échelle moindre) mais fortement insérés dans leur contexte urbain et culturel. Parmi les plus grands et les plus luxueux, trois hôtels de 500 chambres se distinguent : le Victoria en 1876, le Grand en 1879 et le Metropole en 1885; ils appartenaient tous au même propriétaire, Frederik Gordon, et leur clientèle était décrite à cette époque comme " de grandes vieilles familles ou des dirigeants de grandes entreprises du Nord, de style Victoria, des Américains et des Australiens bien habillés et polis" (1) . Suivit en 1886 l'ouverture sur le Strand du Cecil, un hôtel de 800 chambres, et de fait le plus grand hôtel d'Europe à ce moment.
L'invention des palaces : Ritz, Fin de Siècle et Belle Epoque

La Belle Epoque vit naître un nouveau type d'hôtel de luxe : généralement de taille sensiblement plus réduite que les grands hôtels métropolitains, intégrant tous les équipements modernes disponibles, mais surtout axé sur une extrême qualité en tous domaines et intégrant les fonctions mondaines développées notamment par les hôtels de station.
Ce processus donna naissance à ce que l'on appela à partir du début des années 1900 les "palaces".

Un homme joua un grand rôle dans l'invention et la mise au point des palaces : César Ritz. Fils d'un petit propriétaire terrien suisse, il travailla tout d'abord comme serveur chez Voisin. Déjà dans la jeune tradition de service de l'hôtellerie suisse, dont témoigne le traité de Guyer cité plus haut, Ritz nota attentivement les besoins et les goûts des anciens et des nouveaux, que ce soit de l'eau glacée pour les Américains ou des cigarettes égyptiennes pour Albert-Edouard, prince de Galles (1) .

Ritz avant de créer ses propres maisons, dirigea une série d'hôtels ( Grand Hôtel National de Lucerne, Grand Hôtel de Monaco, Hôtel de Provence à Cannes) dont la clientèle lui était tellement attachée qu'elle le suivait. C'est ainsi qu'il fut recruté comme directeur du Savoy lorsqu'il ouvrit en 1889 . A l'origine principalement destiné à la clientèle américaine, le Savoy était construit sur la base des dernières techniques utilisées aux Etats Unis : matériaux à l'épreuve du feu, poutrelles d'acier coulées dans du béton, éclairage électrique omniprésent, six ascenseurs, mais seulement soixante-dix salles de bain pour 700 chambres.

Le succès de Ritz tient à une combinaison de plusieurs qualités : à la manière suisse il connaissait parfaitement sa clientèle, ses goûts et ses envies, était un partisan farouche de la propreté et de l'ordre, enfin il était un très bon gestionnaire.
Mais à ces qualités "suisses", il en ajoutait une autre: c'était un maître de cérémonie, sachant organiser des fêtes qui déclenchaient l'enthousiasme de la bonne société,. Pour assurer le succès de ces fêtes, il savait concevoir le décor et mettre en scène les gens qui y participaient, ce qui fait écrire à H. Montgomery que César Ritz était un homme de spectacle. La décoration des hôtels qu'il géra, puis la conception des hôtels qu'il fit construire, notamment par Mewès, intégrèrent toujours les objectifs de luxe, d'hygiène, de fonctionalité, de modernité, et, cela, dans une conception quasi théatrale.

Ritz contribua directement à modifier certains aspects des modes de vie de l'aristocratie européenne. A Londres, en particulier, le dîner au Savoy devint une obligation mondaine. Ainsi, sa clientèle n'était plus limitée aux seuls touristes et voyageurs, et il réalisait au Savoy plus de la moitié de son chiffre d'affaires en restauration ! Il faut dire aussi que, pour ce faire, il s'était associé le célèbre Auguste Escoffier qui dirigeait les cuisines du Savoy.
Sans conteste il contribua ou participa à la diffusion hors de l'hôtellerie, vers l'habitation de haut de gamme, de certaines innovations dans l'équipement de la maison (l'électricité, les salles de bains attenantes à toutes les chambres) et de quelques uns de ses propres principes, notamment dans l' ameublement (par exemple l'exclusion des lourdes tentures et des papiers peints attrape-poussière).

Une série d'hôtel fut construite ou réaménagée sur la base de ces conceptions entre 1890 et 1914. La société du Savoy acheta en 1893 le Claridge's de Brook street et le transforma de fond en comble; elle fit construire sous la direction de Ritz et d'Escoffier le Grand Hotel de la Via Vittorio Emanuele à Rome en 1894. Le Coburg (rebaptisé plus tard le Connaught) ouvrit à Mayfair en 1896, et le Carlton en 1899 qui pour la première fois offrait une salle de bains par chambre.

Ritz enfin ouvrit son premier hôtel personnel en 1898 place Vendôme à Paris, conçu par l'architecte Charles-Frédéric Mewes : 130 appartements, tous pourvus d'une salle de bains, d'un cabinet de toilette et d'un water-closet. Selon sa veuve, César Ritz aurait donné comme première consigne à Mewès:

Mon hôtel doit être le dernier cri de l'élégance ...le premier hôtel moderne à Paris. Je le veux hygiénique, confortable et beau.

Au mot "moderne", M. Mewès frissonna mais, en homme de tact, il ne leva pas les bras au ciel avec horreur... (1) .

Mais, cet hôtel s'était implanté dans un cadre ancien (la façade a été dessinée par Mansart en 1698) qui avait introduit un certain nombre de contraintes assez fortes. Le premier hôtel entièrement conçu par Ritz et Mewès fut donc le Ritz de Londres inauguré en 1905: distribué autour d'un jardin d'hiver, principe cher à Ritz, il allie une décoration et un ameublement tout entiers Louis XVI à des techniques de construction très modernes, en particulier l'emploi de charpentes métalliques, et un niveau de confort très développé pour l'Europe . L'influence du modèle américain y est très importante mais le luxe et le confort y sont traités sur un mode sensiblement différent, dans lequel esthétique, voire arts et culture tiennent un rôle important (2) . En 1909, Ritz ouvre un troisième hôtel, toujours conçu par Mewès, à Madrid.

23. Le Ritz Hotel, Londres
Suivant l'exemple de Ritz, d'autres palaces ouvrirent à cette époque : L'Elysée Palace en 1898 sur les Champs-Elysées (qui apporta quelques perfectionnements techniques comme le filtrage de l'eau), l'Hôtel Meurice qui fut complètement reconstruit entre 1905 et 1907 par Paul-Henri Nénot, Grand Prix de Rome, l'Hôtel de Crillon (classé monument historique en 1896) transformé en hôtel de très grand luxe en 1907-1909, pour le compte de la Société des grands Magasins et des Hôtels du Louvre. Parmi les hôtels de grande classe qui s'ouvrent à cette époque, il faut aussi citer le Lutétia qui accueillait surtout la grande bourgeoisie de province, les hommes politiques (proximité du Sénat et de la Chambre des Députés), le Majestic en 1905 (400 appartements ou chambres, tous avec antichambre et salle de bains, chaque pièce décorée et ameublée différemment, un "roof-garden, cinquante mètres de terrasses transformées l'été en restaurant), le Mercédès et l'Astoria en 1907 (1), le Plaza Athénée en 1913 (où fut arrêtée Mata-Hari).
La construction de ce type de palaces se répandit dans toute l'Europe, l'architecture étant investie de la mission d'exprimer ces nouvelles conceptions du luxe, de la mode et de la modernité. Parmi les exemples les plus remarquable on peut citer à Moscou l'Hôtel Métopole, ambassadeur de l'Art Nouveau, ou à Berlin en 1907 l'hôtel Adlon qui mêlait Art Nouveau et style néo-classique!
La guerre de 1914-1918 interrompit momentanément ce mouvement. Puis après guerre, malgré l'absence des Russes qui avaient représenté une part importante de la clientèle des hôtels de luxe, le mouvement hôtelier reprit et une nouvelle génération d'hôtels fut mise en chantier. La crise des années trente interrompit à nouveau ce phénomène pendant quelques années.
On peut considérer que les palaces construits en Europe dans les années 1920-1930 arrivent alors à maturité ; peu d'innovations marquantes, mais la généralisation des techniques modernes, de l'équipement sanitaire, et une recherche renouvelée dans l'architecture, la décoration et l'ameublement.

Parmi les principales réalisations de l'entre-deux-guerres, il faut noter :

-le George V, inauguré en 1928, (qui ouvrit sous la direction d'André Terrail, créateur en 1936 de La Tour d'Argent) disposait de salons qui devinrent vite le "must" des réceptions parisiennes, d'appartements avec terrasses, d'une cour toute en marbre, d'une collection de mobiliers anciens,

24. L'Hôtel Crillon, Paris

d'une cave de 250.000 bouteilles;

-le Royal-Monceau de 1925, dit le "Palace des familles" car il était occupé pour une bonne part par des résidents permanents, hommes politiques et grands avocats notamment;

-Le Scribe, ouvert en 1926 sur l'emplacement du Grand Café (205 chambres), occupé surtout par des hommes d'affaires.
Dans le même temps, les hôtels américains continuaient sur la route des records, de plus en plus grands, de plus en plus hauts.

Mais un nouveau type d'hôtel s'inventait aussi à la même époque aux USA : le motel. De l'hôtel de chemin de fer on passait peu à peu à celui de l'automobile...


Chapitre 2

Du motel au jet-set palace
1. L'hôtel et les réseaux modernes
L'évolution des hôtels a de tout temps été fortement liée à celles des moyens de transports.

Déjà les lignes régulières de diligence avaient fait naître un nouveau type d'auberge-relais ; le développement des hôtels au XIX° siècle accompagna celui des chemins de fer. Puis, ce fut la période des traversées transatlantiques, et, un rapport étroit s'établit, particulièrement en Europe, entre le modèle du grand hôtel et celui du paquebot.
Par la suite, surtout à partir des les années 1920-1930, le lien entre automobile et hôtel introduisit de nouvelles conceptions.


1. 1. De l'hôtel paquebot à l'hôtel automobile.

A la fin du XIX° siècle le développement des voyages transatlantiques fut considérable et l'on peut constater une forte parenté entre les paquebots de luxe mis en service sur l'Atlantique et les nouveaux palaces : les cabines étaient certes un peu plus petites que les chambres, mais il s'agissait des mêmes gens, habitués au même luxe, groupés de même dans un système d'habitat et de distraction commun (piscines couvertes, tennis sur le pont supérieur, tir à la carabine) . On a d'ailleurs souvent comparé les grands hôtels à des paquebots, car ils présentent en effet le même type d'autonomie et de synergies.
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