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Spa semble avoir été ensuite l'une des premières stations à s'inspirer du modèle de Bath. Puis dès la fin du XVIII°, Vichy et Aix-les-Bains amorcent leur nouveau développement. En Bohême, Karlsbad et Marienbad connaissent à la même époque un grand succés.

Mais c'est surtout Baden Baden qui au début du XIX° siècle apparaît comme la grande station européenne, et c'est d'ailleurs là, avec le Badischer Hof de 1807-1809 (que nous avons évoqué précédemment), que l'on trouve la trace de ce qui semble bien avoir été le premier grand hôtel de station.
Le prétexte thermal de Bade, écrit R. Burnand, n'a guère plus de poids que celui d'Enghien où il est mince. Bade, c'est la villégiature rituelle pour tous ceux qui prétendent à la noblesse, à la fortune, à l'élégance. C'est le paradis à quoi rêvent ceux que leur état ou leurs faibles moyens retiennent chez eux. Quand vient l'été, l'implacable vie mondaine fait une obligation,

A tout être créé possédant équipage

De se précipiter vers ce petit village

Et de s'y bousculer impitoyablement.
Bade, sa Conversation, son Trente et Quarante, ses Promenades en break dans les bois de sapin, ses concerts, ses bals à la Résidence, dans une Allemenagne paisible et romantique, plus occupée des réceptions de la margrave que de la politique, où l'on parle toujours français, c'est en elle que se résument les joies de la villégiature. Où irait-on pour s'amuser, sinon à Bade ?
Dans les stations françaises, la cure, une cure sérieuse, occupe tous les soins, les plaisirs ne viennent qu'après. A Bagnères de Bigorre, aux Eaux-Bonnes, à Néris, au Mont-Dore, à Plombières, on va soigner son foie, ses poumons, sa gorge, ses nerfs ; on suit le traitement en conscience; mais on n'a guère l'occasion de se divertir. En 1826, l'établissement thermal de Vichy s'achève. La dauphine y traite sa bile, mais n'amène avec elle elle aucune gaieté. Aix, chez le roi de Sardaigne, est déjà plus animé. Bade, vous dis-je, et peut-être Spa, là seulement on peut oublier les ennuis de l'année écoulée, les menaces de l'année qui vient (1) .

Ce type de tourisme se développa beaucoup, s'émancipant en partie du thermalisme pour devenir plus généralement un tourisme de villégiature, à la mer notamment sur les bords de la côte normande ou sur la côte d'azur, à la montagne et aux bord des lacs, en particulier en Suisse. Pourtant, il ne déterminera que tardivement un réel développement de la grande hôtellerie. L'hôtel resta assez longtemps pour ce tourisme de villégiature, seulement un lieu de passage lors de déplacements, ou une résidence temporaire dans l'attente d'un autre type d'hébergement, villa ou chalet.
Parmi les premiers grands hôtels de station, thermale ou balnéaire, on peut citer en Angleterre le Saint-Léonard (devenu plus tard le Victoria), construit en 1819, le Bedford à Brighton (1820), le Sea-Hôtel à Worthing (1827), le Royal-Western à Bristol (1838) et surtout le Queen's à Cheltenham achevé en 1838, longtemps considéré comme le nec plus ultra . Comprenant une centaine de suites et de chambres (pour hommes seuls), le Queen's était un imposant bâtiment, construit par R.W. Jearrad, situé au coeur de la station, à côté des bains, dans une position dominante ouvrant sur un panorama pittoresque vanté par les réclames. Constitué de treize baies sur quatre niveaux et organisé autour d'un immense portique de colonnes corinthiennes, il comprenait un "Coffee-Room" de plus de 16 mètres sur 8 donnant sur le hall, de nombreux salons en enfilade, dont certains transformables en appartements, et une salle à manger pouvant accueillir à la table d'hôte une cinquantaine de convives.

Cette génération de l'hôtellerie de station anglaise atteignit probablement ses sommets avec le véritable monument qu'est le Grand Hôtel de Scarborough, construit entre 1863 et 1867, au sommet d'une petite colline en bord de mer, et comptant treize étages surmontés de dômes.
En Suisse, les premiers hôtels de quelque importance apparaissent dans les années 1830 : l'hôtel de Bergues à Genève en 1834, le Byron à Villeneuve en 1836, le Baur en Ville à Genève en 1836 également, puis l'Hôtel des Trois Couronnes à Vevey en 1842 (constitué seulement de suites), ou le Baur au Lac en 1844, le Schweizer Hof de Lucerne en 1845-1846.

En France, après une première stimulation liée au développement des chemins de fer, c'est avec le Second Empire et la volonté délibérée de Napoléon III de développer et de créer de nouvelles stations, que le tourisme de station connut son véritable essor, et qu'il prit des proportions inégalées en Europe.

Cette politique de création ou/et de développement touristique mise en place dans les années 1850-1860 est particulièrement intéressante à étudier du point de vue de l'urbanisme et des enjeux sociaux et économiques en matière urbaine. Comme le souligne Marie-Hélène Contal, par l'entremise des villes d'eaux, il (l'Empereur) illustre une politique qui réordonne la vieille trame de la cité à partir de ses institutions nouvelles, utilisées comme leviers de la modernisation.

(...) L'aménagement de stations thermales et balnéaires est pour Napoléon III un support de démonstration, une mise à l'essai des projets impériaux sur l'expansion économique et urbaine.

(...) L'organisation de ces villes n'est pas affaire de tracé régulateur, mais mise en place d'une économie urbaine, par l'entremise d'une administration urbaine (...) entreprise centralisée d'aménagement des ressources thermales (et balnéaires), dans le droit fil du projet saint-simonien (1) .

L'Etat encourage de diverses manières l'intervention des financiers privés qui se lancent dans ces nouvelles aventures. L'histoire d'Arcachon et des frères Péreire illustre particulièrement cette démarche. Par de nombreux aspects aussi, la conception et la réalisation des stations nouvelles évoque l'aventure coloniale : c'est un monde nouveau qui prétend s'inventer sur ces différents territoires considérés comme quasiment vierges de toute civilisation, et c'est ce qui leur donne leur dimension de modèle.
A l'origine des stations thermales il y a trois éléments de base : l'établissement thermal, le casino et l'hôtel. Au départ les stations sont petites. La Société des Bains est généralement propriétaire de ces trois principaux établissements. Quelques villas se construisent à leur périphérie. Puis est réalisé à partir de ce trio le parc autour duquel s'implantent de nouveaux hôtels. Un plan strict distribue les villas à proximité du parc. La gare arrive généralement dans cette seconde phase, mais reste un élément périphérique ou un centre de services par rapport au véritable centre de la station constitué autour du dispositif établissement thermal-casino-parc.
De fait on aboutit dans un certain nombre de cas à une ville double: la ville thermale touristique - de loisirs et de bains - et la ville de services, commerçante, où résident aussi les employés puis plus tard les touristes de "bas-de-gamme". Ce dualisme évoque celui des villes coloniales, avec leurs villes européenne et indigène. La reprise de certains thèmes exotiques dans l'architecture de casinos et de villa souligne cette parenté. Il faut noter d'ailleurs, que la clientèle coloniale a été un élément important des stations thermales, en particulier dans l'entre-deux-guerres.
Au début de ce tourisme, pendant la période du Second Empire, on assista peu à la construction de très grands hôtels, d'un luxe particulier. Comme dans bon nombre de villes d'eaux traditionnnelles en Angleterre, en Bohême ou plus tard sur la Riviera, les riches touristes et curistes, qui étaient souvent des habitués de ces stations, préfèraient louer des villas, et souvent ne descendaient à l'hôtel qu'un court moment, en attendant de disposer d'une villa.
Néanmoins un hôtel d'une certaine importance faisait génralement partie du dispositif initial. L'histoire du Grand Hôtel de Vittel (à l'origine "Hôtel de l'Etablissement") est de ce point de vue particulièrement intéressante.

13. Le Grand Hotel, Scarborough

14. Le Grand Hôtel, Vittel

A la saison de 1860, la vieille auberge de Vittel n'a plus suffi pour héberger les 159 curistes venus aux eaux. Louis Bouloumie, avocat de Rodez ayant acheté en 1854 la Fontaine de Gérémoy à Vittel et devenu entrepreneur thermal décide de construire un hôtel dans sa propriété. Il est, écrit-il dans un livre retraçant l'histoire de Vittel, au nombre des sacrifices qu'il faut savoir faire en temps utile: Contréxeville, Martigny même(...) menaçant de faire perdre à Vittel, par des installations nouvelles et luxueuses, dont on parle beaucoup, les avantages qu'il a déjà acquis et de ruiner sa jeune et encore fragile réputation; hésiter, retarder, serait une faute (...) L'hôtel sera donc construit ; les pièces d'eau seront grandes, bien éclairées, bien aérées. Quant à l'extérieur, il sera disposé de manière à recevoir ultérieurement, s'il y a lieu, les décorations et agrandissements utiles, mais pour le moment toute dépense d'ornemenatation extérieire sera évitée. L'emplacement choisi est le point culminant de la colline qui, dominant le jardin de l'etablissement, ménage une vue étendue (...) en même temps qu'il offre à la nouvelle construction des conditions particulièrement hygiéniques ; d'emblée on le fera assez grand pour qu'il puisse contenir 40 chambres, avec salons, salle à manger, salle de billard etc., et on le disposera de telle manière qu'il puisse recevoir les agrandissements et embellissements qui pourront devenir nécessaire. (1) .
Ce "gros chalet", note M.H. Contal, avant d'être un hôtel, est un rouage de l'entreprise thermale, dont il doit améliorer la production. Il n'échappe pas à ses contraintes financières, et quand il ouvre en 1860, il n'a rien d'un palace. Il le deviendra peu à peu, au fil des aménagements, des extensions et des décorations (en particulier par Charles Garnier en 1884), jusqu'à sa reconstruction complète en 1912 par Georges Walwein, au même emplacement, avec une façade pastiche Louis XIII.

La transformation des hôtels des stations thermales et le passage au grand hôtel est significative. Dans un premier temps les hôtels passeront de l'équipement d'accompagnement de l'établissement thermal, à l'hôtel de luxe, avec une décoration plus importante et un premier changement d'échelle.

Dans un second temps, on perçoit l'influence du modèle américain, dans les modes d'arbitrage entre luxe et rationalité moderniste, dans la distribution des chambres, dans le développement des équipements.Halls, salons, restaurants galeries sont "moins appendices fonctionnels" et plus "espaces de représentations autonomes, orientés par leurs rapports au parc ou au casino"(M.H.Contal) : l'hôtel devient un des éléments de la centralité urbaine et n'est plus seulement un équipement résidentiel.
Les hygiénistes marqueront également l'évolution hôtelière, soumettant l'hôtel à leurs préceptes:

L'hôtel et la maison meublée, dans une ville sanitaire, seront largement éclairés et ensoleillés, abondamment pourvus d'eau ...Les vestibules, escaliers, corridors seront pavés avec des matéraix permettant le lavage quotidien... Au devant de chaque chambre, une porte-fenêtre ouvrira sur une véritable galerie où le malade peut installer une chaise longue et une table comme dans une corte de section de sanatorium. Pour que ces balcons n'obscurcissent pas les chambres, leur plancher sera peint en blanc, les chambres un peu plus hautes de plafond, les fenêtres un peu plus larges... On ne tolèrera d'autres rideaux que blancs...couleur claire des meubles...On comprend avec quelle facilité de pareilles chambres peuvent être désinfectées ... En une heure, la chambre peut être prête à recevoir un nouvel occupant (1)
Salubrité, rationalité, lumière, résume M.H. Contal qui ajoute qu'il faudra trente ans pour que le Mouvement Moderne transforme ces préceptes en Vertus architecturales . Hôtels et villes d'eaux, écrit-elle, contribueront à puissamment à renouveler les moeurs urbaines. Erigé en règle de vie dans les stations, le "balnéaire" préfigure le culte solaire des années 1930. Les registres de Vittel et Contrexéville révèlent que Le Corbusier séjourna aux eaux; coïncidence ou inclination fort compréhensible ? (2) .

Mais dans certains cas, et particulièrement dans un pays comme la Suisse, c'est dès le XIX° siècle que l'hôtel semble joue un rôle important du point de vue de la diffusion de nouvelles normes sociales en matière d'hygiène et de confort.
Deux variantes : l'hôtel suisse et l'hôtel de Riviera
L'Hôtel Suisse

Le tourisme connut en Suisse à partir des années 1850 un véritable boom. La clientèle était en grande partie composée de riches anglais, cherchant entre autres repos et soins. (plus d'un millier d'hôtels et prés de 60.000 lits en 1880 (1) .
Les hôteliers suisses, orientèrent ainsi très tôt leurs efforts vers un surcroît d'hygiène et de confort. Certes en 1861, le propriétaire du Beau -Rivage à Ouchy, pourtant hôtel de luxe, faisait supprimer dans les plans les salles de bains attenantes aux chambres par souci d'économie! (2). Mais, dès les années 1870 les grands hôtels s'équipèrent en eau courante, en water-closets, en salles de bains, en chauffage central.

La localisation et l'orientation des hôtels jouèrent également un rôle important : ensoleillement et bonne aération des chambres débouchèrent d'ailleurs sur un modèle de palace peu différent d'un sanatorium.
D'un point de vue d'ensemble sur le rôle de l'hôtellerie suisse, il faut noter que le premier véritable traité d'hôtellerie Les Hôtels modernes, déjà cité, a été l'oeuvre d'un architecte suisse, Edouard Guyer .

L'ouvrage se compose de trois parties principales. Dans la première, intitulée "L'hôtel dans ses rapports avec les voyageurs", Guyer analyse le comportement général des clients ; il explique aux futurs hôteliers "les mobiles du voyage", "les préjugés des étrangers" toujours inquiets d'être plus ou moins escroqués, la manière dont ils choississent un hôtel, les services généraux de base etc. En quelque sorte, il s'agit d'une étude de marché assez générale, qui a pour but de permettre aux hôteliers de mieux satisfaire leur clientèle. De fait, la qualité du service devint avec la propreté l'une des grandes marques de l'hôtellerie suisse.

Dans la seconde partie, intitulée "La création d'un hôtel", après avoir défini les principaux critères de rentabilité d'un hôtel, Guyer analyse "la distribution" et l"ameublement". Cela va de la conception architecturale générale de l'hôtel à un inventaire des petites cuillères et des napperons nécessaires pour "un hôtel d'environ 200 lits de maîtres (300 personnes)". Cette partie est extrêmement intéressante. Outre que l'on y voit déjà très fortement l'influence de l'hôtel américain et les références anglaises, il y apparaît également une analyse relativement fine des goûts différents de la clientèle selon les origines nationales, et des suggestions pour y répondre tant dans la conception des chambres ou des espaces

15. L'Hôtel Beau-Rivage, Ouchy

16. L'Hôtel Beau-Rivage, Ouchy, plans des niveaux

collectifs que dans le type de service à lui apporter.
Taille des chambres, type d'espaces collectifs, nature des équipements, ameublement, sont passés au crible de la fonctionalité et des modes d'habiter de la clientèle .Le caractère national, écrit-il, se manifeste jusqu'à un certain point dans la coupe des meubles, dans la manière de les garnir et de les employer; aussi peut-on constater que, selon les pays, l'inventaire d'un hôtel sera différemment composé, autrement traité, et que la commodité y jouera un rôle plus ou moins important. Les Anglais et les Allemands feront moins de cas d'une riche garniture et d'un grand luxe que d'une forme essentiellement pratique, tandis que les Français et les Américains préfèrent généralement l'apparat et se laissent séduire par les dehors; ce n'est du reste que justice de rendre hommage au goût et à l'entente des formes élégantes dont font preuve sous bien des rapports les fabricants français (1) .

Ces goûts peuvent rejaillir sur la conception architecturale d'ensemble . Ainsi les alcoves, appréciées en Allemagne, en Autriche et dans certaines parties de la France et de la Belgique, le sont moins en Angleterre, en Amérique, en Italie, sur le Rhin et en Suisse . Mais Guyer souligne que si ce système a des avantages, notamment parce qu'il permet d'utiliser des pièces profondes, c'est au détriment de l'aération et de la lumière !
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