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Depuis lors, l'histoire des hôtels de luxe est marquée par l'évolution de ces trois types principaux, les

grands hôtels équipements-urbains(modèle "américain"), les hôtels de station (centrés sur les loisirs, les jeux, les sports, les vacances), les palaces (tradition et service). Les éléments de base de ces trois types sont sans cesse combinés et recombinés, pour s'adapter le plus finement, ou le plus souplement, à la multiplication de ce que les "mercateurs" appellent la segmentation des marchés.

1 . L'invention de l'hôtel.
De l'auberge à l'hôtel
Les grands voyages n'étant pas chose nouvelle, on pourrait être tenté de construire une généalogie des hôtels à partir du xenodochium de l'Antiquité ou du caravansérail. Certains éléments architecturaux, comme les cours et les dessertes des chambres pourraient appuyer ce type de démarche.Pourtant Nikolaus Pevsner, qui est l'un des rares historiens de l'architecture à s'être penché sur l'histoire des hôtels et de leur architecture (1) récuse de fait cette approche ; pour lui l'hôtel procède certes des systèmes d'hébergement temporaires précédents et en particulier de l'auberge, mais s'en distingue par sa taille, par ses espaces publics et par un dispositif spécifique et autonome d'accueil.
Il s'attache alors à identifier les premiers hôtels.

La chose est complexe car le seuil entre auberge et hôtel n'est en aucun domaine évident. Quelques auberges de très grande taille, parfois avec des espaces publics importants, semblent avoir existé dès le Moyen Age, en particulier dans des villes d'eaux, dans le nord de l'Italie, en Allemagne .

Selon Pevsner, l'addition d'espaces collectifs, tels qu'une salle de bal par exemple, constitua souvent le premier élément de la transformation d'une auberge en hôtel. De fait, un certain nombre de grands hôtels ont leur origine dans des auberges. Pevsner cite des exemples britanniques. On peut aussi évoquer aussi le célèbre hôtel de La Cloche à Dijon, initialement auberge de la Cloche (2).
Il est vrai que dans un premier temps, au début du XIX° siècle, on assista en Europe au développement des auberges et à la croissance de leur taille. Ce phénomène est à mettre en rapport avec le développement des déplacements et des échanges, et en particulier avec le développement des transports par diligence. Un peu partout se créèrent en effet des lignes nouvelles et régulières qui générèrent tout un réseau d'auberge-relais, précédant de fait le futur réseau d'hôtels liés aux che-mins de fer (3) .

Ces auberges relais étaient conçues en correspondance avec le module de la diligence, sa capacité, c'est à dire généralement pour accueillir deux fois une quinzaine de passagers (4). On peut considérer qu'un certain nombre de ces auberges en s'agrandissant se sont progressivement modifiées et transformées en hôtels. Elles en ont pris l'appellation, se sont adjointes des chambres supplémentaires, quelques espaces collectifs, mais elles n'ont en fait que rarement changé d'échelle et de nature.
Car le passage de l'auberge à l'hôtel n'est pas caractérisé seulement par un changement de taille et l'adjonction d'espaces collectifs . L'auberge avait surtout une fonction d'étape. L'hôtel à son origine a des fonctions plus permamentes: de villégiature en Europe, puis, nous le verrons, de résidence en Amérique; enfin,l'hôtel fonctionnera aussi comme une sorte d'équipement urbain, comme un centre de services divers, en particulier pour la tenue de réunions de toute nature (pour le travail, pour les fêtes, pour la vie associative (1).
Car ce qui caractérise aussi et peut-être avant tout la différence entre l'auberge et l'hôtel, ce sont les changements de la clientèle et de son mode de traitement, ainsi que de ses pratiques touristiques. l'ensemble de ces changements engendre des modifications et de nouvelles fonctions dans l'accueil.
Le changement de la clientèle et de son mode de traitement.
Tout d'abord, dans les auberges traditionnelles, étapes de voyage, tous les voyageurs étaient "logés à la même enseigne". Certes ils n'étaient pas reçus de la même manière et ne mangeaient pas nécessairement les mêmes choses. La plupart des voyageurs dormaient dans des chambres collectives, et partageaient généralement de grands lits. Les plus modestes dormaient sur la paille. Les plus fortunés pouvaient dans certaines auberges bénéficier de chambres individuelles, voire d'appartements(2) .
L'hôtel de luxe, qui s'invente dès la fin du XVIII° et au début du XIX° siècle introduit une première différenciation. Certes, des hôtels disposant d'une gamme variée de confort et de prix subsisteront assez longtemps, mais la première nouveauté, c'est l'invention d'un habitat adapté aux riches voyageurs.

1. Le Grand Hôtel de l'Aigle d'or, Le Havre

2. La Cour de la pension Périer, Aix-les-Bains


Le changement des pratiques touristiques
A la fin du XVIII°, aristocrates et grands bourgeois voyagent de plus en plus. Mais le voyage change aussi de nature: il n'est plus seulement moment pénible entre deux destinations, il devient un but en lui-même, et tout doit donc être fait pour qu'il soit le plus agréable, voire pour que la qualité de l'étape devienne la justification du voyage (1). A cela, s'ajoute comme le note Louis Leospo des exigences nouvelles en matière de confort, à la différence des " riches de jadis, qui grelottaient dans leurs vastes châteaux, et se contentaient en cours de route d'une bonne auberge, pourvu que la table soit bien servie "(2).

Le tourisme qui se développe dès la fin du XVIII° siècle n'est plus seulement ce fameux "grand tour", véritable voyage initiatique des jeunes aristocrates anglais (qui a d'ailleurs donné son nom au mot tourisme). Des aristocrates de plus en plus nombreux visitent villes et monuments et séjournent dans les grandes villes. Toute une infrastructure résidentielle et de loisirs accompagne ce processus, dont les casinos pour des jeux de et des fêtes de toute sorte constituent un des éléments importants .

De l'hôtel particulier à l'hôtel de voyageurs
Liée aux déplacements des aristocrates, l'hôtel de luxe a certainement aussi pour origine les résidences où ils logeaient autrefois lors de leurs séjours hors de leurs terres ou loin de la cour, ainsi que les hôtels particuliers que l'on avait transformés pour accueillir ces riches voyageurs.

En effet, si à l'hôtel l'auberge apporte la dimension voyage, la résidence aristocratique temporaire apporte la dimension séjour.

Il y avait ainsi dès le XVII° siècle un nombre important de résidents temporaires aristocrates mais aussi marchands, étrangers ou provinciaux, notamment dans les grandes villes et les capitales. A Paris, ceux-ci logeaient selon Pierre Andrieu dans des "'hôtels meublés" , principalement sur le Boulevard Saint-Germain, pouvant accueillir jusqu'à 30.000 résidents temporaires! Plus tard, à la veille de la Révolution en 1788, on comptait "439 hôtels de ce genre, dont 308 sur la rive droite et 131 sur la rive gauche"(1).
Un certain nombre de ces hôtels garnis et, plus tard, d'hôtels de voyageurs furent aménagés dans des hôtels particuliers. Quel meilleur cadre en effet que celui des résidences aristocratiques pour accueillir les riches touristes en voyage ?
Les problèmes d'argent de quelques grandes familles aristocratiques et, en France, la Révolution, furent l'occasion de quelques unes de ces adaptations. Ainsi l'hôtel du comte Crillon, construit en 1765 par Trouard, élève de Gabriel, mis sous séquestre pendant le Révolution, fut transformé une première fois en "hôtel meublé" de 1803 à 1812; connu sous le nom d'hôtel de Courlande il était tenu par l'aubergiste Beauvarlet; il devint plus tard le café Plazza. Les appartements furent divisés en deux étages en hauteur. En 1820, le palais revint à la famille de Crillon à son retour d'Espagne et ne redevint hôtel de voyageurs qu'en 1903 quand il fut acheté et transformé par la Société des Grands Magasins et des Hôtels du Louvre.

De même, l'Hôtel Saint-James et d'Albany fut à l'origine une maison de plaisance construite par l'architecte Jean Marot pour la comtesse Marie-Claire de Foix en 1672. Plus tard hôtel de Noailles, il devint bien national et fut loué en 1802 au restaurateur Vonua qui y installa le Café de Vénus. A nouveau hôtel particulier, il changea plusieurs fois de propriétaires. En 1853, il fut transformé en hôtel à l'enseigne "de Lille et d'Albion" . Il sera le "Saint James" en 1895.
Dans le quartier Saint-Honoré, nombre d'hôtels particuliers se sont faits hôtels garnis, tel l'hôtel de la Vaupalière, ; l'hôtel Beaujon, devenu L'Elysée: un bal public; un tailleur de la reine a installé également un splendide hôtel garni dans le bel hôtel Pinon, rue Grange-Bâtelière; le restaurateur Roze a pris un autre hôtel de la même rue pour y dresser ses tables; rue de Clichy, le jardin Boutin devient Tivoli(1) .

Quelques palais italiens célèbres connurent le même sort, en particulier le Palais Dandolo de Venise, construit à la fin du XIV° siècle, qui fut transformé en hôtel dès 1822, et devint en 1840 avec l'adjonction d'un second palais le fameux Hôtel Danieli.

L' hôtel : une invention du début du XIX° siècle
Paris, quelques autres grandes villes et capitales, ainsi que des villes d'eaux, voient au début du XIX° siècle le tourisme se développer rapidement; en France surtout après la fin des guerres napoléoniennes. Mais les hôtels meublés et les quelques transformations d'hôtels aristocratiques ne sont pas à la mesure du phénomène.Ils ne sont pas non plus adaptés aux exigences de la clientèle anglaise qui en constitue le plus gros contingent.
Changement d'échelle, changement de nature, c'est quelque chose de véritablement nouveau qui s'invente. Le Badischer Hof de Baden-Baden, auquel plusieurs auteurs accordent une grande importance historique, semble en effet bien témoigner d'une véritable invention. A l'origine couvent de Capucins, il fut transformé en 1807-1809 en hôtel par Weinbrenner : hall avec immenses colonnades, grands et petits salons, luxueuse salle de bal avec balcon et scène mobile, salle-à-manger entourées de colonnes de 12 mètres, nombreuses galeries, bibliothèque, salon de lecture, établissement de bains, 48 chambres (dont certaines sont en fait des appartements accueillant de nombreux lits), 11 salles de bains, écuries et garages. Notons que ce premier grand hôtel européen, -par sa taille, par son luxe et par ses équipements- s'est inscrit dans le cadre d'un ancien couvent.

Cela n'est pas vraiment étonnant: d'une part les couvents constituaient de fait un modèle de grande habitation collective (avec les prisons, les hôpitaux et les casernes), d'autre part ils avaient été traditionnellement dès le Moyen-Age un lieu d'accueil pour les voyageurs. Certains couvents sur les chemins de grands pélerinage avaient parfoisfait de cet accueil une de leurs activités économiques.

3. Le Badischer Hof, Baden-Baden

4. La Maison de Gœthe, Marienbad
Le développement des hôtels s'accélère dès les premières décennies du XIX° siècle, en Europe comme en Amérique. A Paris, le retour des Anglais est à l'origine des premiers véritables grands hôtels. Les Anglais souhaitent trouver le "comfort" que la location d'hôtels meublés ou d'appartements non meublés ne peut leur apporter.

En 1815 ouvre ainsi place Vendôme un hôtel auquel le marquis de Bristol donne son nom et qui accueille l'aristocratie britannique. C'est un endroit luxueux où descendra plus tard régulièrement le roi Edouard VII.

Mais l'on considère souvent que c'est l'Hôtel Meurice qui constitue le premier véritable hôtel parisien de luxe . Il fut construit en 1817, rue de Rivoli, par le maître de postes Monsieur Meurice, à l'endroit où s'arrêtait la diligence de Calais.
L'"annonce" de l'hôtel de 1819 indique clairement le public visé : Meurice se flatte qu'aucun hôtel en Europe n'est mieux réglé ni mieux organisé pour donner le plus grand confort aux Anglais, dont il a le souci constant de respecter les habitudes et les traditions... L'annonce de 1827 détaille ce confort : l'Hôtel est situé dans un endroit joli et agréable, près du palais et du jardin des Tuileries. On peut y avoir un appartement à la journée. Les petits déjeuners sont servis dans le café ou dans les chambres, et les voyageurs peuvent prendre leur repas à table d'hôte ou dans leurs appartements. Un tarif est présenté à chaque étranger, sur lequel sont inscrits tous les frais du service....Le linge est blanchi à trois milles de Paris, au savon, et ni battu ni brossé comme c'est l'habitude généralement en France. La plus grande régularité est observée pour la distribution des lettres, et les renseignements de toute nature sont fournis au bureau... Dans cet hôtel il y a aussi un bureau pour les changes, des courriers privés, des interprètes. On peut y retenir des voitures pour Calais, Boulogne et n'importe quel endroit du Continent. (1).

A peu prés à la même époque (1811) fut conçu à Plymouth dans le Devon, par l'architecte Foulston, le "Royal Hotel, Assembly Rooms and Theatre". Construit autour d'une cour avec une entrée

5. Une chambre de l'Hôtel Meurice, Paris

spectaculaire et un portique de huit colonnes, cet hôtel comprenait une cinquantaine de chambres, un théatre, une salle de bal de 25 mètres de long, des salles à manger (dont une de 20 mètres), des cafés, une salle de billard, une salle réservée aux voyageurs de commerce.
Un peu partout en Europe, dans les capitales et les villes "touristiques", on vit apparaître au début du XIX°, ce nouveau type d'accueil de luxe pour riches voyageurs .
Aux Etats Unis, les premiers hôtels datent à peu prés de la même époque. Mais dès l'origine, ils se sont caractérisés par leur taille et par des fonctions urbaines particulières ; en cela, ils constituent une innovation plus radicale et plus déterminante que les premiers grands hôtels européens. S'implantant dans des villes quasiment en cours de création, les grands hôtels américains intègrent dans une certaine mesure fonctions et équipements urbains, qui existaient déjà de façon autonome dans les villes européennes . Ils accueillent aussi une clientèle différente, composée notamment de voyageurs de commerces, et non d'aristocrates.
Parmi les précurseurs classiques, on cite généralement aussi le "City Hotel" à New-York, construit entre 1794 et 1796 qui offrait déjà soixante-treize chambres sur 5 étages. Pour David Watkin et Vincent Bouvet, ce premier hôtel "gigantesque", signé par Benjamin Henry Latrobe (l'un des pères de l'architecture classique au XIX° en Amérique), "est encore conçu sur le modèle de l'auberge européenne"(1) .

Avec l'"Exchange Coffee House" construit en 1806-1807 par Asher Benjamin, il semble que l'on passe véritablement à un type nouveau : sept étages, une pièce centrale de 30 mètres de diamètre recouverte d'un dôme, des galeries sur cinq niveaux portées par des colonnes doriques autour d'une salle des échanges de 18 mètres de côté, 200 appartements et chambres, une salle à manger de plus de 20 mètres de long, une salle de bal avec 12 piliers corinthiens et trois dômes. Le bâtiment a brûlé en 1818. D'autres hôtels de ce type furent construits les années suivantes à New-York, Philadelphie et Washington .
L'hôtel, sous la forme du grand hôtel, apparaît bien au tout début du XIX° siècle, avant même le

développement du chemin de fer (dont la première "ligne" date de 1825 en Angleterre). Il naît de plusieurs exigences : accueillir un flux croissant de voyageurs fortunés, les héberger pour des durées relativement longues et dans des conditions qui soient les moins éloignées possible de leur conditions normales de vie. Aux Etats-Unis, il est aussi une résidence urbaine, alors qu'en Europe il s'"appuie" plus sur les villes et n'est, en cas de longs séjours, qu'une étape avant la location d'un hôtel particulier, ou dans les villes d'eau, d'une villa.

Notons enfin, en marge de l'hôtellerie, l'apparition à la même époque du "restaurant" moderne. Comme Jean-Paul Aron l'a montré (1), c'est au moment de la Révolution Française qu'il a été "inventé". Avec l'émigration d'une grande partie de l'aristocratie, de nombreux grands cuisiniers se sont trouvés sans emploi. Ils se sont alors installés à leur compte, ouvrant la grande cuisine à de nouveaux groupes sociaux, mais également innovant sur la conception des repas : de la table d'hôte on est passé par la suite progressivement aux menus et aux repas à la carte.
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