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L'argument de la localisation apparait clairement dans les nombreuses publicités des grands hôtels parisiens rédigées pour les lecteurs de L'Illustration avant la Première Guerre mondiale, révélant la différenciation des clientèles. L'Hôtel Continental, ostensiblement orienté vers le luxe et le plaisir se vante d'être "à proximité de la rue de la Paix, des boulevards et des théâtres", tandis que l'Hôtel Lutetia , en se déclarant "à proximité du Sénat, de la Chambre des Députés, des Grandes Facultés et du Palais de Justice", indique son orientation vers une clientèle provinciale centrée sur la vie politique et juridique parisienne.
De manière générale, lorsqu'on les saisit dans les années qui précèdent la Première Guerre mondiale, les hôtels de luxe ne seront pas situés en relation étroite avec les infrastructures de confort, que l'on analyse les réseaux hôteliers de Paris, de Londres, de Berlin ou de Vienne, ce dernier cas étant particulier, puisque les gares viennoises sont extrêmement éloignées du centre et de la Ringstrasse.
L'implantation des hôtels de luxe dans les grandes métropoles est loin de contribuer uniquement à l'usage et à la prospérité de ces établissements. Leur présence en bordure des voies principales des centres contribue à focaliser un ensemble d'activités commerciales et ils tendent à devenir eux-mêmes des facteurs décisifs dans la constitution et l'accentuation de la centralité. Marquant l'espace public de façon monumentale et le prolongeant dans leurs halls et leurs salons à la manière des galeries couvertes du début du XIXe siècle, ils deviennent par leurs périphéries -restaurants ou boutiques- des éléments essentiels de l'animation et de l'image des centres.
A certains stades du développement des villes, lorsque le réseau des bâtiments publics est faible ou inexistant, c'est l'hôtel lui-même qui devient le premier lieu public de la cité. Les villes américaines en voie de formation se consolident autour de grands hôtels qui restent longtemps leur bâtiment dominant et qui jouent un rôle fondamental dans leur vie civique.
La conjonction du terme d'hôtel et de celui d'exchange dans la la dénomination de plusieurs des premiers hôtels américains indique bien leur importance sur la scène économique d'un pays qui édifie ses premières infrastructure et leur rôle dans la vie politique n'est pas moins grand, puisqu'ils servent longtemps de résidence aux dirigeant fédéraux. (1)
2.2. L'hôtel, germe de ville
Dans la nouvelle capitale la construction de l'Union Public Hotel est engagée dès 1793 entre la maison du Président et le Capitole par Samuel Blodget, principal spéculateur actif dans l'aménagement de Washington, financé par le moyen d'une loterie...(2)
Les voyageurs décrivent dès le début du XIXe siècle les prodiges de la vie hôtelière, "caractéristiques sociale majeure" des Etats-Unis. Dans le récit de son voyage effectué en 1846-1847 dans le "Monde occidental", l'observateur britannique Alexander Mackay constate que "nulle part dans le monde le système des hôtels est aussi poussé qu'il l'est en Amérique".(3)

En fait, la vie dans les grands hôtels deviendra vite, comme l'affirme Daniel Boorstin, "le symbole de la fluidité de la vie américaine".(4)
Si les hôtels américains anticipent sur la constitutions des grandes villes, dans lesquelles ils conservent d'ailleurs une place privilégiée, les hôtels du monde colonial sont quant à eux les germes des villes autarciques implantées à l'intérieur des agglomérations indigènes.
Dans les métropoles partiellement occidentalisées d'Asie ou d'Afrique, le grand hôtel joue un rôle multiple. Il devient un instrument d'acclimatation, un filtre à l'abri duquel les nouveaux arrivants s'adaptent à l'espace et au mœurs de la colonie, dont il donne une image aseptisée et folklorisée. Mais cette vitrine est aussi une forteresse dans laquelle la "colonie" européenne peut avoir à se réfugier sous la pression des épidémies, des cataclysmes naturels ou, surtout, des émeutes.
Instrument de territorialisation pour ses occupants par la place calculée qu'il fait à la culture locale il peut être aussi un instrument d'extra-territorialité dès lors qu'il perpétue les pratiques et les habitudes de la vie de métropole et constitue une scène mondaine étanche aux sollicitations extérieures.
En définitive, le grand hôtel est donc un constituant original du paysage tourisitique et de l'espace urbain. Mais, si son architecture peut être pensée à partir de ses modes d'insertion dans son environnement, elle possède aussi ses régularités typologiques, et connnaît des variations et des ruptures importantes dans le cours de l'histoire des principaux mouvements depuis le milieu du XIXe siècle.

3. L'hôtel : un parti de coupe
Programme nouveau lié à une commande sociale sans précédent, le grand hôtel ne se constitue pas pour autant d'emblée en type autonome. Il reste conditionné autant par les références à des types antérieurs que par les nouvelles exigences spatiales. Le grand hôtel demeure en fait pendant longtemps un carrefour typologique, un assemblage souvent surprenant de modes de distribution antérieurs, qui en fait un banc d'essai unique, un "modèle architectural étrange", ainsi que le définit François Loyer :
A l'alignement infini des chambres individuelles (imposant des couloirs démesurés et des façades répétitives, c'est-à-dire une architectire de caserne, plus ou moins enrichie, répond une hypertrophie monumentale des halls et des salons -donnant à cette collectivité de hasard le cadre de ses fêtes. (1)
Dans un premier temps et jusqu'à l'irruption des thèmes issus du "Mouvement moderne", l'hôtel utilise directement la référence aux bâtiments aristocratiques ou bourgeois auquels ses promoteurs tentent de l'identifier. Le Palace n'échappe pas à un ordre architectural dans lequel les références à la Renaissance sont explicitement revendiquées, comme on l'a vu plus haut avec la villa. Les Palazzi dont le découpage extérieur est utilisé sont à l'origine des bâtiments urbains mais peuvent être, à l'occasion transposés dans des environnements marins ou alpins. A côté des palais urbains, les résidences royales fournissent un autre registre de connotations, évoquant à la fois les cours suburbaines et les hôtels de séjour, par opposition aux programmes réservés aux voyageurs.
Mais, sauf dans le cas où l'hôtel s'installe dans un bâtiment existant, la référence à l'architecture palatiale n'est que pelliculaire. Elle ne dépasse guère la surface extérieure des bâtiments et encore celle-ci est-elle percée de façon tout à fait différente des constructions florentines pour accommoder les chambres. Guyer note en 1874 qu'en Italie "l'abondance des édifices somptueux et des palais a été mise à profit par les hôtels, non toutefois sans entraîner divers inconvénients", et donne comme exemple des difficultés rencontrées à l'intérieur l'hôtel Danieli à Venise :
L'installation des hôtels dans des palais à grande hauteur d'étage (souvent jusqu'à 30 pieds) rend fréquent l'usage des entre-sols ou mezzanins (sic). On subdivise non seulement le rez-de-chaussée, mais aussi les étages supérieurs, à la seule exception peut-être de la partie qui renferme les salles à manger et cette subdivision, loin d'être toujours de fraîche date, remonte souvent au plan primitif ; seulement on ne l'avait pas tout d'abord exécutée en entier, afin de ménager la magnifique façade. La fidélité de l'expression a ainsi été sacrifiée au grand effet de l'extérieur. C'est parmi les hôtels de Venise qu'on en rencontre les exemples les plus frappants, ainsi par exemple à l'hôtel Danieli. (1)
Les nouvelles exigences d'orientation vers la vue et vers le sud, conjugués avec des critères commerciaux de visibilité et la prise en compte de terrains parfois escarpés, vont transformer le cahier des charges en matière d'implantation et vont conduire à une différenciation des façades.
Les découpages internes des hôtels tiendront compte, bien évidemment, des problèmes d'implantation et d'orientation, mais ils vont être essentiellement conditionnés dans leurs niveaux inférieurs d'un côté par l'apparition d'espaces publics nouveaux et par la création de rapports assez complexes avec l'extérieur et, d'un autre, par le développement rapide des espaces de service.
La maîtrise des dispositifs d'ouverture vers l'extérieur, qui constituent une sorte de filtre entre la vie de la rue et la société de l'hôtel ouvre un premier registre . Les galeries, les portiques, les colonnades, les vestibules constituent ainsi un vocabulaire particulièrement riche.
3.1. La question de l'espace public
Un second registre découle de l'extension considérable des espaces publics ou collectifs majeurs et des distributions.
A l'origine, les espaces d'entrée des grands hôtels reprennent les solutions utilisées, en écho aux solutions antiques, dans les atriums couverts des palais baroques de volume et de complexité sem

46. L'Hotel Danieli, Venise

47. L'Hotel Danieli, Venise, le hall

blables à ceux des palaces, et qui sont édifiés au XVIIIe siècle à Naples ou à Turin.(1)
En prolongement des vestibules, des cours de plus en plus vastes s'ouvriront et, à l'occasion de l'apparition de structures métalliques de plus en plus légères, se couvriront d'un voile de verre.
Une des opérations les plus remarquable à ce propos est la construction à Paris entre 1854 et 1856 du Grand Hôtel du Louvre, rue de Rivoli, à l'occasion des expropriations découlant du raccordement du Louvre et des Tuileries. La Compagnie Immobilière des Frères Péreire confie à Alfred Armand, Auguste Pellechet, Charles Rohault de Fleury et Jacques-Ignace Hittorf la conduite de ce vaste chantier impliquant l'utilisation de planchers et de comble en métal, mais surtout la construction d'une grande verrière au dessus de la cour principale dans laquelle l'escalier d'honneur permet l'accès des hôtes.(2)
Ce thème du grand escalier sous la verrière est repris dans certains des projets visionnaires d'Hector Horeau. Si l'"Hôtel américain" dont il publie une perspective dans L'Illustration en 1853 et qu'il situe à l'angle du Faubourg Saint-Honoré et de l'actuel boulevard Haussmann reste surtout une esquisse, remarquable au demeurant par la dimension de la verrière sous laquelle un omnibus à chevaux semble minuscule, les distributions ultérieures sont plus complexes. Dans l'"Hôtel des fleurs" qu'il dessine pour Dresde en 1860, la fragilité de la structure métallique couvrant la cour s'oppose à la massivité des murs extérieurs. Mais dans l'"Hôtel des quatre refuges" pour les Champs-Elysées, Horeau utilise complètement les ressources du fer et du verre, puisque la structure du bâtiment est totalement métallique, de la cour aux ailes abritant les chambres et dans lesquelles une trame plus serrée est utilisée. Comme le font remarquer Françoise Boudon et François Loyer, ce projet original ne peut être assimilé qu'aux seuls grands magasins métalliques de Boileau ou Frantz Jourdain.(3)
La cour vitrée, distributeur interne fondamental dans les projets d'Horeau mais aussi dans des réalisations telles que le Grand Hôtel, édifié par Alfred Armand pour les frères Péreire en 1862-1863 devient lorsqu'elle est aménagée en salon, un filtre complexe entre l'hôtel et l'espace urbain, une étape dans l'acculturation des nouveaux arrivants à la vie urbaine , ainsi que Henry James l'indique dans La Coupe d'or.

48. Hector Horeau, projet d'"Hôtel américain", Paris
Il traversa la cour de l'hôtel, cette cour abritée par une marquise vitrée, préservée des bruits du dehors et des spectacles déplaisants, chauffée, dorée, garnie de tentures et presque de tapis, avec ses arbres exotiques en caisses, ses dames exotiques sur les sièges, l'accent et l'atmosphère exotiques qui y planaient comme des ailes ployées ou faiblement agitées; au centre de ce Paris qui l'enveloppait de sa supériorité, de son autorité, de son inexorabilité, la cour ressemblait à une pièce de vastes dimensions et un peu inquiétante, une salle d'attente par exemple chez un dentiste, un médecin, un chirurgien, une scène faite pour un mélange d'anxiété et de désir, destinée à enfermer des barbares en vue de la nécessaire amputation ou extraction des excroissances ou des surabondances de leur barbarité.(1)

3.2. La composition et les règles de distribution
Mais, à côté des efflorescences littéraires des dispositifs spatiaux des grands hôtels, leur distribution émerge comme thème à part entière dans les traités et les manuels proposant des exemples et des modèles aux divers publics intéressés à leur construction et à leur aménagement. Un bilan de cette littérature plus technique n'est pas inutile, que ces ouvrages s'adressent à un public d'entrepreneurs hôteliers comme Les hôtels modernes de Guyer, à un public de professionnels, comme le volume spécialisé du Handbuch der Architektur rédigé par von der Hude) où à des amphithéâtres d'étudiants comme les Eléments et théorie de l'architecture de Guadet.
Les réflexions de Guyer
Les recommandations de Guyer sur la "distribution d'un hôtel" demandent une certaine attention, dans la mesure où elles représentent la première codification de l'expérience des entreprises du XIXe siècle à l'usage des responsables de la nouvelle industrie hôtelière suisse, puis française. Elles portent tout d'abord sur des questions d'ordre général mais au travers desquelles transparaissent le souci de la lumière et de la rationalité dans la disposition des services. Les "exigences fondamentales d'une bonne distribution" sont donc :
1. L'air et la lumière, sans lesquels il ne saurait y avoir ni propreté ni confort.

2. Une disposition très claire des vestibules, des escaliers, des corridors et en général de tous les locaux servant au public.

3. Des dispositions satisfaisantes de surface et de hauteur pour les salles et les chambres, soit prises individuellement, soit les unes par rapport aux autres.

4. Une ordonnance judicieuse des locaux de service tels que cuisines, offices, chambres de bain et chambre à lessive, caves, etc., tant au point de vue de la place qui leur est assignée qu'à celu des convenances de communication ou d'isolement.

5. Une hauteur modérée de bâtiment, c'est à dire un nombre raisonnable d'étages ou, à défaut, une disposition qui permette d'atteindre les étages supérieurs avec facilité, en même temps qu'avec sécurité.(1)
Les préoccupations de gestion, centrales dans la démarche de Guyer, émergent lorsqu'il distingue dans la disposition des locaux publics le cas des hôtels des grandes villes, où le périmètre du bâtiment au rez-de-chaussée peut être avantageusement occupé par des commerces, de celui des hôtels des stations touristiques où le rapport au paysage est primordial :
Si l'emplacement se trouve au centre des affaires, bien situé, dégagé de toutes part et en même temps suffisamment vaste, on pourra reléguer sur une cour ou sur la face la moins précieuse les grandes salles, ainsi que les cuisines et leurs accessoires, et consacrer à des magasins, des bureaux, etc., tout le rez-de-chaussée, à la seule exception d'un petit nombre de locaux qui y sont indispensables et d'un vestibule d'entrée en rapport avec l'importance de la façade.

Ainsi au Grand Hôtel et à l'Hôtel du Louvre à Paris, on ne trouve d'appartements qu'à partir du premier étage, tout l'étage au dessous servant de magasins et de restaurants. Seuls le passage à voitures et le pourtour des grandes cours intérieures sont affectés au service de l'hôtel, en sorte que celui-ci ne commence à proprement parler qu'au premier étage, si l'on excepte ses bureaux, la cour centrale admirablement arrangée comme vestibule, enfin les départements des cuisines et des caves situés sous le corps de bâtiment central et sous la partie affectée aux salles.

(...) Ces arrangements dans des cours intérieures permettent de faire abstraction des grandes salles dans la construction du bâtiment principal ; en revanche, elles privent les salles de la vue et du paysage, en outre elles supposent des entreprises extrêmement considérables et ne sont par conséquent justifiées que dans les grandes villes.(2)
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