Une étude de cas emblématique


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Saint-Domingue/Haïti de 1492 à nos jours : mise au point scientifique



Ayiti sé manman libèté. Si l tombé la lévé1
Ce proverbe optimiste pourrait résumer l’histoire d’Haïti. Première république noire, premier pays à avoir aboli l’esclavage, seule révolte servile de l’Histoire à réussir, Haïti est bien la maman de la liberté. Affirmer qu’Haïti se relèverait lorsqu’il tomberait relève plus de l’incantation que du réalisme au vu de son histoire en deux siècles d’indépendance. C’est ce que nous allons tenter de décrire à travers ce mémoire.

Avant de s’appeler Haïti, ce pays s’appelait Saint-Domingue. C’est le tiers occidental de l’île d’Hispaniola qui est la deuxième île des Grandes Antilles par sa superficie2. Comme les autres îles des Caraïbes elle connaît les cycles de la colonisation entre le XVème et le XVIIIème siècle : à Saint-Domingue, cette première colonisation connaît sa forme la plus aboutie et la plus oppressive. Appartenant à l’espace français, l’histoire de Saint-Domingue suit celle de sa métropole : la Révolution française impulse des changements dans les colonies et joue le rôle de révélateur des contradictions de la société et de l’économie coloniales. Dès 1492 avec Christophe Colomb, Saint-Domingue n’a pas d’histoire autonome : c’est un espace dominé, soumis.

La période des révolutions à Saint-Domingue se marque par des tentatives pour s’extraire de cette situation de soumission : les Blancs contre l’exclusif, les Noirs contre l’oppression, les esclaves contre leur condition atroce. C’est finalement le pays entier qui se libère précocement du joug colonial. La majeure partie de ses habitants rêve alors d’une vie autarcique, hors des systèmes de domination à toutes les échelles. C’est un rêve vain. Haïti poursuit certes un destin original parmi les pays de la Caraïbe, mais c’est un destin qui mène au néocolonialisme et au sous-développement dans leurs formes les plus abouties et de manière précoce. A cet égard Haïti a été un pays pionnier. Son insertion dans la mondialisation de 1492 à nos jours a été sous le signe de la domination comme périphérie exploitée. Le sous-développement, en Haïti comme ailleurs, n’est pas une fatalité, c’est une construction historique.

I Saint-Domingue espagnole puis française : la période coloniale (1492-1789)



L’île d’Hispaniola où se trouve Haïti, entre brusquement dans l’histoire européenne le 6 décembre 1492 lorsque Christophe Colomb débarque sur la côte nord-ouest : « Es une maravilla », note-t-il dans son journal. C’est là qu’il installe le premier établissement d’Européens au Nouveau Monde.

Hispaniola/Saint-Domingue devient rapidement une création de l’expansionnisme européen. Les rivalités entre les puissances occidentales dans la course à la conquête et au partage du monde se jouent dans les Caraïbes. C’est la France qui au XVIIème siècle obtient la souveraineté sur la partie occidentale de l’île et la transforme en colonie la plus prospère d’Amérique à la veille de Révolution. Nous nous arrêterons plus longuement sur ce XVIIIème siècle, le grand siècle de Saint-Domingue, modèle de la première colonisation française : nous tenterons d’analyser la prospérité de cette colonie, mais aussi ses contradictions internes et externes, qu’elles soient économiques, sociales ou idéologiques.

A De la conquête d’Hispaniola à la domination française (1492-1664)

1 La conquête espagnole



Les pays de la péninsule ibérique, continuant leur Reconquista, ont ouvert la voie au mouvement d’expansion de l’Europe de la fin du Moyen-Age. Les Portugais se sont dirigés vers l’est au XVe siècle et trouveront la route de l’Amérique seulement huit ans après Christophe Colomb, avec la découverte du Brésil en 1500. Les progrès techniques qui s’accélèrent à la fin du Moyen-Age — imprimerie, métallurgie, artillerie et surtout progrès dans la navigation —ont rendu possibles ces découvertes. Elles sont motivées par la curiosité des humanistes de la Renaissance, mais aussi par la soif de l’or et des épices des commerçants, des banquiers et des souverains européens qui bâtissent des Etats-nations sur les cendres de l’ordre féodal. L’expansion du christianisme est enfin la couverture idéologique qui permet de justifier l’ensemble.

Les conquérants des voyages de 1492 découvrent les Indiens Taïnos, qui vivent au néolithique. Ils ne connaissent pas les métaux. Le choc technologique est tout de suite en faveur des Européens qui les asservissent : en dix ans, la conquête de l’île est achevée alors que la population autochtone a dramatiquement diminué à cause des massacres, de la mise en esclavage sous le système de l’encomienda, et surtout à cause du choc microbien fatal à une bonne part des populations autochtones.

L'encomienda se présente comme un moyen d’évangéliser les Indiens, mais c’est surtout un système d’exploitation de la terre et de ceux qui la travaillent. Il s’agit de regrouper des centaines d’Indiens que l'on oblige à travailler sans rétribution dans des mines et des champs  sous les ordres de l’Encomendero, un Espagnol à qui la Couronne a confié une terre dont il peut jouir, mais qui ne lui appartient pas, en échange de la conversion des Indiens. Les conditions de travail y sont très difficiles, les mauvais traitements courants. Beaucoup d’Indiens cherchent à fuir cet asservissement. La brutalité des colons, le système lui-même font l'objet de critiques chez les Espagnols eux-mêmes : la Controverse de Valladolid engagée par le dominicain Bartholomé de Las Casas en fournit l'illustration en 1550. Elle aboutit à l’interdiction de la mise en esclavage des Indiens, mais pas du système de l’Encomienda qui se généralise au XVIIème siècle et détourne à son profit une bonne partie de la population qui se consacrait jusqu’alors à la polyculture, essentiellement du manioc sur de petits champs autour des villages. Les Espagnols importent d'Europe des produits alimentaires (vin, blé, animaux) et acclimatent sur le sol d’Hispaniola du bétail, notamment des ovins, qui, en proliférant, dévastent la polyculture locale. On assiste donc à un déclin des cultures vivrières qui aggrave encore la chute brutale de la population des Taïnos.

Durant les XVIème et XVIIème siècles, les Espagnols s’appliquent aussi à conquérir la terre ferme, le vaste continent américain. Or ils n’ont ni les moyens humains, ni les moyens logistiques de conquérir, de défendre et d’exploiter un aussi vaste empire. D’autant plus que les mines d’or et d’argent du continent rapportent beaucoup plus et plus rapidement que les îles des Caraïbes. Même si dès 1517, l’on voit à Hispaniola la première implantation de la canne à sucre, exploitée par les esclaves noirs, l’île devient vite un enjeu secondaire pour les Espagnols. Elle est surtout une étape sur la route des Indes, là où les galions chargés de l’or du Pérou, font escale et se ravitaillent en eau et en viande séchée.

Conquête, pillage, extermination, telle est la réalité d’où sort le premier afflux de métaux précieux des Temps Modernes en Europe. L’île d’Hispaniola en a fait la première l’expérimentation ; elle en ressort vidée d’une bonne part de son potentiel originel (humain, agricole, minier). Mais de l’autre côté de l’Atlantique, ce drainage des richesses du Nouveau Monde a constitué pour l’Europe une accumulation primitive de capital générateur de développement. Ce processus se perpétue tout au long de la période coloniale à Saint-Domingue : dès son départ, la captation de l’Amérique alimente le capitalisme européen et ordonne un monde disposé entre centre, l’Europe, et périphérie dominée, l’Amérique coloniale.

2 De l’île des boucaniers et des flibustiers à la domination française



Pendant que l’Espagne peine à défendre des terres qu’elle ne met plus vraiment en valeur, la concurrence s’immisce dans les interstices qu’elle a laissés. Le commerce interlope taille des brèches dans le système de l’exclusif3 et la piraterie profite du manque de surveillance de la mer des Caraïbes en dehors des grands convois réguliers vers l’Espagne. L’un comme l’autre sont encouragés par les puissances concurrentes de l’Espagne. Pirates et contrebandiers sont d’ailleurs souvent des marins ayant changé d’activité. Pour réagir contre la contrebande surtout hollandaise et mieux surveiller les populations d’Hispaniola, les autorités espagnoles ordonnent en 1603-1604 la destruction des agglomérations des côtes nord et ouest de l’île, pour opérer un regroupement à l’est. Sur la côte occidentale abandonnée, vaquent alors des milliers de bêtes redevenues sauvages qui deviennent le gibier des boucaniers, par ailleurs pirates ou flibustiers. Ils recherchent ces animaux pour leur cuir et faire boucaner et sécher leur viande vendue aux équipages des bateaux. Ils sont souvent organisés en amatelotage, association par deux, mais aussi en de plus grandes bandes. En 1630, des aventuriers de toutes les nations, parmi lesquels dominent quatre-vingts Français, sont expulsés de Saint-Christophe par les Espagnols. Ils s’installent alors sur l’île de la Tortue, au nord-ouest d’Hispaniola : le refuge est idéal, avec une côte inaccessible à l’est, et d’excellents mouillages à l’ouest. Rapidement l’île devient la capitale de la flibuste avec même une sorte de république, les Frères de la Côte, assez proche cependant de l’anarchie.

Dans le même temps, les puissances européennes qui ne veulent pas laisser aux seuls Ibériques les bénéfices fabuleux de l’exploitation des terres nouvelles se lancent à la conquête du Nouveau Monde. Les Hollandais, les Anglais et les Français sont les mieux placés. En fait il s’agit surtout d’une convergence d’intérêts entre la volonté de puissance des souverains et l’appétit des négociants voulant avoir leur part dans le fructueux commerce colonial. L’on assiste dès lors à une ruée sur les espaces vides de la colonisation ibérique : la prise du Brésil par les Hollandais échoue en 1640, mais les Caraïbes deviennent l’objet de l’appétit des puissances européennes qui se les partagent4 : les petites Antilles, puis la Jamaïque entrent dans l’escarcelle anglaise en 1655 et enfin la partie occidentale d’Hispaniola, Saint-Domingue, passe sous domination française à partir de 1640.

Les Frères de la Côte ont fait appel à de puissantes protections contre les représailles espagnoles. Le gouverneur français de Saint-Christophe envoie pour la Tortue en 1640, le gouverneur Le Vasseur, avec une délégation huguenote, population turbulente dont il cherche par ailleurs à se débarrasser. L’anarchie continue cependant pendant plus de vingt ans, entre habitudes acquises et esprit de liberté d’une population indocile de flibustiers, appétits de l’Angleterre et esprit de revanche des Espagnols. Ce n’est qu’en 1664, avec le gouverneur Bertrand d’Ogeron, que la France assoit définitivement sa domination sur la partie ouest de l’île.

B La colonisation française : la Perle des Antilles (1664-1789)




1 De l’île des boucaniers au triomphe du sucre



La situation se fixe à la fin du XVIIème siècle. Les Etats cherchent à mettre en valeur leurs colonies, pour leur profit, mais aussi pour marquer leur possession de ces territoires. Cette attitude est renforcée par la doctrine mercantiliste qui domine alors la pensée économique de l’époque. Il faut pour cela passer de l’anarchie à l’ordre royal, d’une économie fruste, celle des boucaniers, à une économie intégrée au capitalisme français, et mettre en œuvre un système de production adapté qui sera l’ordre colonial esclavagiste. Ce passage entre île sauvage ou des sauvages à plus riche colonie française prend près de trente ans. Les étapes essentielles sont l’instauration du code noir en 1685, et la signature du traité de Ryswick en 1697 avec l’Espagne, qui donne définitivement Saint-Domingue à la France. Dernière née des colonies européennes, elle devient à partir de 1730 la plus riche d’entre elles.

Le premier cycle de culture est celui du tabac qui permet de sédentariser les populations de boucaniers. Culture de faible investissement capitalistique, sur de petites parcelles, elle périclite après les années 1680 face à la concurrence des tabacs virginiens de meilleure qualité. Elle est remplacée par l’indigo et le sucre à la fin du XVIIème siècle. Or ces deux cultures demandent de gros investissements sur de grandes exploitations. Les anciens planteurs blancs de tabac, souvent étranglés financièrement et expropriés, se voient relégués aux activités secondaires ou aux tâches d’encadrement dans les grandes plantations. Ce sont eux qui, par concubinage avec des négresses, car la population compte trois hommes pour une femme, sont à l’origine de la population mulâtre de la colonie. La culture du sucre triomphe dans la première moitié du XVIIIème siècle, d’abord dans la plaine du Nord autour de la ville de Cap Français, puis dans la partie ouest autour de Port-au-Prince. Les concessions royales ont introduit parmi les propriétaires de l’île les plus illustres familles de la noblesse française. Beaucoup sont absentéistes. En plus des planteurs de tabac déclassés, il y a les cohortes d’aventuriers, de négociants et d’artisans attirés par l’Eldorado américain. Cette masse des petits Blancs se raccroche tout au long de la période au préjugé de couleur qui fonde leur domination.

L’expansion sucrière à Saint-Domingue se produit assez tard par rapport à celle de ses concurrents, mais elle bénéficie d’une conjoncture internationale favorable. Les Hollandais chassés du Brésil ont perdu la domination des mers et du commerce maritime, laissant la place à la concurrence anglaise et française. Avec eux, des juifs marranes, raffineurs expérimentés, trouvent refuge aux Antilles françaises et c’est sur les conseils de Hollandais du Brésil et avec des machines venues d’Amsterdam que se montent les premières sucreries. Dans les années 1670, les incitations mercantilistes de Colbert permettent d’ouvrir plus largement le commerce au négoce libre en réduisant le monopole des compagnies : facilités fiscales, exemption de taxes sur les marchandises exportées aux îles, primes à la construction navale, subventions pour l’achat de navires à l’étranger et le trafic négrier. Bref, tout est en place à partir des années 1680 pour le succès de l’économie sucrière dans les Antilles françaises. A partir de 1735, deux autres productions tropicales, le café et le coton viennent accroître l’expansion économique de la colonie. Ce sont des productions complémentaires du sucre puisqu’elles peuvent être cultivées sur les hauteurs, dans des zones plus sèches. Par rapport au sucre, le café demande beaucoup moins d’investissement en capital et en travailleurs (20 à 40 esclaves pour une plantation caféière). Il devient donc la chance des planteurs modestes alors que le sucre reste la production des investissements massifs.

Le succès de ces productions sera amplifié tout le XVIIIème siècle avec la demande européenne grandissante de produits exotiques — les épices : sucre, café —, la croissance de la demande européenne étant liée à sa croissance économique alimentée par… le commerce colonial.

2 Une production moderne qui s’appuie sur le travail servile



La production de sucre exige un travail important : le poids et l’encombrement de la canne, ainsi que sa détérioration rapide nécessitent d’opérer sa première transformation sur place pour produire du sucre cristallisé. Le moulin et l’usine font partie intégrante de la plantation. Dès son origine en Inde, puis lors de ses pérégrinations à travers la Méditerranée et les îles de l’Atlantique, la culture de la canne a été synonyme de travail servile. Elle est introduite en Amérique dans le Nordeste brésilien par les Portugais qui la cultivaient déjà à Madère et au Cap-Vert. Ce sont eux qui, les premiers, ont importé des esclaves d’Afrique pour la cultiver. Ce type de production se répand et se radicalise avec son extension dans les îles des Caraïbes : grandes plantations, fort investissement capitalistique mais aussi gros bénéfices, appel à une main-d’œuvre exclusivement servile. Par certains de ses aspects, la plantation annonce les temps modernes : certains historiens voient en elle la préfiguration de l’usine et du travail industriel. Mais elle dénote aussi certaines permanences de la société féodale puisque le planteur dispose d’une forme de juridiction plus ou moins légale. C’est un système entièrement extraverti puisqu’il dépend de l’extérieur pour l’écoulement des ventes et pour l’approvisionnement en vivres et en produits manufacturés.

Le système de la plantation nécessite une main-d’œuvre nombreuse, bon marché et facilement mobilisable. La première mouture du travail forcé à bas prix exigé par ce type de culture est celle de l’engagement. Il s’agit de Blancs, pauvres, recrutés de plein gré ou de force en Europe. Leur contrat d’engagement les lie à un planteur qui paye leur traversée contre trois ans de travail gratuit. Seuls la moitié d’entre eux arrivent à survivre au bout des trois ans et beaucoup de ceux-là doivent continuer au-delà pour payer des dettes contractées lors de leur engagement. Au total, très peu arrivent à s’installer à leur compte. Ils ont joué un rôle vital dans le défrichement des étendues sauvages, dans l’établissement des plantations et dans le transfert des compétences techniques vers l’Amérique. Mais ce travail servile blanc connaît vite ses limites : le manque de volontaires et le peu d’enthousiasme des Etats à exporter de manière massive de la main-d’œuvre à l’heure où l’on pense que l’abondance d’hommes est un avantage. Pendant un temps, engagés blancs et esclaves noirs ont travaillé côte à côte, mais l’arrivée massive sur le marché des captifs venus d’Afrique dont le prix a fortement baissé a relégué l’engagement au second plan.

Ces premières pièces d’Inde ont été débarquées à Hispaniola par les Portugais pour le compte des Espagnols dès le début du XVIème siècle, en remplacement de la main-d’œuvre indienne. Le phénomène n’a pas pris d’ampleur puisque l’agriculture a vite périclité dans sa partie occidentale. La traite négrière atlantique elle-même avait commencé dès la fin du XVème siècle. Les Portugais ont été les premiers à pratiquer ce trafic, puis les Espagnols et les Hollandais se mettent à ce trafic au XVIIème siècle. Son véritable apogée se situe entre 1715 et 1815, avec une exploitation rationnelle et des quantités en augmentation constante. Les grandes puissances maritimes, France, Provinces-Unies, Angleterre surtout, et toujours le Portugal, s’adonnent à ce négoce, que ce soit sous la forme du commerce triangulaire ou par des voyages en droiture entre l’Afrique et l’Amérique. Les Etats encouragent ce trafic par des aides aux armateurs ou des incitations fiscales. En conséquence, le nombre de captifs déportés ne cesse d’augmenter tout au long du siècle, passant à Saint-Domingue de 8 000 par an en 1720 à plus de 40 000 en 1787. Malgré une forte mortalité, le nombre d’esclaves travaillant sur les plantations s’accroît fortement au XVIIIème siècle puisque l’on en compte 13 000 en 1700 et plus de 500 000 en 1789. A elle seule, Saint-Domingue absorbe 60 % de la traite dans les îles françaises et compte de loin la plus forte proportion d’esclaves des Antilles : 60 000 libres et affranchis en 1789 contre 500 000 esclaves, soit un libre pour huit non-libres5.

Chaque plantation sucrière compte plusieurs centaines d’esclaves. Leur renouvellement doit être constant car le croît naturel ne compense pas l’énorme mortalité. C’est qu’il y a plus d’hommes que de femmes et que les avortements, volontaires ou non, sont fréquents. La mortalité infantile y est très élevée. Le surmenage et la malnutrition abrègent la vie des nègres qu’il est plus rentable de remplacer que de nourrir et de traiter correctement puisque ceux-ci sont rentabilisés en un an et demi environ. Les planteurs ignorent donc le Code Noir qui les oblige à nourrir leurs esclaves, et préfèrent leur octroyer un lopin de terre à cultiver sur leur temps libre, c’est-à-dire durant les pauses ou leur jour de repos si… ceux-ci n’ont pas été rognés par le maître par punition ou pour faire face à des travaux plus urgents dans la plantation. Le travail commence à l’aube et finit tard pour les esclaves de jardin. Durant les périodes de coupe de la canne et de roulaison au moulin, le travail dure parfois jour et nuit. Outre la mortalité due au travail et à la faim, il faut aussi compter sur les accidents, nombreux, et les pertes dues au système répressif, aux suicides ou au marronnage6. La justice dans l’exploitation est dans les mains du maître ou de son régisseur qui y agissent de façon souveraine : mutilations, emprisonnement, tortures voire peine de mort sont des moyens de répression qui peuvent couramment être utilisés. Si le Code Noir stipule qu’un maître tuant un esclave doit être puni criminellement, ses recommandations ne sont jamais appliquées.

Ce qui nous apparaît traitement cruel des esclaves ne doit pas cacher que la colonie est au XVIIIème siècle à la pointe de la modernité et que ses planteurs adhèrent pour la plupart à la pensée des Lumières dans ses aspects économiques. Un colon comme Moreau de Saint-Méry en est la parfaite illustration : avocat martiniquais ayant fait son droit en France, marié à une riche héritière de Saint-Domingue, il dirige en 1789 une des loges maçonniques du Cap et fait partie de la société scientifique locale, le Cercle des Philadelphes. Il entreprend dès 1783 de collecter des informations sur la loi, l’histoire, l’environnement et l’économie de la colonie. Il les publiera en 1797 aux Etats-Unis sous le nom de Description topographique, physique, civile, politique et historique de la partie française de l’isle Saint-Domingue. Le but originel était d’informer les autorités métropolitaines des réalités de la colonie afin de les infléchir dans le sens d’un bon gouvernement. Il sera à partir de 1789 un des animateurs du club Massiac à Paris qui regroupe les planteurs et toutes les personnes ayant des intérêts à Saint-Domingue. Un autre exemple parlant est celui de Odeluc, procureur des trois plus grandes plantations de la plaine du Nord, les plantations Gallifet. Féru de science, il a même fait voler le premier ballon d’Amérique en 1784, un an après la première expérience en France, Odeluc gère les plantations de manière rationnelle : les esclaves sont logés dans des bâtiments en dur, des aqueducs amènent l’eau vers les usines et les habitations. Mais la gestion des esclaves y est effroyable mais rationnelle elle aussi. Douze des cinquante-sept Africains achetés en 1789 sont morts moins d’un an après, la natalité quasiment nulle et un tiers des enfants meurt avant l’âge d’un an. Lors de la sécheresse de 1786, si la production de canne a baissé, celle des vivres a baissé encore plus, aggravant la mortalité des esclaves : la canne rapporte plus que ce que coûte le renouvellement de la main-d’œuvre.

Comme nous venons de le voir avec cet exemple, l’exploitation agricole et industrielle dans les habitations se fait de manière rationnelle : irrigation, amélioration de la production dans ses rendements et dans sa qualité. En 1790, Saint-Domingue est le plus gros producteur mondial de sucre et celui-ci a la réputation d’être le meilleur du monde car, à partir de 1730, les planteurs sont passés d’une production en brut à une production en blanc ou terré, du sucre raffiné de meilleure qualité. Cette production est devenue majoritaire à partir des années 1750 au prix d’un fort investissement financier et technologique. Les esclaves eux-mêmes, considérés comme cheptel de l’exploitation, sont souvent gérés de manière rationnelle en tant que tels : par exemple la population servile de Saint-Domingue a été massivement vaccinée contre la variole dès les années 1780, avant la France, et si leur mortalité est massive, c’est qu’elle est rentable. Il est moins cher de remplacer un esclave que de l’entretenir. L’esclavage n’est pas à Saint-Domingue le signe d’un quelconque archaïsme, il est une première forme d’exploitation capitaliste moderne.

De même, le poids de l’Etat monarchique absolutiste pèse lourdement avec une centralisation administrative très forte et très hiérarchisée : le gouverneur, appartenant toujours à la haute noblesse, est chargé de l’ordre militaire, tandis que l’intendant des finances est chargé de l’administration civile. L’un et l’autre, nommés pour trois ans, doivent veiller à l’ordre public et à la bonne marche des affaires, c’est-à-dire à l’exploitation de la colonie au bénéfice de la métropole. Dans ce pays neuf la monarchie s’arroge le droit et le pouvoir de concéder des terres à des colons ou à des courtisans. L’Etat garantit le système de l’exclusif et perçoit des taxes sur les produits qui entrent et sortent de la colonie.

3 La Perle des Antilles : importance de la colonie et déséquilibres du système colonial



Saint-Domingue mérite bien à la fin du XVIIIème siècle de s’appeler la Perle des Antilles : ses 793 sucreries en font le premier producteur mondial de sucre. La colonie se place aussi première pour d’autres productions tropicales : l’indigo (3 150 indigoteries), le coton (789 cotonneries) et le café (2 117 caféteries, cent millions de plants). Saint-Domingue a une grande importance économique pour la France puisqu’un Français sur vingt-cinq dépend directement du marché colonial et qu’un sur huit en vit. La colonie rapporte à sa métropole plus que toute l’Amérique espagnole à l’Espagne. On comprend qu’au Traité de Paris en 1763 Louis XV n’ait pas hésité à sacrifier « quelques arpents de neige du Canada » (Voltaire) pour conserver la grande île à sucre. Ceux qui en vivent sont d’abord les propriétaires absentéistes ou non qui peuvent accumuler des fortunes fabuleuses. Ce sont aussi les négociants qui pratiquent le commerce triangulaire ou de droiture7. Les ports de la façade atlantique, mais aussi Marseille, connaissent un essor certain au XVIIIème siècle grâce à ce commerce. Si Nantes est le grand port négrier du commerce triangulaire, Bordeaux est le grand port colonial français. Le Havre et La Rochelle viennent ensuite. Ils bénéficient du système de l’exclusif puisque, conformément aux principes du mercantilisme, la colonie est au service de la métropole. Les arrière-pays des ports bénéficient donc aussi de cette prospérité puisqu’ils produisent les biens manufacturés et les produits agricoles à destination des colonies et du commerce triangulaire : salaisons, viandes et poissons séchés, blé, vins, meubles et miroirs, cotonnades, chaussures, clous, métaux, armes…

Cependant l’autorité royale et le système de l’exclusif sont de plus en plus critiqués au sein de la colonie. Il y a d’abord le commerce interlope qui n’a jamais cessé et croît tout au long de la période, pas seulement pour des raisons de prix avantageux mais aussi parce que l’état de guerre, fréquent entre la France et l’Angleterre, a souvent entraîné le blocus du commerce français par les Anglais. En 1789, l’intendant de Saint-Domingue, Barbé de Marbois, estime que le commerce interlope représente 10 à 12 % du commerce total. Si les planteurs protestent contre l’exclusif, c’est qu’il crée des prix chers, ce qui ne leur permettrait pas, selon eux, de nourrir correctement leurs esclaves, particulièrement en viandes et en poissons. Durant la guerre d’Amérique (1776-1783), ils se voient autorisés à commercer avec les colonies anglaises révoltées. Lorsqu’au rétablissement de la paix, les négociants des ports métropolitains veulent rétablir l’exclusif, ils retrouvent l’opposition des colons dominguois. La tension monte jusqu’en 1790 où les colons, réunis en assemblée, décident par eux-mêmes la liberté commerciale pour la colonie.

Ces protestations contre l’exclusif entrent dans un mouvement plus large de fronde qui est régulièrement la marque de la colonie vis-à-vis du pouvoir royal. Sédition des flibustiers en 1665-66, révolte en 1670-71 lorsque Colbert impose l’exclusif, en 1679 contre le monopole de la traite, en 1722-23 toujours pour les mêmes motifs. La fronde devient plus politique après 1763 et le retour de l’exclusif suivant la guerre de Sept Ans, remettant en cause le pouvoir économique des négociants de métropole et le pouvoir politique des fonctionnaires du roi. En 1768, ce sont les colons blancs qui manipulent les petits Blancs pendant que le gouverneur joue sur l’opposition entre Blancs et libres de couleur. En 1785, c’est une fronde contre des ordonnances royales imposant des mesures de protection des esclaves, dans lesquelles les colons voient une manifestation de despotisme. Ces révoltes des Blancs de la colonie sont désamorcées par les débuts du processus révolutionnaire en 1787-898 : les colons revendiquent alors une assemblée provinciale élue et malgré les interdictions de l’administration royale, envoient dix-huit députés aux Etats Généraux.

La société coloniale est en effet une société qui repose sur une hiérarchie des fortunes et sur un ciment idéologique, qui sera bientôt source de discordes, le préjugé de couleur. La société des libres est divisée en deux groupes égaux numériquement, les Blancs d’un côté et les libres de couleur de l’autre. La hiérarchie dans le groupe des Blancs est très accusée entre les grands colons et les hauts fonctionnaires d’une part et les petits Blancs, Blancs à gage, ou Blancs manants d’autre part qui ont comme seul capital la couleur de leur peau. Les libres de couleur sont les affranchis et les descendants d’affranchis. Beaucoup sont des mulâtres, enfants ou descendants d’enfants illégitimes des maîtres ou d’autres Blancs. Si le Code Noir leur accorde les mêmes droits théoriques que les Blancs, ils sont en net recul au XVIIIème siècle. Ce recul s’inscrit dans un mouvement plus large de mise en œuvre d’un appareil idéologique du racisme permettant de justifier l’esclavage des Noirs. La classification du métissage en cent vingt-huit catégories par Moreau de Saint-Mery, où même le sang mêlé qui aurait cent vingt sept portions de sang blanc pour une de noir est quand même un homme de couleur, en est l’aboutissement. Les affranchis et leurs descendants se voient interdire les mariages avec les Blancs (1703) puis exclus de la vie politique et des charges publiques (1733). Les espaces publics sont de même ségrégués : promenades, théâtres, auberges, cimetières et même les registres paroissiaux. Un certain nombre de mesures de police des esclaves leur sont appliquées en particulier sur les attroupements et le port d’armes. Beaucoup d’entre eux vivent très modestement, mais certains qui ont fait fortune comme planteurs envisagent d’intégrer les hautes couches de la société en envoyant leurs enfants faire des études en métropole. Les libres de couleur possèdent par ailleurs le quart de la masse servile des nègres. Ils sont par ailleurs très présents dans la milice, l’armée et la maréchaussée car ils sont systématiquement requis pour y servir, contrairement aux Blancs qui peuvent se faire exempter, mais ils ne peuvent accéder au grade d’officier. Comme soldats, les libres de couleur ont servi dans les troupes de l’amiral d’Estaing lors de la Révolution américaine. Ils assurent la défense de la colonie contre l’extérieur mais surtout, ils jouent un rôle central de défense contre l’ennemi de l’intérieur, la masse des esclaves. Ils sont donc à la fois victimes du système de préjugé de couleur et bénéficiaires du système colonial, profiteurs économiques du régime esclavagiste et victimes politiques de ce même système. Leur situation paradoxale les conduit à s’allier tantôt aux Blancs tantôt aux Noirs. La question des libres de couleur deviendra explosive à partir de 1789.

La masse des esclaves est la force de travail servile exclue du développement par une violence structurelle. On distingue les créoles nés dans la colonie, des bossales venus d’Afrique. Etant donné la mortalité et l’apport constant de nouveaux esclaves, les bossales ont toujours été majoritaires. Les différentes sortes d’esclaves n’ont pas le même traitement en fonction de leur qualification et leur emploi : les nègres de jardin, les plus nombreux et les moins qualifiés, travaillent dans les plantations, en colonnes de travail sous la direction de l’un d’eux, distingué pour cette fonction, le commandeur. Les nègres de maison sont destinés au service domestique. Ce sont souvent des créoles. Les nègres à talents, les plus qualifiés, possèdent un métier. La résistance à l’oppression des esclaves n’est pas structurée, mais elle est constante. Elle dépend aussi du traitement des maîtres sur la plantation. Le modèle du bon maître et de l’esclave fidèle n’est pas que de la littérature, et les plantations bien tenues connaissent une mortalité plus faible et moins de révoltes que celles où les rapports sont constamment tendus entre masse des esclaves et maîtres blancs. Ajoutons aussi que les plantations bien tenues le sont aussi par souci de bonne gestion, surtout dans les moments (guerres par exemple) où les esclaves se font plus rares et donc plus chers. Il n’empêche que le contexte par lui-même crée des situations de résistance, de guerre sourde ou ouverte entre les maîtres, leurs régisseurs et autres subalternes, et les esclaves. S’il n’y a pas de solidarité de fait entre eux, il y a bien la création d’une culture commune, qui se manifeste par une religion, le vaudou et une langue, le créole. La résistance est individuelle ou collective : marronnages définitif ou le temps d’une fugue, refus de travailler, suicides, avortements, et infanticides… Les marrons ont pu créer de véritables bandes organisées dans les collines, les mornes, où ils ont recréé des sociétés à l’écart des Européens. Du côté des maîtres, la peur face à la masse des esclaves est une constante : la paranoïa de l’empoisonnement et les fréquents châtiments pour l’exemple en sont le signe. Les révoltes sont violemment réprimées avec parfois l’assistance des puissances voisines pourtant rivales. Au total, il y a bien un mouvement ascendant des résistances et des révoltes au cours du XVIIIème siècle à mesure que le nombre d’esclaves augmente. Elles grèvent le coût du système esclavagiste et accroissent en même temps l’impopularité de ce système dans les milieux abolitionnistes en métropole.

La société coloniale à Saint-Domingue à la veille de la Révolution est bien une société bancale, où les haines s’attisent entre petits Blancs et grands Blancs, entre Blancs et libres de couleur, entre libres et non-libres, entre la colonie et la métropole. La colonie produit des richesses mais peu en profitent : les colons sont souvent endettés et près de 85 % de la population est structurellement exclue du développement. C’est une économie extravertie où la production vivrière n’a pas sa place. C’est enfin une économie de prédation : prédation sur la terre, le déboisement est anarchique et les sols commencent déjà à s’épuiser, prédation sur les hommes que l’on force jusqu’à la mort. L’arrivée de la Révolution en métropole va exacerber les déséquilibres et les haines, et de fronde en révolte, aboutir à la révolution de 1791.

4 Progrès du mouvement abolitionniste en France et en Europe



La prospérité engendrée par Saint-Domingue a permis d’accélérer en France le passage d’une économie féodale à une économie capitaliste et aiguisé l’appétit de pouvoir de nouvelles couches sociales, des artisans à la bourgeoisie. Mais dans le même temps, l’on assiste en métropole à une lente prise de conscience de l’iniquité de l’esclavage. Sur le sol français d’ailleurs, en vertu d’un vieil adage constamment rappelé par le Parlement de Paris, il n’y a pas d’esclave. Les premières critiques remontent à la Renaissance, mais c’est en Angleterre dans les années 1740 que le mouvement abolitionniste prend réellement naissance dans les milieux des Eglises dissidentes nourries d’égalitarisme biblique. Cette pensée traverse l’Atlantique vers les Treize Colonies par ces mêmes Eglises. C’est en s’appuyant sur le droit naturel que la philosophie des Lumières dans les années 1750-60 donne naissance à une nouvelle critique du système esclavagiste, relayée par des noms prestigieux : Montesquieu, Rousseau, Condorcet… Enfin ce sont les économistes, comme Adam Smith, ou les physiocrates qui critiquent un système qui dépeuplerait un continent pour en mettre en valeur un autre. Ils mettent en doute la productivité du travail servile.

Dans les années 1760-70, la question passe dans l’opinion publique, cette force nouvelle qui émerge dans les dernières années de l’Ancien Régime. La critique de l’esclavage est présente dans des pièces de théâtre populaire, dans la littérature de colportage ou dans les almanachs. La répression sanglante des révoltes, particulièrement celle du Surinam en 1772, rend le discours paternaliste et évangélisateur de moins en moins crédible. Un tournant majeur est pris avec deux livres qui sont parmi les plus grands succès éditoriaux du siècle : L’an deux mille quatre cent quarante, Rêve s’il en fut jamais de Sébastien Mercier paru en 1770, roman d’anticipation racontant la destruction de l’esclavage et le massacre des blancs aux colonies par une insurrection générale des nègres, et Histoire philosophique et politique du commerce et des établissements des Européens dans les deux Indes de l’abbé Raynal, en 1771. Au début des années 1780, la critique philosophique est devenue réflexion politique sur l’avenir du système.

Les premières sociétés abolitionnistes naissent dans les milieux anglais des années 1770, des deux côtés de l’Atlantique. En France, il faut attendre 1788 avec la fondation de la Société des Amis des Noirs. Les objectifs que se donnent ces sociétés sont ceux d’une abolition graduelle : d’abord celle de la traite, puis la source des esclaves étant tarie, la transformation de l’esclavage. Les maîtres devant assurer le renouvellement sur place, leur changement d’esprit permettrait la transformation graduelle, programmée, de la fin de l’esclavage sur deux ou trois générations : éviter les insurrections en programmant l’extinction de l’esclavage, et mettre fin au pillage de l’Afrique pour préparer sa colonisation, tels sont les objectifs de ces sociétés. L’enchaînement des événements de la Révolution Française, la révolte de 1791 mettent fin à ces réflexions qu’il faut bien qualifier de purement théoriques et souvent formulées par des auteurs n’étant jamais sortis d’Europe. Mais ces débats, très populaires à la veille de la Révolution, nous permettent de voir que la situation de Saint-Domingue est au cœur des enjeux tout en révélant leurs contradictions. Les colons appliquent les idées des Lumières dans leur manière rationnelle d’exploiter leurs plantations. Mais en même temps, la situation même de l’esclavage devient, le siècle passant, insupportable aux yeux de ces mêmes courants de pensée. La Révolution Française va jouer dans ce contexte un effet d’accélérateur.

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