Bibliographie p. 18 «Il n’y a pas de philosophie sans politique, ni sans effets sur la politique.»


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RAPPORT DE MISSION

Faire France Ensemble

Questionner le discours républicain aujourd’hui

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VAILLANT Sonia

DREUX Maxence

MAAREK Simon

Sous la direction de Xavier GUCHET


UNIVERSITÉ PARIS I PANTHÉON-SORBONNE

UFR 10 - PHILOSOPHIE

MASTER 2 ETHIRES

MAI 2015

Sommaire
Remerciements p. 2

Introduction p. 3
I) L’analyse critique du discours de Campus Marianne p. 5
1) Un discours développé autour du sentiment d’appartenance à la Nation p. 5

2) L’invocation permanente de la République p. 7

3) Une République à plusieurs vitesses p. 8
II) L’interrogation des moyens mis en œuvre p. 10

1) Le dispositif mis en œuvre p. 10

2) Le passage d’un « dire France » à un « faire France » p. 10

3) Une appréhension spécifique du public p. 12
III) Faire ensemble : repenser la communauté p. 14

1) Un modèle d’appartenance contestable p. 14

2) Une définition alternative de la communauté p. 15

3) Faire ensemble et l’agir en commun p. 16
Recommandations p. 17
Bibliographie p. 18

« Il n’y a pas de philosophie sans politique,

ni sans effets sur la politique. »1

Remerciements

Nous tenons à remercier chaleureusement notre porteuse de mission, Madame Zohra Bitan, pour nous avoir confié cette belle mission, et pour son engagement et son ouverture d’esprit.
Nous tenons à remercier tout particulièrement pour leur disponibilité et leur aide les personnes que nous avons rencontrées et interrogées dans le cadre de cette mission :

Madame Martine Benayoun, Madame Sophie Guérard de la Tour, Monsieur Philippe Crapart, Messieurs Alain Khelifi et El Houssine Moutaoudhia, Monsieur Richard Oswald, Monsieur Christophe Prochasson, Monsieur Pierre Serna, Monsieur Patrick Touitou.
Nous remercions également notre professeur Monsieur Xavier Guchet pour son suivi régulier, notre tuteur Monsieur Alain Weiller pour ses conseils, ainsi que toute la promotion pour son soutien et ses encouragements.

Introduction
Notre mission porte sur le projet Campus Marianne, travail qui nous a été proposé par Zohra Bitan, militante associative et ex-membre du Parti Socialiste (parti dans lequel elle est restée durant une vingtaine d’années). Zohra Bitan est également la fondatrice de Campus Marianne, un projet politique qui est né de la volonté de Faire France ensemble.
Campus Marianne souhaite recréer les conditions d'un vivre ensemble harmonieux et effectif ancré dans la communauté française. L'objectif est de favoriser la réémergence d'un sentiment d'appartenance nationale, d’un attachement à l’idéal républicain, et d’une citoyenneté active et partagée. Ciblant prioritairement les populations des quartiers populaires, ce projet aménage un « campus » mobile et ouvert à tous, et s'articule autour de sessions composées de deux grands moments : 1) un cours magistral donné par un intervenant autour d’un thème défini, intervenant dont on ne connaît pas encore l’identité puisque le projet en est encore à ses débuts ; 2) un débat entre les participants. Ces sessions visent à transmettre par le discours diverses connaissances de base (telles que les symboles républicains, le fonctionnement administratif de l’Etat, etc.). Epaulée par une équipe de quatre personnes issues du monde professionnel, politique et associatif, Zohra Bitan lancera courant juin 2015 la première session de Campus Marianne dans la commune de Vaulx-en-Velin, quartier réputé difficile de la périphérie lyonnaise.
Le projet se fonde sur le diagnostic d'une anomie2 sociale généralisée et d'un effritement progressif et pathogène du modèle républicain. Il entend plus spécifiquement remédier au délitement du vivre ensemble, aux replis communautaires, et à l'échec supposé de l'intégration des descendants d'immigrés postcoloniaux. Ainsi, l’objectif principal de Campus Marianne est de recréer, par la diffusion de connaissances, un sentiment d'appartenance à la nation française et à la République.
Notre mission a consisté à questionner les représentations et les valeurs sous-jacentes du projet Campus Marianne. Celles-ci s’articulent autour de notions comme l’appartenance, la nation, la communauté, la République, autant de termes dont le sens semble fixé et qui pourtant doivent être interrogés au regard de l’histoire et de la philosophie politique. Ainsi, après avoir questionné ce discours, nous interrogeons d’abord les sous-bassement du projet : doit-on envisager de créer du lien social et du vivre ensemble à partir d'une appartenance nationale ? Nous allons ensuite questionner l’adéquation des objectifs du projet aux moyens mis en œuvre : peut-on aujourd'hui recréer cette appartenance, eu égard aux nouveaux modes de socialisation ?
Notre analyse consistera à soutenir que le passage d’un « dire France » - l’énonciation et l’invocation des valeurs républicaines – à un « faire France » - la réalisation effective d’un collectif ouvert et non exclusif – ne va pas de soi. Afin d’assurer l’efficacité et la durabilité du projet Campus Marianne, qui assurément pose une question décisive concernant l’avenir de nos sociétés démocratiques, nous recommanderons à notre porteuse de mission de (re)centrer son projet sur sa dimension participative et relationnelle en substituant, à la transmission de connaissances, la mise en place d’initiatives et de projets communs.

« La véritable naissance d’une nation,

c’est le moment où une poignée d’individus

déclare qu’elle existe et entreprend de le prouver. » 3


  1. L’analyse critique du discours de Campus Marianne


Le discours du projet se fonde sur la nostalgie d’un vivre ensemble harmonieux qui aurait disparu, et qu’il s’agit justement de reconstruire et de faire revivre. Ainsi, sur la brochure du projet, peut-on lire : « Marianne se réveille et s’organise en campus » ; « l’urgence de redonner du sens aux liens sociaux (…) revitaliser et restructurer les débats publics (…) favoriser un réengagement dans la vie citoyenne » ; « une réhabilitation du bon sens dans le raisonnement collectif » ; etc. La sémantique du projet est donc développée autour de l’idée d’un réveil, d’un renouveau, d’une renaissance de la Nation et de la République, aujourd’hui mises à mal.
1) Un discours développé autour du sentiment d’appartenance à la Nation
Campus Marianne entend tout d’abord réactiver le sentiment d’appartenance à la Nation. En effet, d’après le constat de notre porteuse de mission, la période que nous vivons actuellement est caractérisée par l’effritement du sentiment d’appartenance à la Nation, par opposition à un passé où les citoyens français se reconnaissaient dans la Nation et entretenaient avec elle un rapport positif. Or cette lecture mérite précisions et éclaircissements. Historiquement parlant, ce sentiment d’appartenance nationale est extrêmement difficile à évaluer et, surtout, a toujours été concurrencé par d’autres références identitaires, telles que la région4, la religion ou la classe sociale. Par exemple, aux XIXème et XXème siècles, le capitalisme industriel a provoqué l’expansion d’un nouveau groupe social, le prolétariat ouvrier, qui agira comme une référence identitaire concurrente de la nation ; l’appartenance de classe, avec sa dimension internationaliste, vient ainsi concurrencer l'appartenance nationale, et s'y oppose.
Il nous faut alors revenir sur ce concept de « Nation », référent sur lequel se base le sentiment d’appartenance que Campus Marianne essaie de réactiver. Si le terme est utilisé, au sein de Campus Marianne, comme référent positif, il mérite néanmoins d'être analysé. Selon Anne-Marie Thiesse, historienne et chercheuse au CNRS spécialisée dans la formation et la fabrication des identités régionales et nationales, la Nation désigne la communauté large, unie par des liens qui ne sont ni la sujétion au souverain, ni l’appartenance à une même religion ou à un même état social5. Elle est ce « Peuple » de la philosophie politique qui, selon les théoriciens du contrat social, peut seul conférer sa légitimité au pouvoir. La Nation naît donc d’un postulat et d’une invention6. Elle ne vit que par l’adhésion collective à cette fiction. Tout peut changer, hormis la Nation : elle est le référent rassurant qui permet l’affirmation d’une continuité en dépit de toutes les mutations. Elle relève, en ce sens, « du conservatisme le plus absolu, le moins contingent », et s’avère être « une catégorie politique éminemment apte à supporter l’évolution des rapports économiques et sociaux7 ». Son principe repose sur le primat d’une communauté a-temporelle dont la légitimité réside dans la préservation d’un héritage : elle est un idéal protecteur, donné pour supérieur aux solidarités résultant d’autres identités (génération, genre, religion, statut social, etc...). La Nation est donc toujours intellectuellement construite comme un organisme immuable, identique à lui-même à travers les vicissitudes de l’histoire. En s’incarnant dans un État, dans des réalités sociales concrètes, la Nation, prise comme principe éternel, se trouve alors confrontée à des difficultés qui montrent qu’elle est mortelle : le passage de la Nation comme principe intemporel à l’Etat-Nation met en lumière l’inévitable contradiction entre fixité et évolution.
La référence à la Nation n'est donc pas neutre et va de pair avec une certaine conception des réalités sociales et de l'action politique. L'appel, chez Campus Marianne, à refonder un sentiment d'appartenance nationale met ainsi en avant une conception positive de la Nation, en en faisant l'objectif politique prioritaire ; la Nation doit être affirmée et reconnue par tous, et constituer l'unique lien collectif.


2) L’invocation permanente de la République
Par ailleurs, outre un argumentaire articulé autour de la recréation d'un sentiment d'appartenance à la Nation, le discours de Campus Marianne s’appuie sur l’invocation répétée et permanente de la République : c’est toujours au nom de cette dernière, des « valeurs républicaines » qu’il faut agir et se mobiliser8. Le projet entend rétablir la légitimité de cette République, notamment auprès de populations qui n’en reconnaissent plus le bien-fondé et n’en respectent ni les règles, ni les principes. Toutefois, on peine ici à savoir ce que cette République recouvre véritablement. Revendiquée partout dans les discours politiques depuis les années 1990, elle n’est jamais vraiment définie ni caractérisée. On feint, en quelque sorte, de s’entendre sur le projet républicain, omettant qu’il recouvre historiquement de multiples positionnements et appartenances politiques, aussi bien dans le passé que dans le présent. L’historien Christophe Prochasson, spécialiste de l’histoire politique française des XIXème et XXème siècles9, explique qu’il est aujourd'hui impossible d’entrer dans le jeu politique français sans faire allégeance à la République, qu’il qualifie d’« imbrication absolue ». Il rejoint ainsi le constat de l’historien et chercheur au CNRS, Alain Dieckhoff, pour lequel l'ensemble des hommes politiques mentionnent la République sans jamais s’accorder sur ce qu’elle est vraiment10. Ainsi, les partis de droite et de gauche revendiquent tous une attitude et un programme républicains, alors que leur compréhension et leur conception de la République ne sont pas identiques. Pareillement, le Front National affirme son identité républicaine, tout en continuant à avoir une conception spécifique de la citoyenneté ou de l'égalité.
On peut alors voir dans le discours de Campus Marianne ce que d'aucuns nomment le « républicanisme citoyen français »11. La République, confondue avec la Nation, est supposée entretenir une citoyenneté active et constituer l'épicentre de l'identité des individus : elle est « un principe de dépassement des ancrages concrets »12. Elle se fonde sur un engagement patriotique et sur la mobilisation d'un citoyen actif, notamment contre des ennemis dont les formes historiques sont variées et hétérogènes (aristocrates, monarchies européennes, Eglise catholique, islamisme, etc...). Dans le cas de ce « républicanisme citoyen français », la République et la référence républicaine apparaissent, non comme une mise en question d'un projet politique, mais au contraire comme un outil de clôture du débat, voire comme un rappel à l'ordre des actions et des pensées dissidentes. En souscrivant implicitement à ce républicanisme et en invoquant la République sans la caractériser politiquement, le discours de Campus Marianne tend donc à effacer les carences dont témoigne aujourd'hui cette République et à la présenter comme système politique indépassable et incontestable.

3) Une République à plusieurs vitesses
On touche ici à l'un des écueils majeurs du discours du projet. La République, à laquelle Campus Marianne fait positivement référence, n'est pas seulement un slogan idéologique, elle renvoie aussi à des réalités sociales concrètes. Force est alors de constater qu'elle renvoie actuellement à des logiques inégalitaires et d'exclusion, dont on ne peut faire aujourd'hui l'économie.
Cœur de cible du projet Campus Marianne, la jeunesse des quartiers populaires, les dits « jeunes de banlieue » ou « jeunes de cité », est ainsi touchée par des dynamiques d’exclusion sociale toujours plus importantes : l’abandon progressif par les pouvoirs publics des territoires où ils habitent, les phénomènes de relégation, l’exclusion politique, économique et éducative (taux très faible de scolarisation, taux de chômage très important, non-participation à la vie publique et politique, etc.)13. Les populations des quartiers populaires, ciblés par notre projet, se situent donc très loin de la fiction juridique et formelle d’un citoyen universel et désocialisé : elles s’apparentent plus, pour reprendre la formule de l’historien Emmanuel Blanchard, à des « citoyens diminués »14. Pis encore, le rapport à la République y est aujourd'hui largement négatif ; la République elle-même étant vécue sur le mode d'un sentiment d'injustice et d'exclusion15. Dès lors, lorsqu’on a à l'esprit qu’une partie de la population vit la République sur le mode d’un sentiment d’injustice et d’exclusion, penser que tous les citoyens peuvent développer un même rapport qui serait positif, unique et identique à la République, c’est volontairement limiter cette dernière à une simple abstraction, une utopie16, un idéal qui n’a pas de prise sur les réalités sociales existantes.
L’universalisation effective de la citoyenneté républicaine constitue donc une problématique contemporaine majeure, comme en témoigne la difficulté que les citoyens les moins dotés en capitaux culturel et économique rencontrent pour être présent sur la scène publique et politique. Ainsi la République n'est-elle pas vécue de la même façon selon les groupes sociaux auxquels les individus appartiennent, et l'expérience qu'on en a (institutions, police, administrations, opportunités professionnelles, etc...) demeure dépendante du degré d'intégration sociale, économique et culturelle des individus17.



  1. L’interrogation des moyens mis en œuvre


Dans la mesure où les présupposés et finalités du discours de Campus Marianne sont discutables, les moyens mis en œuvre par le projet pour atteindre l’objectif de recréer un sentiment d’appartenance nationale deviennent questionnables et révisables. Il s’agit d’interroger désormais les moyens mis en œuvre par Campus Marianne pour se demander s’il est possible, voire souhaitable, de faire France ensemble par le biais d’un dire France, c’est-à-dire par la transmission de connaissances.


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