La santé en guyane : un véritable défi ?


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Le paludisme en Guyane (1) : les risques


Le paludisme en Guyane (2) : les infrastructures



La dengue

Circulation de la dengue dans le monde


Source : INVS-CIRE, Bilan épidémiologique et grandes tendances, Dengue, Monde, mise à jour mai 2011, 2011
La dengue est une infection virale endémique dans les pays tropicaux. L’OMS estime qu’entre 50 et 100 millions de personnes sont infectées dans le monde chaque année. Près de 500 000 personnes sont hospitalisées, la forme hémorragique tuant environ 20 000 à 25 000 personnes par an. Alors que la dengue était présente uniquement en Asie du Sud-Est jusque dans les années 1960, elle s’est ensuite étendue au reste de la planète, surtout dans la zone intertropicale. En Amérique du Sud, le nombre de cas a été multiplié par 60 entre 1989 et 1993. Les raisons sont multiples, les principales étant l’importance de la croissance démographique, la persistance de bidonvilles aux abords des villes et le ralentissement des campagnes d’éradication de l’Aedes Aegypti, principale espèce de moustique vecteur de la maladie.

En 2010, 1,7 millions de cas sont signalés dans les Amériques, dont près de 50 000 sont hémorragiques, ce qui témoigne d’une forte augmentation – certes en dents de scie – depuis 1996 et ses 300 000 cas. D’une situation endémo-épidémique engendrée par la circulation d’un seul type de dengue, le continent sud-américain a progressivement évolué vers une situation hyperendémique. Les Antilles françaises et la Guyane connaissent dix épidémies à la sévérité croissante de 1997 à 2010, dans ce dernier territoire en particulier en 2006, 2009 et 2010 (INVS, 2012). Celle de 2013 devrait aboutir à un effectif record de personnes malades en Guyane, avec 3 650 cas avérés jusqu’en mai 2013 (France-Guyane, 21 mai 2013). Ces poussées sont toutes liées à des épidémies plus étendues à l’espace caraïbe, à l’Amérique du Sud, ou aux deux. Ceci pourrait s’expliquer par un niveau de transmission de la maladie plus élevé tout au long de l’année et par la co-circulation permanente des quatre types de dengue.

En Guyane, les premiers cas sont décrits dès les années 1940. Le moustique vecteur est éradiqué entre 1950 et 1963, mais son retour provoque de nouvelles épidémies au milieu des années 60. Les cas de dengue hémorragique semblent apparaître en 1991/1992. Depuis, les 4 sérotypes du virus de la dengue sont responsables d’épidémies dans toutes les villes du littoral où se trouve concentrée la majorité de la population (90 %). Jusqu’en 2005, aucune épidémie n’est été décrite dans les communes de l’intérieur mais cette année-là, elle fait son apparition dans les communes de l’Ouest guyanais et jusqu’à Maripasoula. Il est vraisemblable que le développement de l’urbanisation ainsi que les déplacements très nombreux des habitants de la commune aient favorisé l’importation et le développement local de l’épidémie. (INVS-CIRE, 2007).
La maladie de Chagas
La trypanosomiase américaine ou maladie de Chagas – du nom du médecin brésilien l’ayant décrite pour la première fois au début du XXe siècle – est un mal parasitaire qui sévit dans les régions tropicales d'Amérique du Sud et centrale. Elle est transmise par des punaises hématophages et affecte actuellement 16 à 18 millions de personnes et quelque 100 millions de personnes sont potentiellement exposées. Chaque année, d’après l'OMS, près de 50 000 personnes meurent du mal de Chagas et 300 000 nouveaux cas se déclarent. Il s’agit donc d’un problème de santé publique toujours majeur en Amérique latine.

Étendue de la maladie de Chagas en Amérique centrale et du Sud, 2012.

Source Wikipédia


La maladie humaine se développe en deux phases : la phase aiguë, peu de temps après l’infection et la phase chronique qui peut s’étendre sur plus de 10 ans. La maladie affecte alors le système nerveux, le système digestif et le cœur. En l’absence de traitement, elle peut s’avérer mortelle dans la plupart des cas, en raison d’une cardiomyopathie associée. L’homme est infecté selon les modes suivants : par les déjections que l’insecte dépose près de la plaie de la piqûre, par transfusion sanguine à partir d’un donneur infecté, plus rarement, par transmission mère-enfant, par ingestion de produits contaminés par des déjections d’insectes vecteurs (jus de canne à sucre…), par accident de laboratoire.
La Guyane Française était jusqu’à récemment considérée comme non endémique pour la maladie de Chagas. Le vecteur et le parasite existent en forêt guyanaise, comme dans l’ensemble de la région, mais le risque de contamination humaine était faible car la quasi-totalité de la population guyanaise a longtemps été installée essentiellement sur le littoral. De 1939 à 1996, seuls 13 cas de Chagas ont été rapportés. En 1996, à la lumière de 4 nouveaux cas, on soupçonne une sous-estimation probable de l’incidence de la maladie en Guyane (Chippaux et al., 1983, Hommel et al., 1996).
En 2005, on recense alors plus de 70 cas suspects. Des tests sanguins réalisés par le docteur Christine Aznar révèlent des taux de contamination de l’ordre de 0,5 % à 4,3 % des donneurs. La validité de ces tests a été contestée mais cependant de janvier au 1er octobre 2005, le médecin a diagnostiqué en Guyane 24 nouveaux cas de Chagas confirmés par biologie moléculaire (Jeannel et al, 2007). Dans la plupart des pays où la maladie de Chagas est endémique, des tests sanguins sont déjà obligatoires pour les donneurs de sang, puisque la transfusion peut être une voie importante de transmission. En septembre 2004, la zone à risque de Saint-Laurent du Maroni, proche de la forêt a été exclue de la collecte de sang. Le 8 avril 2005, la collecte a été suspendue dans toute la Guyane. Une semaine après, toute personne ayant séjourné au moins 3 mois en Guyane était exclue du don du sang aux Antilles, mesure d’exclusion étendue à l’Hexagone par l’EFS en novembre 2005. La Guyane reçoit désormais, par avion, des sérums en provenance de Lille et des Antilles, le délai d’obtention devant être réduits à son minimum en situation d’urgence.
Le contexte régional est en faveur d’un risque d’émergence de la maladie de Chagas en Guyane comme dans l’ensemble de la région amazonienne et en particulier au nord du Brésil. Cette évolution a conduit l’OMS et l’Organisation panaméricaine de la santé (OPS) à décider la mise en place d’un programme international pour la surveillance et la prévention de la maladie de Chagas dans la région amazonienne (« Initiative Amazonienne AMCHA »). En Guyane, 26 cas sont diagnostiqués en 2008, 38 en 2009. La surveillance de la maladie reste attentive (Aznar et al., 2011).

Le Sida

2011 : Vue d’ensemble de l’infection à VIH à l’échelle mondiale

Environ 34 millions de personnes vivant avec le VIH en 2011




Source : http://www.seronet.info/article/le-vih-dans-le-monde-les-chiffres-officiels-52146

Carte réalisée à partir du Rapport Onusida sur l’épidémie mondiale de SIDA, 2012, Onusida, 2012. http://www.unaids.org/en/media/unaids/contentassets/documents/epidemiology/2012/gr2012/20121120_UNAIDS_Global_Report_2012_with_annexes_fr.pdf
Le sida est une pandémie globale. Les dernières estimations du rapport Onusida de 2012 établissent à environ 34 millions, le nombre de personnes séropositives dans le monde, à 2,5 millions les personnes infectées en 2011, à 1,7 millions le nombre de personnes mortes du sida la même année et à 28 ou 30 millions de morts depuis les débuts de la maladie en 1981. Le nombre annuel de nouveaux séropositifs tend à baisser.
La Guyane reste de loin le département de France le plus touché par le virus du VIH. De 2007 à 2011, environ un millier de nouveaux cas sont détectés (INVS-CIRE, 2008, Nacher, 2012) soit sensiblement autant qu’avant 2005 (Nacher et al., 2007). Le taux d’incidence – à savoir le rapport pour une période donnée entre nombre de nouveaux cas de SIDA ou d’infection au VIH et la population totale – oscille entre 35 et 80 / 100 000 de 1990 à 2004 pour atteindre 147 / 100 000 en 2010. Ces chiffres considérables sont vraisemblablement en deçà de la réalité. En 2005, le nombre annuel de nouveaux cas de SIDA déclarés est de 49 cas pour 100 000 habitants (les régions les plus touchées de France, Ile de France et PACA enregistrent alors 2 à 8 cas de SIDA pour 100 000 habitants, la Guadeloupe 8 et la Martinique 7). On constate en Guyane un nombre élevé de cas de SIDA chez les enfants de 0 à 9 ans : 69 au total depuis le début de l’épidémie soit 6,1 % contre 1,2 % en France. Dans les pays où l’épidémie est essentiellement liée à la transmission hétérosexuelle, le pourcentage de femmes enceintes séropositives est un indicateur de la prévalence du VIH en population générale. En Guyane, il est supérieur à 1 %. Selon la définition de l’OMS, ce chiffre place la Guyane en zone d’épidémie généralisée, c'est-à-dire que le virus ne se limite pas à certains groupes à risque et qu’il infecte toutes les catégories de la population. Les tranches d’âge les plus touchées sont les 30-39 ans puis les 40-49 puis les 20-29 ans.
La coexistence d’hommes ayant un niveau de vie aisé et de femmes ayant peu d’autonomie financière aboutit à une fréquence élevée de relations sexuelles dites « transactionnelles ». Près de 20 % des personnes infectées par le VIH vivant en couple ne le disent pas à leur partenaire et les personnes ignorant leur séropositivité font courir un plus grand risque à leur partenaire. Le faible taux de scolarisation limite aussi l’acquisition des notions de prévention, d’autant que les deux tiers des malades sont de nationalité étrangère. Malgré des améliorations en termes de connaissances, d’attitudes et de pratiques depuis 1992, les efforts d’information et de prévention restent à poursuivre.

Tous les médicaments anti-rétroviraux commercialisés et la majorité des tests biologiques nécessaires à la prise en charge des patients VIH sont disponibles en Guyane et sont remboursés. Les résultats thérapeutiques sont en nette amélioration avec près de 70 % des patients en succès thérapeutiques, ce qui est comparable à la métropole. Sur le plan local, des créations de postes non médicaux, l’ouverture de nouveaux locaux de consultation à Cayenne, les consultations d’aide à l’observance thérapeutique qui ont pour but d’aider les patients à bien prendre leur traitement, laissent espérer des progrès. Malgré ces améliorations, le taux de croissance des nouveaux cas reste autour de 6 % par an à Cayenne (INSEE, 2007). De nombreux patients dépistés tardivement arrivent souvent dans le système de soins à un stade avancé avec un risque de mortalité plus important.


La tuberculose
Les pays concernés par la tuberculose



Carte tirée du rapport de l’OMS 1 : Global Tuberculosis Control. WHO, 2012
La tuberculose est une maladie infectieuse, souvent qualifiée de « maladie sociale » car sa fréquence dans une communauté est révélatrice des conditions de nutrition, d’habitat, d’hygiène et d’éducation sanitaire et sa prévention nécessite un équipement sanitaire et une organisation sociale développés. Elle a été réduite par les antibiotiques dans les années 1950, mais elle connait un regain expliqué par l'apparition de souches multi-résistantes. Le nombre de nouveaux cas est d’environ 9 millions en 2011, la maladie tuant encore près de 1,4 millions de personnes cette année-là, selon l'OMS (World Health Organization, 2012).
Ces dernières années, l’incidence de la tuberculose en Guyane est évaluée autour de 20 à 30 cas pour 100 000 habitants (Bouillaguet et al., 2011), très probablement sous-évaluée, le redressement pouvant s’élever entre 60 à 70 si l’on applique la méthode de redressement statistique effectuée par Vanina Guernier pour les années 1996-2003 (Guernier, 2006, Guillot, 2006). Le taux officiel est plus de cinq fois supérieur à la moyenne nationale (4 en 2011 en France métropolitaine d’après le rapport 2012 de l’OMS) mais très comparable à celui du Brésil (42 la même année). Un double mécanisme explique la persistance de la maladie dans la région, avec d’une part la présence de souches endémiques anciennement présentes en Guyane (26 % des souches ne sont retrouvées qu’en Guyane) et d’autre part l’introduction de souches extérieure par l’importation de cas liés à l’immigration en provenance de pays à forte incidence.
On observe une agrégation spatiale de cas dans les zones de Cayenne correspondant en fait à la localisation des habitats défavorisés et non pas à une contamination de proximité. Le tuberculeux « type » est un homme d’origine étrangère (60 %) âgé de 25 à 45 ans. Il y a en Guyane 2 pneumologues pour 200 000 habitants contre 6 dans l’Hexagone.
La lèpre
La lèpre ou maladie de Hansen est une maladie infectieuse chronique. Il y aurait 15 millions de lépreux dans le monde et l’OMS enregistre environ 700 000 nouveaux cas chaque année. Elle est présente en Guyane suite à la colonisation européenne. L’incidence reste supérieure à 10 cas pour 10 000 habitants jusqu’au milieu des années 1970 et supérieure à 1 jusqu’en 1996. Entre 1997 et 2006, 90 nouveaux cas ont été dépistés correspondant à une incidence moyenne de 0,53 cas/10 000 habitants/an, donc inférieure à 1/10 000. Selon les critères de l'Organisation Mondiale de la Santé, la lèpre ne constitue donc plus actuellement un problème majeur de santé publique en Guyane. Mais, si la lèpre autochtone est en régression, le nombre de cas brésiliens croît significativement, en particulier en lien avec l’orpaillage clandestin. Au Brésil, l’incidence est de 1,5 cas pour 10 000 habitants, deuxième au monde derrière l’Inde. La maladie est surtout liée à des conditions de vie très précaires (Domergue et al., 2008).
La grippe
Les épidémies de grippe en Guyane sont d’abord corrélées à la saison grippale européenne avec un pic entre janvier et mars (Dussart et al., 2003). Or, en 2006, on observe un pic durant les mois de juin et juillet. Cette circulation du virus en milieu d’année correspond à ce qui est normalement observé dans l’hémisphère sud. Ces indicateurs peuvent s’expliquer par les mouvements de population avec les pays voisins et notamment le Brésil. Une saisonnalité comparable peut être constatée en 2010, mais plus en 2011 ni 2012 où les sommets sont de nouveau atteints en milieu d’année (CIRE Antilles-Guyane, 2013).

La drépanocytose
Distribution de la drépanocytose.


Source : D. C. Dzonteu, Barrer la route à de nouveaux cas de drépanocytose au Gabon, 2012, http://gabonreview.com/blog/barrer-la-route-a-de-nouveaux-cas-de-drepanocytose-au-gabon/
La Guyane est aussi touchée par une maladie génétique spécifique, la drépanocytose. Elle affecte les globules rouges. Au niveau mondial, elle sévit d’abord dans les zones anciennement impaludées d’Afrique, d’Asie et d’Europe du Sud. En effet, les porteurs d’au moins l’un des allèles de la maladie sont immunisées contre les effets les plus graves du paludisme. Ensuite, sous l’effet des migrations les plus importantes – Africains déportés vers les Antilles, par exemple – elle s’étend, tout en baissant en virulence. D’une part, les effets de cette maladie incurable sont diminués grâce aux progrès de la médecine et d’autre part, l’accroissement des mariages éloignés diminue les possibilités d’expression de la maladie. Les deux parents doivent en effet transmettre l’allèle responsable de l’anomalie. Elle se manifeste par des crises qui provoquent des douleurs intenses et des fièvres. Elle est actuellement la maladie génétique la plus fréquente en France avec 6 à 7 000 patients souffrant de la maladie en 2004 (Bardakdjian et al., 2004) et une prévalence d’un cas sur 2364 en 2010 (Wikipedia, 2013).

Depuis une quinzaine d’année, le dépistage à la naissance est systématique et la mortalité a ainsi été divisée par 10 en Guyane. Aujourd’hui la maladie fait en moyenne un mort par an. Le nombre de drépanocytaires est estimé à 2000 en Guyane – dont 500 sont suivis - et un nouveau né sur 250 est atteint par la maladie (Elenga, 2011). La maladie – peut-être moins que dans la plupart des autres contrées concernées – peut être ressentie encore comme raison de mise à l’écart (Lainé 2004, Mathurin et al., 2011).
Outre les maladies infectieuses et parasitaires, la Guyane est confrontée à d’autres problèmes de santé publique comme l’alcoolisme et la toxicomanie.
Les conduites addictives.
En Guyane, l’alcool reste un problème majeur de santé publique. Une enquête nationale menée sur les patients des médecins généralistes place la Guyane au quatrième rang de la consommation d’alcool par les hommes (Observatoire régional de la santé de Guyane, 2001). Il occupe une place significative et parfois préoccupante dans toutes les couches de la population, toutes origines confondues. En outre, il agit comme facteur direct ou associé dans l'apparition de nombreuses maladies telles que les cancers, les maladies cardiovasculaires et les maladies digestives. Il est aussi impliqué dans les accidents de la route : sur les 23 accidents mortels de l’année 2010, l’alcool et les stupéfiants sont directement responsables dans six cas (Aubertin et al., 2010). Enfin, l’alcoolémie élevée contribue à l'apparition de certains troubles mentaux, comme la psychose alcoolique dont la prévalence est en Guyane particulièrement élevée chez les hommes, avec 12 cas pour 100 000 contre 7 en moyenne en métropole en 1995-1997 (Fédération nationale des observatoires régionaux de la santé, 2000) et aux violences.

Sur le littoral, on compte au total en 2006 plus de 600 personnes suivies pour des problèmes de dépendance. Les populations des communes isolées sont touchées aussi, alors que l’accès aux soins en addictologie et à la prévention y est difficile. Par exemple, certes, les Wayãpis consomment des cachiris - bières faiblement alcoolisées produites sur place – et d’autres boissons plus fortes (Bau, 2007, Grenand F., 2006, Lartigau, 1996), tout comme les Wayanas (Chapuis, 2000). Cependant, l’alcoolodépendance sévit bien plus largement en Guyane, toutes localisations et toutes origines confondues.
Les drogues consommées en Guyane sont essentiellement le cannabis et le crack. Leur faible coût facilite le développement de la toxicomanie. L’usage de cette dernière drogue semble poursuivre son augmentation depuis son arrivée dans l’espace caribéen au milieu des années 1980 (Bello et al., 2002), avec 979 personnes prises en charge en 2009 par les structures de soin et de prévention contre la toxicomanie, contre 450 en 2007. Toutes les addictions favorisent la délinquance, la désocialisation, la violence et la prostitution (Conseil général de la Guyane, ARS de la Guyane, 2012).
Deux études ont été menées par l’ORGS auprès des adolescents scolarisés dans le second degré de la Guyane, en avril 1997 et en mars 2003 et une troisième auprès de jeunes en voie d’insertion (2005) pour étudier le comportement des jeunes face à l’alcool (ORSG, 1999, 2006). Il ressort alors qu’en Guyane, 60 % des jeunes en démarche d'insertion consomment de l'alcool occasionnellement, contre 52 % des jeunes scolarisés et surtout que 20 % des jeunes en démarche d'insertion boivent régulièrement alors que ce taux est deux fois moins important chez les adolescents scolarisés, 11%. Laurent Mucchielli évoque à ce propos le « désastre des trois 50 % », à savoir « environ 50 % de la population qui a moins de 25 ans, environ 50 % de jeunes qui sortent du système scolaire sans aucun diplôme et un taux de chômage des jeunes qui est d’environ 50 % lui aussi » (Mucchielli, 2013).
Dans le contexte de la mondialisation, la plupart de ces pathologies connaissent un regain de transmission. Elles sont aussi révélatrices des disparités sanitaires, d’origines géographiques et sociales qui affectent la Guyane. En effet, les populations défavorisées apparaissent plus vulnérables et la répartition des pathologies met en évidence la rareté des maladies de l’appareil circulatoire dans l’intérieur de la Guyane, tandis que les maladies de la surconsommation et de la sédentarisation excessive sont davantage présentes sur le littoral et plus particulièrement en zone urbaine. Les enjeux environnementaux et en particulier le problème de l’imprégnation mercurielle rendent ces inégalités encore plus visibles.
1.3 L’environnement et la santé : le mercure en Guyane, risques sanitaires et enjeux de santé publique
Le mercure en Guyane
Depuis la fin du XIXe siècle, les activités d'orpaillage provoquent le rejet de mercure, avec un regain depuis les années 1990. La question est souvent mise au premier plan, même si la main d’œuvre employée dans l’extraction aurifère est soumise aussi à d’autres tracas sérieux d’hygiène et de santé (Taubira, 2001). Cette partie consacrée au mercure résume les résultats – et parfois les incertitudes persistantes – des études sur la question publiées depuis 1994 (CNRS, 2001, Carmouze et al., 2001, Agence française de sécurité sanitaire environnementale, 2004, Moullet et al., 2006, INVS-CIRE, 2007, Maury-Brachet, 2010), parfois porteuse de controverses et de polémiques.

Ce métal est utilisé pour récupérer les particules d’or les plus fines. Il est alors rejeté dans l’environnement, tantôt directement avec l’usage de l’amalgame or-mercure, tantôt indirectement à cause de l’érosion et du lessivage des sols. En effet, les sols de Guyane sont riches en mercure d’origine atmosphérique dû à de très anciennes périodes d’éruptions volcaniques. Toute forme d’érosion des sols entraîne le mercure dans le lit des cours d’eau où il peut parfois évoluer en méthylmercure assimilable par les êtres vivants. Le plancton l’ingère, ce qui contamine la chaîne alimentaire. En bout de chaîne, les poissons prédateurs qui se nourrissent d’autres espèces ont une concentration de mercure 1000 fois plus élevée que les poissons herbivores ou frugivores. L'homme est donc exposé au mercure de deux manières, par l'inhalation et l'ingestion. L'inhalation de mercure concerne les orpailleurs. L'ingestion du méthylmercure touche la population générale par l’alimentation. La contamination élevée des poissons a d’abord été mise en évidence par les études d'impact relatives à la construction du barrage de Petit Saut en amont de Sinnamary (CNRS, 2001).

Le mercure et la santé

Pour la population générale, le méthylmercure ingéré en se nourrissant de poisson peut poser un problème de santé publique. Si l’exposition est chronique, le mercure est neurotoxique, pouvant entraîner des troubles de l'équilibre, une diminution de l'acuité auditive ou du champ visuel. Chez les enfants, on peut observer des retards psychomoteurs, staturo-pondéraux et de l'acquisition du langage. Cette forme de mercure peut aussi conduire à des lésions du système nerveux chez le fœtus. Cependant, tous ces symptômes ne sont pas spécifiques d'une exposition chronique au méthylmercure. C’est la mesure directe de l'imprégnation par le mercure, par évaluation de son dosage dans un prélèvement de cheveux, qui permet de connaître le niveau d’exposition d’une population. Une concentration de 2 µg/g de cheveux est le niveau moyen d’imprégnation d’une population non exposée. La valeur de 10 µg/g est le seuil à partir duquel il existe un risque d’atteinte neurologique chez l’enfant.
Une vaste étude épidémiologique portant sur l’ensemble des populations de Guyane a été menée en cinq « vagues » de 1994 à 2006 par l’Institut de veille sanitaire et la Cire Antilles-Guyane, avec le concours de la Direction de la Santé et du Développement Social de la Guyane et du Conseil Général (INVS, 2007).Elle montre que le risque sanitaire concerne d’abord les populations amérindiennes du Haut Maroni et du Haut Oyapock. En 1997, les populations des villages du Haut Maroni présentent les niveaux d’imprégnation les plus élevés de Guyane avec 10,6 µg/g de cheveux en moyenne. 57 % des femmes en âge de procréer et 51 % des enfants âgés de moins de 7 ans dépassent la valeur limite recommandée par l’OMS de 10 µg/g. En 2005, ces niveaux restent élevés (12,2 µg/g en moyenne) et la situation ne semble pas s’améliorer depuis. Sur le cours amont, les concentrations moyennes sont de 4,6 µg/g à Camopi et 7,2 µg/g à Trois Sauts. L’alimentation y est moins diversifiée et la fréquence de consommation de poisson y est plus importante qu’en aval. Au final, à Camopi, 21 % des enfants âgés de moins de 7 ans et 13 % des femmes en âge de procréer présentent des teneurs comprises entre 10 et 20 µg/g de cheveux.
D’autres groupes de populations sont exposés à un risque élevé, dans les endroits écartés ou dans une situation socio-économique très défavorable car leurs conditions de vie les mènent souvent à recourir à la consommation de poissons pêchés dans les fleuves. Cependant, plus près du littoral, les populations de Sinnamary, du Maroni en aval de Maripasoula et du cours aval de l’Oyapock, présentent des teneurs moyennes en mercure peu élevées. Elles consomment peu de poissons carnassiers de grande taille (les plus contaminés par le mercure), ayant accès à une alimentation diversifiée.

Carte des concentrations moyennes* de mercure en µg/g de cheveux


* Moyennes géométriques

Source : Bulletin d’Alerte et de Surveillance Antilles Guyane, Le mercure en Guyane, risques sanitaires et enjeux de santé publique, 3, 2007, p. 4.
Facteurs contributifs au niveau d’imprégnation humaine en mercure

Les études épidémiologiques de 2001, 2002 et 2004, complétant celles de 1994 et 1997 montrent les facteurs favorisant l’imprégnation mercurielle : surreprésentations des hommes, des Amérindiens puis des Noirs Marrons, des habitants du Haut Maroni et du Haut Oyapock et augmentation avec l’âge. La corrélation la plus forte est obtenue avec la fréquence de consommation des poissons des fleuves et notamment les cinq espèces les plus contaminées (aïmara, huluwi, mitala, gros piraïe et haïkané).
La question des malformations congénitales

Les niveaux d’imprégnation suscitent de vives inquiétudes parmi la population quant au rôle du mercure dans la survenue de malformations congénitales. Elles mobilisent des associations et sont relayées parfois par les médias. En Guyane, plusieurs recensements locaux de malformations congénitales ont été fait. Une étude de juin 2005 menée par la CIRE Antilles-Guyane dans les cinq villages amérindiens du Haut Maroni recensait 8 cas de malformations, soit une prévalence à la naissance de 3,2 %, proche de la moyenne habituelle admise par la communauté scientifique de 2 à 3 %. Ces cas étaient de types divers, ne plaidant donc pas en faveur d’une cause commune. L’insuffisance de suivi de grossesse est le premier facteur de risque. Cependant, cette étude a peut-être sous-estimé la prévalence des malformations à la naissance du fait de « sous-déclarations », liées à des infanticides sur les enfants malformés.

Au total, les résultats ne prouvent pas vraiment l’existence d’un lien entre les malformations à la naissance dans ces villages et le mercure. Il n’en demeure pas moins qu’une réelle inquiétude persiste au sein de la population des villages du Haut Maroni. Les niveaux d'imprégnation mercurielle sont actuellement en dessous des seuils. Néanmoins, les tests neurologiques pratiqués en 1998 sur la population amérindienne du Haut Maroni montrent qu'à ces niveaux d'exposition, il existe des signes d'altération du développement neurologique ou neuropsychologique (capacités de raisonnement et d'organisation visio-spatiale, motricité). Cette situation devrait conduire à agir sans tarder pour éviter l’apparition de formes cliniques.
De plus, les risques liés au mercure ne sont pas les seuls problèmes de santé rencontré par ces populations. Les maladies entériques, les maladies à prévention vaccinale, l’alcoolisme, la toxicomanie et les déséquilibres nutritionnels sont autant de fléaux qui appellent aussi des mesures de prévention efficaces. Le problème du mercure en Guyane illustre à la fois les nouvelles problématiques de santé publique liées à l’environnement et il met en évidence les disparités sanitaires. Elles sont triples : géographiques, sociales et culturelles. Elles sont favorisées par la multiplication des flux dans le cadre de la mondialisation.
Comment le système de santé peut-il faire face à ces défis ?

2. UN SYSTEME DE SANTE DU NORD, QUI PRESENTE POURTANT DES CARENCES
2.1 : Des structures sanitaires encore insuffisantes
2.1.1 : Une densité des professionnels de santé inférieure à la métropole
Densité des professionnels de santé (pour 100 000 habitants)




Guyane

Métropole




2006

2012

2012

Médecins généralistes

97

126

156

Médecins spécialistes

76

74

178

Sages-femmes

29

56

29

Chirurgiens dentistes

20

22

63

Pharmaciens

41

nd

112

Source : INSEE – Tableaux économiques, 2013

Densité de professionnels de santé libéraux (pour 100 000 habitants)




Guyane

Métropole

2012




2006

2012

Médecins généralistes

39

46

108

Médecins spécialistes

22

24

94

Chirurgiens dentistes

19

22

57

Infirmiers diplômés d’Etat

59

111

139

Masseurs kinésithérapeutes

28

30

91

Source : INSEE – Tableaux économiques, 2013

La Guyane souffre d’un manque de médecins en particulier dans le secteur libéral. En densité, le nombre de professionnels de santé est très en retrait par rapport à la métropole, sauf pour les sages-femmes, mais le différentiel ne compense pas les différences de natalité. Il y a deux à trois fois moins d’actes médicaux en Guyane qu’en France hexagonale et il en est de même pour les prises en charge. La situation semble parfois s’améliorer, mais peu pour la densité des médecins. Face à l’accroissement démographique, la Guyane est confrontée à un véritable défi sanitaire. La pénurie de médecins généralistes et spécialistes conduit les autorités publiques à envisager la mise en place d’une politique d’attractivité, incitative, basée sur des avantages fiscaux.

2.1.2 Des taux d’équipement inférieurs à ceux de la métropole
Taux d’équipement en lits et places

Nombre de lits ou places pour 1000 habitants

Guyane

2007

Métropole

2005

Médecine

1,5

2,1

Chirurgie

0,9

1,6

Gynécologie-obstétrique

0,6

0,4
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