La santé en guyane : un véritable défi ?


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THEME N°2

Un espace en retard de développement

par rapport à la France hexagonale

LA SANTÉ EN GUYANE : UN VÉRITABLE DÉFI ?
Introduction

La mondialisation est loin d’avoir fait disparaître les disparités en matière sanitaire, ce qui reste en ce début de XXIe siècle une des marques les plus flagrantes du retard de développement des pays du Sud sur ceux du Nord. Phénomène ancien à l’échelle planétaire, elle a même parfois facilité, par la multiplication des flux, la diffusion de certaines maladies. Mais la mondialisation, qui induit des recompositions régionales multiples, permet aussi la mise en place de politiques de coopération régionale pour promouvoir la santé.

La Guyane, département français d’outre-mer, région ultrapériphérique de l’Union Européenne, est rattachée au Nord développé, pourtant, sa situation sanitaire demeure problématique. Située sur le continent sud-américain, dans la zone intertropicale, elle reste aujourd’hui confrontée à d’importants problèmes de santé publique et d’environnement, qui s’apparentent parfois aux difficultés rencontrées dans certains pays du Sud. L’essor démographique et la plus grande circulation des populations peuvent favoriser l’expansion de certaines pathologies et le développement de nouvelles affections tandis que des politiques de coopération sanitaire tentent de s’esquisser dans la région.

A l’échelle régionale, les spécificités du territoire guyanais font apparaître des disparités sanitaires, à la fois géographiques et socio-économiques. Confrontée à ces inégalités, la Guyane est-elle en mesure de relever les nouveaux défis de santé publique liés au développement ? Pour faire face à une situation sanitaire préoccupante, la Guyane dispose d’un système de santé globalement performant mais qui présente cependant des carences.
1. LA GUYANE ENTRE NORD ET SUD : UNE SITUATION SANITAIRE PRÉOCCUPANTE
La situation sanitaire de la Guyane peut sembler préoccupante. Avec des indicateurs démographiques en retrait par rapport à la métropole, le département cumule des pathologies du Nord et du Sud dans un contexte démographique et socio-économique difficile.
1.1 Un département en retard
1.1.1 Les indicateurs démographiques





Guyane

2011

(TER Guyane2012)

France métropolitaine

2011

(TER Guyane 2012)

Brésil

2012

(CIA 2013)

Suriname

2012

(CIA 2013)

Taux de natalité

26,4 ‰

12,6 ‰

17,48 ‰

17,44 ‰

Taux de mortalité

3,0 ‰

8,3 ‰

6,38 ‰

6,17 ‰

Taux de mortalité infantile

10,1 ‰

3,6 ‰

20,5 ‰

28,94 ‰

Taux d’accroissement naturel

23,4 ‰

4,3 ‰

11,1 ‰

11,27 ‰

Taux de fécondité

3,44 enfants

2,01 enfants

2,16 enfants

2,08 enfants

Espérance de vie des hommes

76,2 ans

78,4 ans

69,2 ans

68,7 ans

Espérance de vie des femmes

82,8 ans

84,8 ans

76,5 ans

73,5 ans






Guyane 2011

France métropolitaine 2012

Moins de 20 ans

43,7 %

24,4 %

20-59 ans

49,3 %

57,8 %

60 ans et plus

7 %

17,8 %


INSEE. Tableaux économiques régionaux de la Guyane, 2013.

CIA World Factbook, 2013 (http://www.indexmundi.com)
Les indicateurs démographiques montrent un taux de mortalité particulièrement bas : 3 ‰. Il n’est pourtant pas révélateur de la situation sanitaire en Guyane. Sa faiblesse s’explique en grande partie par l’extrême jeunesse de la population, le faible pourcentage de personnes âgées et l’existence d’un système de santé relativement développé. « Contrairement aux apparences, c’est en Guyane que l’on meurt le plus. Dans chaque tranche d’âge, c’est en Guyane que la mortalité est la plus élevée. A structure d’âge identique et toutes causes confondues, c’est dans le département que le taux de décès masculin est le plus élevé. » (Bousquet, 2004). Par exemple, les décès d’enfants de un à quinze ans sont en proportion trois fois supérieurs à l’hexagone. Ils sont d’abord dus à des noyades et à des maladies infectieuses tuant douze fois plus en Guyane en moyenne « méningites, infections respiratoires, diarrhées et dengue » (France-Guyane, 3 juillet 2012).

L’espérance de vie, même si elle augmente, demeure plus faible qu’en métropole : l’écart est de 2 ans pour les hommes, d’un peu plus pour les femmes et le taux de mortalité infantile, bien qu’en régression, reste plus de deux fois supérieur à celui de la métropole. Ces deux indicateurs sont symptomatiques du retard du département sur la métropole. Ils révèlent cependant une situation meilleure que celle des pays voisins en développement. La mortalité infantile est deux fois plus importante au Brésil et trois fois plus au Suriname. Enfin, les taux de natalité, de fécondité et d’accroissement naturel montrent un département en pleine explosion démographique. Ces taux sont plus de deux fois supérieurs à ceux des pays voisins.
1.1.2 Les principales causes de décès





Guyane

2006

France métropolitaine

2009




Hommes

Femmes

Hommes

Femmes

Maladies infectieuses :

dont VIH

7,7 %

3,6 %

7,8 %

4,1 %

1,9 %

0,1 %

2,1 %

0,1 %

Tumeurs

10,7 %

14,1 %

34,2 %

25,2 %

Troubles mentaux

dont alcoolisme

2,9 %

2 %

2,2 %

0 %

2,7 %

?

3,8 %

?

Maladies de l’appareil circulatoire

14,7 %

23,3 %

24,5 %

29,4 %

Traumatismes et empoisonnements

dont accidents de la circulation

dont suicides

25,2 %

3,9 %

2,5 %

11,1 %

1,9 %

1 %

8,3 %

1,2 %

2,8 %

5,6 %

0,1 %

0,1 %

Autres maladies et mal définis

23,8 %

25,9 %

16,8 %

22,9 %


INSEE, Tableaux économiques régionaux de la Guyane, 2013. Inserm-CépiDc (Centre d'épidémiologie sur les causes médicales de décès), publié par l’INSEE. Institut national de veille sanitaire, Bulletin épidémiologique hebdomadaire, 45-46, 2010.

http://www.invs.sante.fr/beh/2010/45_46/BEH_45_46.pdf

COMPARAISON : LES DECES EN GUYANE ET DANS LE MONDE EN 2006



Chaudron et al., 2007.


Tableaux économiques régionaux de la Guyane, 2007-2008, INSEE.
« Pour mettre à jour les causes des décès avec plus de pertinence, les statisticiens utilisent l’indicateur des années potentielles de vie perdues (APVP). Elles représentent le nombre d’années non vécues par les sujets morts avant un âge de référence, car un décès survenu à 15 ans n’a pas la même valeur qu’un décès survenu à l’âge de 80 ans. Avec cet indicateur, la particularité guyanaise est encore plus forte. Ainsi les traumatismes sont responsables de la moitié des APVP, un nombre très supérieur aux Antilles et à l’Hexagone. Directement en cause : les accidents de la circulation qui tuent quatre fois plus en Guyane. Les deux autres causes importantes de décès sont les tumeurs et les maladies de l’appareil circulatoire. » Les maladies infectieuses et parasitaires, dont le sida, sont nettement plus développées qu’en métropole. Chez les hommes, les décès à cause du SIDA sont 18 fois plus élevés en Guyane et chez les femmes, le taux est multiplié par 70. »

(Bousquet, 2004)
Des pathologies différentes au Nord et au Sud.

Au nord, c’est l’âge, les maladies cardio-vasculaires, le cancer et les maladies liées à la surcharge de poids et à la sédentarité qui provoquent les décès. Dans le Sud, ce sont les maladies parasitaires telles que le paludisme, les maladies infectieuses telles que la tuberculose, et les maladies de carence liées à la sous-nutrition qui font des ravages. Toutefois, si le Nord échappe aux maladies du Sud, l’inverse n’est pas vrai : les transformations démographiques, la présence de minorités sociales aisées et l’urbanisation font qu’aujourd’hui le Sud ajoute les maladies du Nord à celles qui l’accablent traditionnellement.

B. Bret, octobre 2003, In : Bret et al., 2004.
Pour les causes de décès, la Guyane se situe dans une position intermédiaire entre le Nord et le Sud.
1.2 Des pathologies du Sud et du Nord
La Guyane est donc touchée à la fois par des pathologies caractéristiques du Sud et de la zone intertropicale et par des pathologies du Nord. Les pathologies infectieuses et parasitaires sont très représentées. Elles sont à l’origine d’environ 10% des décès.
Le paludisme.
Carte du paludisme : Nombre de cas de paludisme pour 100 000 habitants



http://www.fondation-merieux.org/carte-du-paludisme,40

Source : OMS, carte, objectif 6 du millénaire pour le développement, dossier sur le paludisme
Le paludisme est une parasitose transmise par la piqûre de la femelle d’un moustique, l’anophèle, provoquant des fièvres intermittentes. Avec 300 à 500 millions de malades et 1,5 à 2,7 millions de décès par an, soit en moyenne un mort toutes les 30 secondes, le paludisme demeure la parasitose tropicale la plus importante. Il touche 90 pays, essentiellement les pays les plus pauvres d’Afrique (80 % des cas sont enregistrés en Afrique subsaharienne), d’Asie et d’Amérique latine. Il touche majoritairement les enfants de moins de cinq ans et les femmes enceintes. La lutte contre le paludisme est considérée par l’OMS comme une priorité de 1er rang. La maladie régresse fortement au niveau mondial dans les années 50 et 60, mais reprend force en particulier suite au fort déclin de l’usage du DDT, motivé il est vrai en partie par l’apparition de souches d’Anophèles résistantes. Ce regain semble cependant provisoire et limité à l’Amérique Centrale et à une partie de l’espace caraïbe sur l’ensemble du continent (Okonski, 2001, Attaran et al., 2000, Roberts et al., 2000, INVS-CIRE, 2007). Malgré les efforts entrepris pour réduire la transmission de la maladie et améliorer son traitement, les évolutions restent limitées depuis le début des années 90 à l’échelle planétaire.
En Guyane, l’incidence du paludisme est en forte baisse depuis le milieu des années 2000 : 4 500 cas de paludisme en 2005, 4 000 en 2006, 2 600 à 2 800 en 2007, 2 058 en 2008, 1 200 en 2011 (France-Guyane, 19 décembre 2008, INVS-CIRE, 2006, Marot, 2008, Morel, 2013). Entre 2005 et 2011, la population de la région est passée de 200 000 à 230 000 habitants environ.
La Guyane est le seul département français (avec le département de Mayotte) où le paludisme reste présent à l’état endémique. Le nombre annuel de cas dans les territoires de l’intérieur (haut Oyapock et haut Maroni), où la transmission est permanente, a régulièrement diminué depuis 2000. En revanche, alors que le nombre de cas recensés est en baisse, la pathologie s'est étendue dans la forêt guyanaise, dans le sillage des chercheurs d'or. « Avant les années 2000, le paludisme, c'était le Maroni, et l'Oyapock, et puis, avec l'orpaillage clandestin, le parasite a progressé sur l'Approuague, à Régina, à Saül, ou encore sur la Mana », constate Eric Legrand, responsable du laboratoire de parasitologie de l'Institut Pasteur de Guyane (Marot, 2008). Depuis 2001, on note une recrudescence du paludisme à Régina et à Cacao, bourgs proches de Cayenne, où l’intensité de la transmission est équivalente en 2008 à celle retrouvée le long des fleuves, avec un indice parasitaire annuel ou IPA – à savoir le nombre de tests positifs sur 1 000 examens – compris entre 150 et 250. Parallèlement, le nombre de foyers de transmission augmente dans les communes du littoral. Ainsi la commune de Matoury aurait comptabilisé 80 cas de paludisme entre le mois de septembre et octobre 2008 (France-Guyane, 19 décembre 2008). Cependant le nombre de décès dû au paludisme reste faible et la baisse générale reste avérée.

Les flux migratoires permanents entre le Brésil, le Suriname et la Guyane, la mobilité importante des habitants, le développement incontrôlé des activités aurifères et, enfin, l’isolement ou au contraire la concentration de certaines populations vivant dans des conditions dégradées rendent le contrôle du paludisme particulièrement difficile en Guyane. Enfin, des résistances du parasite aux médicaments peuvent parfois se développer.
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